Alors qu’il approche des 90 ans, le président palestinien Mahmoud Abbas a franchi une étape majeure vers l’organisation de sa succession. Samedi, il a nommé Hussein al-Cheikh, un proche conseiller, au poste nouvellement créé de vice-président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), renforçant ainsi les spéculations sur l’identité de son futur successeur.
« Mahmoud Abbas a nommé Hussein al-Cheikh numéro deux au sein de la direction de l’OLP », a confirmé Wasel Abou Youssef, membre du Comité exécutif de l’organisation. La création de ce poste, officialisée jeudi lors d’une convention à Ramallah (Cisjordanie occupée), intervient alors que la communauté internationale réclame depuis longtemps une réforme de l’OLP.
Face aux défis actuels, notamment la guerre dévastatrice à Gaza depuis octobre 2023, plusieurs pays arabes et occidentaux espèrent voir l’Autorité palestinienne — également présidée par Abbas — jouer un rôle dans la gouvernance du territoire après le conflit.
Hussein al-Cheikh, fidèle lieutenant d’Abbas
Âgé de 64 ans, Hussein al-Cheikh est un vétéran du Fatah, le parti historique de Mahmoud Abbas. Il a passé plus de dix ans dans les prisons israéliennes à la fin des années 1970 et au début des années 1980, période pendant laquelle il a appris l’hébreu, renforçant sa capacité à dialoguer avec Israël.
En 2022, il avait déjà été promu secrétaire général du Comité exécutif de l’OLP et dirige depuis le département des négociations, poste hautement stratégique. Dernièrement, Abbas l’a également chargé de superviser les missions diplomatiques palestiniennes à l’étranger, preuve supplémentaire de la confiance qu’il lui accorde.
Pressions internationales et critiques internes
Selon Aref Jaffal, directeur du centre Al-Marsad pour le suivi électoral, la création du poste de vice-président vise clairement à « préparer la succession d’Abbas », dans un système politique palestinien qualifié de « lamentable » par plusieurs observateurs.
Cependant, cette nomination n’a pas fait l’unanimité. Plusieurs factions palestiniennes ont boycotté la convention, dénonçant une manœuvre sous pression étrangère plutôt qu’une véritable réforme interne. Hani al-Masri, chercheur au Centre palestinien de recherche politique, estime que ce poste répond à une injonction extérieure, alors qu’il aurait été plus pertinent de créer un vice-président au sein même de l’Autorité palestinienne, afin d’assurer un transfert effectif de pouvoir.
Une Autorité palestinienne fragilisée
Fondée en 1964, l’OLP reste l’entité officiellement reconnue pour représenter le peuple palestinien au niveau international, mais elle n’inclut pas le Hamas ni le Jihad islamique, acteurs majeurs à Gaza. L’Autorité palestinienne, en revanche, traverse une grave crise financière. Depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, plusieurs bailleurs de fonds conditionnent leur aide à des réformes politiques profondes.
Mercredi dernier, Mahmoud Abbas a défendu la création du poste de vice-président comme un moyen de « renforcer les institutions palestiniennes » et de favoriser « une reconnaissance plus large de l’État palestinien ». Mais pour beaucoup, cette initiative apparaît davantage comme un geste symbolique visant à donner l’illusion d’une ouverture, plutôt qu’une réelle redistribution du pouvoir.
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