En route vers Gaza, un convoi humanitaire parti d’Afrique du Nord tente de forcer le blocus israélien, mais se heurte déjà aux obstacles conjugués d’Israël et de l’Égypte. Derrière cette nouvelle mobilisation, c’est toute la question du contrôle régional de la solidarité palestinienne qui ressurgit.
Lancée lundi depuis l’Algérie et la Tunisie, la caravane baptisée Soumoud — « résilience » en arabe — s’est élancée vers la bande de Gaza avec un objectif simple mais politiquement explosif : acheminer de l’aide humanitaire et briser, symboliquement au moins, le blocus israélien. Composée de plus de 1700 participants venus de Tunisie, d’Algérie, du Maroc et de Mauritanie, à bord de plus de 100 véhicules et 18 bus, la caravane transporte médicaments, nourriture et matériel médical à destination des Gazaouis.
Au-delà des manifestations, une action directe
Depuis plusieurs mois, les images des massacres à Gaza ont suscité une mobilisation croissante dans les sociétés civiles maghrébines. Mais pour les organisateurs, il ne s’agit plus de se contenter de rassemblements de soutien : « Ils veulent agir sur le terrain, là où les États ont échoué ou refusé d’intervenir », commente un militant tunisien sous couvert d’anonymat. Une initiative que certains observateurs comparent déjà à la Flottille de la liberté, arraisonnée par Israël en 2010, et dont les tentatives récentes, comme le cas du Madleen intercepté le mois dernier, ont toutes été réprimées.
Israël déploie la rhétorique sécuritaire
Anticipant l’arrivée du convoi à la frontière de Rafah dans les prochains jours, Israël hausse le ton. Le ministre de la Défense Israël Katz a ordonné à l’armée de bloquer toute tentative d’entrée des « manifestants djihadistes » — une terminologie désormais systématique dans la rhétorique israélienne pour criminaliser toute forme de soutien aux Palestiniens.
Dans un communiqué, Katz presse aussi l’Égypte de coopérer : « J’attends des autorités égyptiennes qu’elles empêchent ces militants d’atteindre la frontière et les empêchent de provoquer des incidents ». Une pression politique directe sur Le Caire, chargé de jouer les gardiens du blocus.
L’ambivalence égyptienne : sous-traiter le blocus
Officiellement, l’Égypte affirme vouloir « garantir la sécurité de son pays » et exige des autorisations préalables. Mais derrière ces arguments sécuritaires, c’est tout le rôle ambigu du régime d’Abdel Fattah al-Sissi dans la gestion du siège de Gaza qui est en lumière. L’Égypte reste l’allié essentiel d’Israël dans le maintien de la fermeture du point de passage de Rafah, seule issue non contrôlée par Tel-Aviv.
La répression n’a pas tardé : trois avocats algériens ont été arrêtés à leur arrivée à l’aéroport du Caire, officiellement en lien avec leur participation à la caravane. D’après le collectif organisateur de “La Global march to Gaza”, les autorités égyptiennes ont interpellé plus de 200 activistes pro-palestiniens venus en Égypte pour prendre part à cette initiative de soutien à Gaza. Ces interpellations témoignent de la volonté des autorités égyptiennes de décourager toute tentative de soutien actif à Gaza.
Selon nos informations, des opérations de ‘’chasse aux propalesténiens’’ est organisée depuis quelques temps. Des descentes de police ont eu lieu dans des hôtels, aéroport,…de la capitale Egyptienne. Plusieurs activistes ne répondent plus aux appels, ce qui nourrit l’inquiétude des familles et des proches. D’autres ont été refoulés juste à leur arrivée à l’aéroport après plusieurs heures de détention arbitraires.
Des voyageurs à destination du Caire, seraient même interrogés par les douaniers dans les aéroports français.
La solidarité maghrébine sous surveillance
Dans les coulisses, la mobilisation de la société civile maghrébine inquiète. Depuis plusieurs mois, les manifestations pro-palestiniennes dans les capitales nord-africaines rassemblent des foules massives, souvent en rupture avec la prudence des États.
« Les régimes craignent que ces élans de solidarité ne se transforment en contestations internes contre leur propre inertie ou complicité face au drame de Gaza », analyse un des activistes. Derrière le blocus de Gaza, c’est aussi l’ordre autoritaire et répressif des alliances régionales qui se dévoile.
Un bras de fer diplomatique aux portes de Gaza
Si la caravane parvient jusqu’à Rafah le 15 juin comme prévu, sa progression dépendra entièrement de la décision du Caire. Pour l’instant, les signaux envoyés par les deux capitales — Tel-Aviv et Le Caire — laissent présager une issue incertaine, voire un blocage pur et simple.
Mais pour les organisateurs, même en cas d’échec logistique, l’objectif est atteint sur un autre terrain : rendre visible, une fois de plus, le verrouillage total de Gaza et l’isolement diplomatique croissant des Palestiniens.
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