Le verdict est tombé. Dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy a été condamné à une peine inédite pour un ancien chef de l’État : cinq ans de prison ferme, dont trois ans incompressibles, assortis d’une exécution provisoire. Relaxé des faits de corruption, il a toutefois été reconnu coupable d’association de malfaiteurs, un chef d’accusation qui scelle son destin judiciaire.
Jamais sous la Ve République un ex-président n’avait été condamné à une peine de prison ferme avec mandat de dépôt. Le tribunal correctionnel de Paris a décidé de frapper fort. Si un mandat de dépôt différé lui laisse encore quelques jours de liberté, Sarkozy devra se présenter le 13 octobre devant le Parquet national financier (PNF), qui lui notifiera la date précise de son incarcération. Une échéance que même l’intéressé semble résigné à accepter : « S’ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison », a-t-il lancé devant la presse.
Les autres condamnations
Autour de lui, plusieurs figures de son entourage ont également été lourdement sanctionnées :
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Claude Guéant, reconnu coupable de corruption passive, écope de six ans de prison.
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Brice Hortefeux, condamné pour association de malfaiteurs, prend deux ans de prison.
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Alexandre Djouhri, intermédiaire clé, reçoit six ans de prison et 3 millions d’euros d’amende.
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Éric Woerth, ex-trésorier de campagne, a en revanche été relaxé.
L’onde de choc politique
Cette décision provoque un véritable séisme politique. À droite et à l’extrême droite, les réactions oscillent entre indignation et dénonciation d’un « procès politique », certains mettant en cause l’usage de l’exécution provisoire. À gauche, les réactions sont plus ironiques : « Il l’a, finalement, son nouveau quinquennat », a raillé l’élu écologiste Benjamin Lucas-Lundy.
Mediapart dans la tourmente des critiques
Détonateur de l’affaire grâce à ses révélations dès 2012, Mediapart a de nouveau été pris pour cible par Nicolas Sarkozy, qui persiste à qualifier de « faux » le document à l’origine des poursuites. Le média d’investigation se défend et rappelle que ce jugement consacre l’importance d’une presse indépendante face aux puissants. Un épisode symbolisé par le geste de Carla Bruni, jetant le micro de Mediapart à terre à la sortie de l’audience.
Un procès loin d’être terminé
Le Parquet national financier, qui avait requis sept ans de prison, a fait appel du jugement. L’ancien président aussi. La cour d’appel de Paris aura donc toute latitude pour réévaluer les peines, qui pourraient encore être alourdies. En parallèle, le fonds souverain libyen a obtenu 8,3 millions d’euros de dommages et intérêts dans l’un des volets du dossier.
À 70 ans, Nicolas Sarkozy s’apprête à connaître ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a vécu : l’incarcération. Cette affaire marque un tournant judiciaire et politique, en rappelant que la République, même face à ses plus hauts représentants, ne saurait tolérer l’impunité.
les commentaire
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