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Affaire ANEP II : lourdes condamnations pour Hamid Grine et Djamel Kaouane

Par A.B.-- 31-Oct-2025 0

Le tribunal de Sidi M’hamed frappe fort dans un dossier emblématique de la corruption médiatique

Le pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed à Alger a rendu, hier, son verdict dans l’affaire dite « ANEP II », un dossier explosif mêlant communication, argent public et réseaux d’influence. Deux anciens ministres de la Communication, Hamid Grine et Djamel Kaouane, figurent parmi les principaux condamnés.

Sous contrôle judiciaire depuis le lancement de l’enquête, Hamid Grine a été condamné à quatre ans de prison ferme, loin des six ans requis par le parquet lors du procès du 14 octobre.
Son successeur au ministère, Djamel Kaouane, écope, lui, de huit ans de réclusion, le parquet ayant initialement demandé dix ans. Avant d’être ministre, Kaouane avait dirigé l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP) — une fonction clé dans le système de distribution de la publicité institutionnelle, véritable nerf financier de la presse en Algérie.

Même sort pour Amine Echikr, ancien PDG de l’ANEP, condamné à huit ans de prison ferme, ainsi que pour plusieurs cadres de l’agence : M. Cherif, ex-directeur de la filiale Communication et Publicité et B. Ammar, directeur de la filiale de courrier express,
tous deux condamnés à cinq ans de prison ferme.

D’autres prévenus ont écopé de peines allant de quatre à cinq ans, tandis que quelques accusés ont été relaxés.

L’affaire ANEP II intervient après un premier scandale — l’affaire ANEP I — impliquant l’ancien ministre Abdelkader Khamri et plusieurs responsables de l’agence.
Cette seconde procédure plonge au cœur de la gestion opaque de la publicité publique, longtemps utilisée comme levier d’influence politique et instrument de contrôle sur la presse.

Les accusés étaient poursuivis pour abus de fonction, octroi d’avantages indus et violation des règles de gestion de fonds publics, conformément à la loi n°06-01 du 20 février 2006 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption.

L’enquête, menée par les services de la sécurité intérieure, a mis au jour de graves irrégularités dans la distribution de la publicité institutionnelle entre 2015 et 2019.
Selon les investigations, des espaces publicitaires auraient été attribués à des journaux fictifs ou à des titres à très faible tirage, parfois inexistants sur le marché.
Le préjudice financier se chiffrerait à plusieurs dizaines de milliards de centimes.

Un ancien joueur de football devenu propriétaire de journaux à Oran a d’ailleurs été jugé récemment pour des faits similaires, preuve que le système de favoritisme autour de la publicité publique s’étendait bien au-delà des seuls cercles institutionnels.

Les révélations autour de l’ANEP ne datent pas d’hier. En 2020, Larbi Ounoughi, ancien PDG de l’agence, avait dénoncé publiquement le monopole exercé par des groupes d’influence proches du pouvoir sur la manne publicitaire de l’État. « L’ANEP a longtemps fonctionné au téléphone », avait-il lancé dans un entretien accordé à El Watan, décrivant une anarchie totale, où les décisions d’attribution se prenaient hors de tout cadre administratif.

Selon lui, des titres quasi inconnus percevaient des montants colossaux en encarts publicitaires, tandis que les journaux critiques du pouvoir étaient marginalisés. Ces pratiques ont contribué à affaiblir le paysage médiatique algérien, dépendant de subsides publics distribués selon des critères politiques plutôt qu’économiques.

La sévérité des peines prononcées dans cette affaire marque une nouvelle étape dans la lutte contre la corruption, notamment dans un secteur aussi sensible que la communication. Mais pour de nombreux observateurs, le scandale ANEP II ne serait que la partie visible de l’iceberg.
Derrière les condamnations, subsiste une question fondamentale : la réforme de la gestion de la publicité publique — promise à plusieurs reprises — sera-t-elle enfin mise en œuvre ? Tant que la distribution des budgets de communication dépendra d’arbitrages politiques et non de règles transparentes, préviennent certains experts, « de nouveaux dossiers ANEP verront le jour ».

Ce verdict envoie un message clair : aucune fonction, même ministérielle, n’accorde l’immunité face à la justice.
Mais il révèle aussi la profondeur du malaise : celui d’un système médiatique fragilisé par la dépendance financière, et d’une gestion publique encore marquée par les pratiques d’un autre temps.

L’affaire ANEP II s’inscrit donc à la fois comme un avertissement et un test : celui de la capacité de l’État à assainir durablement un secteur clé de la démocratie.

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