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Gaza : la deuxième phase du cessez-le-feu s’ouvre sous les frappes, la population dénonce une trêve « illusoire »

Par A.B.-- 16-Jan-2026 0

Alors que l’accord de cessez-le-feu est officiellement entré dans sa deuxième phase, les attaques israéliennes se poursuivent dans la bande de Gaza, aggravant une situation humanitaire déjà catastrophique. Sur le terrain, la population exprime une profonde déception face à une trêve qui, selon elle, ne permet ni l’acheminement de l’aide ni une amélioration concrète des conditions de vie.

Des priorités humanitaires ignorées

À Gaza, les habitants affirment ne pas être concernés par les débats sur les modèles de gouvernance du territoire. Leur priorité est ailleurs : répondre à des besoins humanitaires immédiats devenus insoutenables.

La population explique être incapable de faire face à la calamité humanitaire actuelle, accentuée par les conditions hivernales particulièrement rudes. Les pénuries touchent les services essentiels, l’éducation, les soins médicaux et l’aide humanitaire.

Les besoins sont qualifiés de « massifs ». Des milliers de familles, dont les habitations ont été détruites, vivent aujourd’hui sans abri, au milieu de montagnes de gravats qui pourraient prendre des années à être déblayées. Gaza a besoin de toute urgence de milliers de tentes et de logements pour héberger les personnes déplacées.

Les habitants observent avec frustration le retard persistant de l’armée israélienne à autoriser l’entrée de l’aide nécessaire. Cette situation alimente un profond sentiment de déception. Beaucoup estiment que le cessez-le-feu n’existe que de nom et que, tant que ces besoins ne seront pas satisfaits, la situation humanitaire continuera de se détériorer rapidement, malgré les déclarations répétées des ONG et des agences de l’ONU.

Une escalade militaire malgré la transition annoncée

Les dernières vingt-quatre heures ont été décrites comme exceptionnellement intenses. Ce qui devait marquer une transition vers la deuxième phase du cessez-le-feu s’est traduit par une escalade militaire notable.

Plusieurs frappes aériennes ont visé des habitations. Au moins dix Palestiniens ont été tués. Deux maisons ont été détruites à l’ouest de Deir el-Balah, une zone pourtant classée comme « sûre », et une troisième a été ciblée dans le camp de réfugiés de Nuseirat.

Selon les observateurs sur place, ces attaques reposent sur une stratégie militaire caractérisée par une grande ambiguïté, tant dans leur timing que dans leur justification. Malgré l’absence d’attaques signalées contre des soldats israéliens au cours des dernières vingt-quatre heures, les frappes se sont poursuivies.

Par ailleurs, une activité intense de drones israéliens a été observée, ainsi qu’un déploiement de navires de guerre israéliens à proximité du littoral. Les habitants rapportent que le bruit incessant des drones a provoqué une anxiété extrême, les empêchant de dormir, tout en alimentant les interrogations sur la viabilité du cessez-le-feu.

De nouveaux morts et blessés

Vendredi, une Palestinienne de 62 ans a été tuée par des tirs israéliens à al-Mawasi, dans le sud de la bande de Gaza. Plusieurs personnes ont également été blessées lors de cette attaque.

Ce décès intervient après la mort d’au moins dix Palestiniens lors de frappes israéliennes menées la veille. Selon le ministère de la Santé de Gaza, le nombre de Palestiniens tués depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre s’élève désormais à 452.

Cisjordanie occupée : violences et attaques de colons

La tension reste également élevée en Cisjordanie occupée. Un Palestinien a été blessé par des tirs israéliens près de l’entrée de la ville de Beita, au sud de Naplouse, et un autre a été arrêté.

Dans la région de Masafer Yatta, au sud d’Hébron, un Palestinien a été blessé lors d’une attaque menée par des colons israéliens. Un groupe de colons a par ailleurs pris d’assaut une école locale avec du bétail.

Des colons armés issus de la colonie de Susiya ont également attaqué des bergers palestiniens dans la zone de Wadi al-Rakheem, blessant un homme âgé.

L’ONU condamne la fermeture d’un centre de santé à Jérusalem-Est

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a vivement condamné l’entrée des autorités israéliennes dans un bâtiment de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée et la fermeture temporaire d’un centre de santé clé.

Selon un communiqué, les autorités israéliennes sont entrées « illégalement » dans le centre de santé de l’UNRWA le 12 janvier, ordonnant sa fermeture. L’établissement fournissait des soins de santé primaires à des centaines de réfugiés palestiniens chaque jour et constituait, pour beaucoup, leur seul accès aux soins médicaux.

Guterres a indiqué avoir exprimé ses « graves préoccupations » directement au Premier ministre israélien et avoir alerté l’Assemblée générale ainsi que le Conseil de sécurité de l’ONU. Il a également averti que l’UNRWA avait été informée de possibles coupures imminentes d’eau et d’électricité dans plusieurs de ses installations à Jérusalem-Est.

Une reconstruction titanesque

Selon Jorge Moreira da Silva, directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), le volume des décombres à Gaza dépasse désormais 60 millions de tonnes. Leur enlèvement pourrait prendre plus de sept ans.

Il a qualifié l’ampleur des destructions d’« inimaginable », précisant qu’elles concernent les logements, les écoles, les cliniques, ainsi que les réseaux d’eau et d’électricité. Les 60 millions de tonnes de gravats équivalent à la charge d’environ 3 000 navires porte-conteneurs.

Une deuxième phase aux contours flous

Mercredi, l’envoyé spécial américain Steve Witkoff a annoncé le lancement de la deuxième phase d’un plan de cessez-le-feu en 20 points, visant à passer d’un arrêt des combats à une phase de démilitarisation, de gouvernance technocratique et de reconstruction.

Cette phase prévoit le désarmement des « personnels non autorisés », le déploiement d’une force internationale de stabilisation chargée de sécuriser Gaza et de former la police palestinienne.

Un organe technocratique, officiellement nommé Comité national pour l’administration de Gaza, a été créé pour gérer les affaires quotidiennes du territoire. L’ancien responsable de l’Autorité palestinienne, Ali Shaath, a été nommé à sa tête. Le comité se réunit actuellement en Égypte pour préparer son déploiement à Gaza.

La première phase de l’accord prévoyait l’arrêt des combats, le gel des lignes de front et l’échange de captifs israéliens contre des prisonniers palestiniens.

Cependant, de nombreuses questions demeurent en suspens, notamment concernant le financement de Gaza, le retrait israélien et l’accès humanitaire.

Trump annonce un « Board of Peace » pour Gaza

Le président américain Donald Trump a annoncé la création d’un « Board of Peace » pour Gaza, dont il affirme qu’il assurera personnellement la présidence. Il a indiqué que les membres avaient été sélectionnés et seraient prochainement dévoilés.

Dans une publication sur les réseaux sociaux, Trump a qualifié ce conseil de « plus grand et plus prestigieux jamais constitué ». Il a déclaré soutenir la mise en place d’un gouvernement palestinien technocratique et d’un comité national chargé de gouverner Gaza pendant la transition, avec le soutien de l’Égypte, de la Turquie et du Qatar, afin de parvenir à un accord global de démilitarisation avec le Hamas.

Ce conseil devrait superviser la transition post-guerre et encadrer le travail du comité technocratique palestinien de quinze membres chargé de la gestion quotidienne du territoire.

Réactions mitigées à Gaza

À Gaza, l’annonce suscite scepticisme et attentes prudentes. « Les gens veulent que tout redevienne comme avant la guerre : les écoles, les hôpitaux, la liberté de circulation », explique Arwa Ashour, journaliste et écrivaine indépendante basée à Gaza City.

« Si ce conseil permet de résoudre ces crises, alors il est le bienvenu. Mais s’il n’y parvient pas, à quoi sert-il ? », s’interroge-t-elle, rappelant qu’après deux ans de guerre et plus de dix-huit ans de gouvernance du Hamas, une partie de la population aspire à un changement.

Un cessez-le-feu fragilisé

Alors que les annonces diplomatiques se multiplient, les frappes israéliennes continuent. Israël a tué au moins dix Palestiniens à travers Gaza au moment même où les États-Unis annonçaient le passage à la deuxième phase de l’accord.

L’armée israélienne a affirmé avoir ciblé un commandant des Brigades al-Qassam, Muhammad al-Hawli, lors de ces attaques. Le Hamas a condamné le bombardement d’habitations, qualifiant ces actes de « crime odieux » et accusant le Premier ministre israélien de mépris envers le cessez-le-feu.

Depuis octobre, au moins 451 Palestiniens, dont plus de 100 enfants, ont été tués malgré l’entrée en vigueur de la trêve.

ONU: L’évacuation des décombres de Gaza pourrait prendre plus de sept ans

Le directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), orge Moreira da Silva, a déclaré que la bande de Gaza compte plus de 60 illions de tonnes de décombres et que leur évacuation pourrait prendre plus de sept ans.

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