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Donald Trump veut lancer un « Conseil de paix » : une ONU bis à sa mesure, entre diplomatie, pouvoir personnel et logique financière

Par S.B.-- 20-Jan-2026 0

Donald Trump ne cache plus ses ambitions sur la scène internationale. Le président des États-Unis souhaite créer un « Conseil de paix » destiné, selon ses promoteurs, à œuvrer à la résolution des conflits mondiaux. Présentée initialement dans le cadre du plan américain pour mettre fin à la guerre à Gaza, l’initiative apparaît désormais comme un projet beaucoup plus vaste, assumant une concurrence directe avec l’Organisation des Nations unies. Fonctionnement inédit, pouvoirs concentrés entre les mains du président américain et accès conditionné à une contribution financière massive : ce nouvel organisme soulève déjà de nombreuses interrogations et réticences.

Une organisation pensée comme alternative à l’ONU

Le projet de charte, long de huit pages et transmis aux États invités, dépasse largement le seul dossier du conflit israélo-palestinien. Le « Conseil de paix » y est défini comme une organisation internationale visant à « promouvoir la stabilité, rétablir une gouvernance fiable et légitime, et garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits ».

Dès son préambule, le texte critique ouvertement les institutions existantes, accusées d’avoir « trop souvent échoué », une référence à peine voilée à l’ONU. Il appelle à « s’en écarter » au nom de l’efficacité et revendique la création d’une structure plus « agile », rompant avec les mécanismes multilatéraux traditionnels. Pour ses détracteurs, cette rhétorique traduit une volonté claire de bâtir une ONU alternative, alignée sur la vision politique et stratégique de Donald Trump.

Un fonctionnement largement conditionné par l’argent

Selon la charte, les États membres exerceraient en principe un mandat de trois ans, renouvelable. Toutefois, cette règle ne s’appliquerait pas aux pays versant plus d’un milliard de dollars au Conseil de paix durant la première année suivant son entrée en vigueur. Cette contribution financière donnerait accès à un siège permanent, instaurant de facto une diplomatie à plusieurs vitesses, fondée sur la capacité de paiement plutôt que sur des principes de représentation universelle.

Les décisions seraient prises à la majorité des États membres, chaque pays disposant d’une voix. Mais ce système est fortement encadré par le rôle central du président du Conseil, qui conserve un pouvoir d’approbation sur l’ensemble des décisions.

Donald Trump, président aux pouvoirs quasi illimités

Donald Trump serait le « premier président du Conseil de paix », avec des prérogatives exceptionnellement étendues. Il serait seul habilité à inviter de nouveaux États à rejoindre l’organisation et pourrait mettre fin à leur participation, sauf opposition d’une majorité des deux tiers des membres.

Son mandat n’est pas limité dans le temps et s’apparente à une présidence à vie. Il peut désigner son successeur à tout moment et ne peut être remplacé qu’en cas de démission volontaire ou d’incapacité reconnue à l’unanimité par un conseil exécutif qu’il compose lui-même. Par ailleurs, toutes les décisions adoptées par les États membres restent soumises à son approbation, lui conférant un droit de veto de facto et un contrôle total de l’agenda.

Une liste d’invités très large, au-delà des alliés américains

La Maison-Blanche n’a pas rendu publique la liste officielle des pays invités, mais plusieurs gouvernements ont confirmé avoir reçu une invitation. Parmi eux figurent des alliés traditionnels des États-Unis comme la France, l’Allemagne, le Canada, l’Italie ou encore la Hongrie.

Fait plus notable, des puissances aux relations plus complexes avec Washington ont également été sollicitées. Le Kremlin a confirmé que Vladimir Poutine avait été invité à rejoindre le Conseil. D’autres pays, tels que le Brésil, l’Argentine, l’Inde, la Turquie, l’Égypte ou la Jordanie, ont également fait état de cette invitation, illustrant l’ambition mondiale du projet.

Des réactions prudentes, voire critiques

Les réactions internationales restent marquées par la prudence. La Russie a indiqué vouloir « clarifier toutes les nuances » avant de se prononcer. L’Allemagne a évoqué la nécessité d’une concertation avec ses partenaires. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, également invitée, n’a pas encore répondu officiellement.

La France, en revanche, a exprimé des réserves claires. L’entourage d’Emmanuel Macron a indiqué que Paris n’entendait pas, à ce stade, donner une suite favorable à l’invitation, soulignant que la charte « dépasse le seul cadre de Gaza » et pose « des questions majeures », notamment sur le respect des principes fondamentaux et de la structure des Nations unies.

Le Canada a, pour sa part, fait savoir qu’il n’entendait pas payer pour un siège permanent, tout en confirmant l’intention de son Premier ministre d’accepter l’invitation. Un positionnement ambigu qui reflète les hésitations de plusieurs partenaires occidentaux.

Un projet encore fragile

Selon la charte, le « Conseil de paix » pourrait entrer en vigueur dès la signature de trois États seulement. À ce stade, le succès de l’initiative dépendra donc de la capacité de Donald Trump à convaincre au moins deux pays supplémentaires d’adhérer formellement à ce projet inédit.

Entre ambition diplomatique, personnalisation extrême du pouvoir et logique financière assumée, le « Conseil de paix » imaginé par Donald Trump apparaît autant comme un instrument de politique internationale que comme un symbole de sa vision du multilatéralisme : centralisé, transactionnel et résolument concurrent de l’ordre établi.

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