La récente visite du président tchadien, Mohamed Idriss Déby Itno, à Paris, présentée officiellement comme un succès diplomatique et un retour de la République du Tchad sur la scène régionale et internationale, suscite des critiques acerbes de la part de l’opposition nationale. Selon celle-ci, ces déplacements à l’étranger ne constituent pas un gage de vision nationale cohérente, mais plutôt un outil pour consolider une légitimité intérieure fragilisée.
La légitimité ne se construit pas à l’étranger
Pour les forces nationales d’opposition, la tournée diplomatique s’inscrit dans le contexte d’une crise de légitimité persistante depuis le changement non constitutionnel survenu après la mort du président précédent, Idriss Déby. « Au lieu de s’engager dans un dialogue national inclusif et de traiter les causes profondes du malaise politique et social, le pouvoir a choisi de chercher à l’étranger un soutien qui compense le déficit de confiance de son propre peuple », explique le Dr Mohamed Zine Rozi, président de la Front Futur de la Nation (FFN) et membre de l’Alliance des Forces de l’Opposition Tchadienne (AFOT).
L’opposition considère que ces visites sont davantage un moyen pour le président de rassurer ses partenaires internationaux que pour répondre aux besoins des citoyens tchadiens, confrontés à la pauvreté, l’insécurité et la dégradation des services publics.
« La légitimité réelle ne se mesure pas à la chaleur des accueils officiels, mais à l’adhésion du peuple aux décisions politiques et à leur impact sur ses conditions de vie », insiste Dr Zine Rozi.
Le Tchad, partenaire sécuritaire plus que souverain
Une autre préoccupation majeure de l’opposition porte sur le rôle attribué au Tchad dans la région. « La crainte est que le pays continue d’être perçu comme un simple “gardien sécuritaire” du Sahel, un rôle qui a souvent servi à justifier la tolérance internationale face aux violations des droits et à l’absence de processus démocratique », dénonce l’opposition.
D’après ses critiques, la visite à Paris viserait surtout à renouveler les engagements militaires et sécuritaires sans garanties politiques ou développementales tangibles pour le peuple tchadien. L’opposition met en garde contre le risque d’une dépendance excessive vis-à-vis des partenaires étrangers, qui pourrait subordonner les priorités nationales aux agendas internationaux plutôt qu’aux besoins des citoyens.
L’opacité des négociations
Enfin, l’opposition critique vivement le manque de transparence entourant les accords conclus lors de ces visites. Ni le parlement, ni les forces politiques, ni l’opinion publique ne disposent d’informations fiables sur le contenu réel de ces accords.
« Ces accords servent-ils l’État ou consolident-ils simplement la survie du régime ? », s’interroge Dr Zine Rozi.
L’opposition rappelle que toute politique étrangère non fondée sur un consensus national et dépourvue de solides institutions domestiques restera fragile, même si elle bénéficie d’un soutien international temporaire.
Une diplomatie en quête de légitimité
Au final, pour l’opposition tchadienne, la diplomatie actuelle illustre l’illusion d’une légitimité importée. Selon Dr Zine Rozi, « La véritable légitimité naît du lien entre le pouvoir politique et la volonté du peuple. Elle ne s’achète pas dans les capitales étrangères, elle se construit à la maison, au service des citoyens. »
Les critiques mettent ainsi en garde contre une stratégie qui pourrait affaiblir l’État au lieu de le renforcer, en priorisant l’image internationale au détriment des réformes internes et de l’amélioration des conditions de vie des Tchadiens.
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