Les discussions trilatérales sur l’Ukraine, organisées à Genève sous médiation américaine, se sont achevées après plusieurs heures d’échanges jugés « difficiles mais professionnels », selon les médias russes citant Vladimir Medinski. Malgré quelques avancées techniques, les divergences demeurent profondes sur les questions politiques et territoriales, tandis que la guerre se poursuit sur le terrain.
Des progrès techniques, mais un blocage politique persistant
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a confirmé que les discussions avaient permis d’avancer sur certains aspects militaires, notamment les modalités de contrôle d’un éventuel cessez-le-feu. Selon lui, les responsables militaires des deux camps comprennent désormais comment organiser la surveillance d’une cessation des hostilités, avec une possible participation des États-Unis.
Ces progrès restent toutefois fragiles. Les positions de Kiev et de Moscou continuent de diverger sur les dossiers les plus sensibles, notamment les territoires occupés et l’utilisation de la centrale nucléaire de Zaporijia. Le chef de l’État ukrainien estime que ces désaccords constituent le principal obstacle à un règlement politique.
Il accuse par ailleurs la Russie de « faire traîner en longueur » les négociations, affirmant qu’un accord aurait déjà pu atteindre sa phase finale si la volonté politique avait été plus claire. Pour Kiev, la participation active de partenaires européens est jugée indispensable à toute solution durable.
L’Europe présente en coulisses
Des représentants de plusieurs pays européens — France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni et Suisse — étaient présents à Genève en marge des discussions, sans participer directement aux réunions. Selon le conseiller présidentiel Serhiy Lechtchenko, ils ont été tenus informés en continu de l’évolution des pourparlers.
Le chef de la délégation ukrainienne, Rustem Umerov, a expliqué que les négociations se poursuivaient au sein de groupes de travail distincts, chargés de préciser les mécanismes politiques et militaires envisagés. L’émissaire américain Steve Witkoff a salué ce processus, évoquant un « progrès significatif » dans la tentative de rapprochement entre les deux parties, facilité selon lui par l’initiative du président Donald Trump.
Pourtant, selon le média Axios, les discussions auraient été proches de l’impasse lors de la première journée, en raison des positions défendues par la délégation russe.
La guerre continue malgré les discussions
Sur le terrain, les combats se poursuivent intensément. Dans la nuit précédant les négociations, l’armée russe a lancé un missile balistique Iskander-M et 126 drones contre l’Ukraine, selon l’armée de l’air ukrainienne. Une centaine d’entre eux ont été interceptés, mais plusieurs impacts ont été signalés.
Parallèlement, une attaque de drones ukrainiens a visé la ville russe de Tcheboksary. Selon les autorités locales, une installation industrielle liée à la société VNIIR-Progress, appartenant au groupe ABS Elektro, pourrait avoir été ciblée. Cette entreprise produit notamment des antennes conçues pour résister au brouillage électronique, utilisées dans l’équipement militaire russe.
Les communications militaires au cœur des tensions
La question des technologies de communication est également devenue un sujet stratégique. Selon plusieurs sources, la déconnexion de terminaux Starlink aurait provoqué des perturbations dans les communications russes, facilitant des contre-attaques ukrainiennes dans la région de Zaporijia.
Le vice-ministre russe de la défense Alexey Krivoruchko a toutefois affirmé que cette coupure n’avait pas réduit l’efficacité des forces armées. Le chef des communications militaires, Valery Tichkov, a assuré que les postes de commandement disposaient d’équipements nationaux modernes. Moscou affirme même avoir utilisé ces systèmes principalement pour tromper l’ennemi.
Une fracture politique au sommet de l’État ukrainien
Dans un entretien accordé à Associated Press, l’ancien commandant en chef de l’armée ukrainienne, Valeri Zaloujny, aujourd’hui ambassadeur à Londres, a évoqué pour la première fois des tensions profondes avec le président Zelensky.
Selon lui, les désaccords remontent au début de l’invasion russe en 2022, notamment sur la stratégie militaire. Il accuse également les services de sécurité ukrainiens d’avoir mené une perquisition « intimidante » dans son bureau à Kiev en septembre 2022, au plus fort du conflit — un épisode qui n’a pas été confirmé de manière indépendante.
La rupture aurait culminé lors de la contre-offensive de 2023. Zaloujny estime qu’elle a échoué en raison d’un manque de ressources et d’une dispersion des forces. Le plan initial visait à reprendre la région de Zaporijia puis à atteindre la mer d’Azov afin de couper le corridor logistique reliant la Russie à la Crimée.
Malgré son refus d’évoquer toute ambition politique tant que la guerre se poursuit, un sondage publié par Ipsos lui accorde 23 % des intentions de vote dans une hypothétique présidentielle, contre 20 % pour Zelensky.
Nouvelles sanctions contre Minsk
Kiev a également annoncé une série de sanctions personnelles contre le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko, accusé de soutenir activement l’effort de guerre russe.
Selon Zelensky, plus de 3 000 entreprises en Biélorussie participeraient indirectement à la production d’équipements militaires russes. Il affirme également que Moscou a installé un réseau de répéteurs sur le territoire biélorusse pour guider des drones d’attaque contre le nord de l’Ukraine.
Les sanctions ukrainiennes incluent le gel des avoirs, l’interdiction d’activités économiques, la suspension de licences, ainsi que la révocation de distinctions honorifiques accordées par le passé.
Le ministre ukrainien des affaires étrangères, Andrii Sybiha, a appelé la communauté internationale à isoler davantage le régime de Minsk, tout en évoquant la perspective d’une future intégration d’une Biélorussie démocratisée au sein du « triangle de Lublin », aux côtés de la Pologne et de la Lituanie.
Une controverse sportive internationale
En parallèle, une nouvelle tension diplomatique est apparue après la décision du Comité international paralympique d’autoriser certains athlètes russes et biélorusses à participer aux Jeux paralympiques 2026 sous leurs drapeaux nationaux. Kiev a dénoncé une décision « scandaleuse », estimant qu’elle légitime des États engagés dans le conflit.
Des discussions appelées à se poursuivre
Selon les déclarations relayées par l’agence TASS et par Ukrinform, les négociations ont duré environ deux heures et devraient se poursuivre prochainement.
Malgré l’intensité des combats et la persistance des tensions politiques, la tenue même de ces échanges est présentée par plusieurs acteurs comme un signe d’ouverture. Mais à ce stade, la perspective d’un accord global reste incertaine, tant les enjeux militaires, territoriaux et diplomatiques demeurent profondément conflictuels entre l’Ukraine et la Russie.
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