Dr Salim BENLEFKI Docteur en neuroscience
Longtemps relégué au monde de l’enfance, le jeu chez l’adulte revient sur le devant de la scène scientifique. De plus en plus de travaux suggèrent qu’entretenir une attitude ludique n’est pas futile : cela agirait positivement sur le stress, le cerveau et la qualité du vieillissement.
Une analyse publiée le 16 février dans The Conversation rappelle que jouer à l’âge adulte est associé à une meilleure régulation émotionnelle, davantage de résilience et une satisfaction de vie plus élevée.
Le jeu adulte, un levier de santé sous-estimé
Avec l’âge, le temps de jeu est souvent sacrifié au profit de la productivité. Pourtant, les chercheurs décrivent le jeu adulte non pas comme un simple divertissement, mais comme une posture mentale.
Selon Scott Duncan et Melody Smith (Auckland University of Technology), le jeu chez l’adulte se caractérise par :
- une activité orientée vers le plaisir
- une immersion dans le moment présent
- une forte interaction sociale
- l’absence d’objectif de performance
En pratique, garder son âme d’enfant revient à cultiver curiosité, humour et imagination au quotidien.
Un frein puissant contre le stress chronique
Un effet « remise à zéro » physiologique
Les travaux montrent que les moments ludiques créent une véritable pause neuropsychologique. Ils permettent :
- une baisse de la tension mentale
- une régulation du cortisol (hormone du stress)
- une amélioration de l’humeur
Lorsque des adultes rient, chantent ou dansent avec leurs enfants, l’UNICEF observe une diminution mesurable du stress perçu.
Impact médical
À long terme, une meilleure gestion du stress est associée à :
- moins de troubles anxieux
- un meilleur sommeil
- une réduction du risque cardiovasculaire
Un stimulant pour le cerveau qui vieillit
Le jeu ne fait pas que détendre. Il active aussi les circuits cérébraux.
Ce que suggèrent les recherches
Une étude récente citée par Duncan et Smith (2025) évoque une voie neurobiologique reliant :
- tendance ludique
- meilleure santé cognitive chez les seniors
D’autres travaux indiquent que les activités ludiques — notamment :
- jeux de stratégie
- jeux créatifs
- jeux de réflexion
peuvent renforcer :
- la mémoire
- l’attention
- la connectivité neuronale
Ces effets pourraient contribuer à ralentir le déclin cognitif lié à l’âge.
Une meilleure intelligence émotionnelle
Les adultes qui conservent une attitude joueuse présentent souvent :
- plus d’émotions positives
- une meilleure adaptabilité
- une résilience accrue face aux difficultés
Les psychologues soulignent que les profils « enjoués » gèrent plus efficacement les aléas du quotidien.
Sur le plan médical, cette flexibilité émotionnelle est associée à :
- moins de dépression
- moins d’épuisement psychique
- une meilleure qualité de vie globale
Le poids du regard social
Malgré ses bénéfices, le jeu adulte reste parfois freiné par des normes culturelles valorisant la performance permanente.
Duncan et Smith pointent un paradoxe moderne :
- société centrée sur l’efficacité
- réduction des espaces de spontanéité
- autocensure des comportements ludiques
Résultat : beaucoup d’adultes répriment spontanément leurs élans de jeu, au détriment de leur bien-être.
Comment intégrer le jeu dans la vie quotidienne
Bonne nouvelle : nul besoin d’activités complexes. Les micro-moments ludiques suffisent.
Exemples simples validés par les experts
- marcher sur une bordure comme sur une poutre
- improviser une danse en cuisinant
- jouer à un jeu de société
- inventer une histoire avec un enfant
- pratiquer un loisir créatif
L’important est l’état d’esprit, pas la performance.
Recommandations médicales pratiques
Pour bénéficier des effets protecteurs :
Fréquence
- viser des moments ludiques plusieurs fois par semaine
- même 10 à 15 minutes peuvent être utiles
Type d’activités
- privilégier les jeux sociaux ou créatifs
- varier entre stimulation cognitive et plaisir pur
Pour les adultes stressés ou seniors
- intégrer le jeu dans la routine anti-stress
- combiner avec activité physique douce
- maintenir des interactions intergénérationnelles
Quand consulter
Si vous ressentez :
- stress chronique persistant
- perte d’intérêt généralisée
- troubles du sommeil durables
Un avis médical ou psychologique peut être utile.
À retenir
Garder son âme d’enfant n’est pas un luxe. Les données scientifiques suggèrent qu’une attitude ludique agit comme un modulateur du stress, un stimulant cérébral et un facteur de vieillissement en meilleure santé. Dans un quotidien saturé d’obligations, préserver des espaces de jeu pourrait bien devenir une véritable stratégie de prévention.
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