Dr Salim BENLEFKI Docteur en neuroscience
De prime abord, autisme et maladie de Parkinson semblent deux mondes cérébraux éloignés. Pourtant, de plus en plus d’études montrent que les adultes avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) présentent un risque nettement accru de développer la maladie de Parkinson. Une nouvelle étude de l’Université du Missouri ouvre une piste inédite : un lien possible via la dopamine cérébrale, observé grâce à une technique d’imagerie sophistiquée habituellement réservée aux seniors parkinsoniens.
Un risque multiplié mais encore rare
Les travaux épidémiologiques récents indiquent que les personnes autistes seraient jusqu’à six fois plus susceptibles de développer la maladie de Parkinson que la population générale. Une vaste cohorte suédoise publiée dans JAMA Neurology relève un risque quadruplé, même après ajustement pour la génétique et certains traitements médicamenteux.
Une partie de ce sur-risque est liée aux syndromes parkinsoniens induits par les neuroleptiques, souvent prescrits dans l’autisme. Mais d’autres projets, comme l’européen Brain2Bee, montrent des taux élevés de véritable maladie de Parkinson, suggérant que les circuits dopaminergiques pourraient relier intrinsèquement les deux diagnostics.
Recommandation médicale : bien que le risque soit multiplié, en valeur absolue, la maladie de Parkinson reste rare chez les adultes autistes. La vigilance et le suivi neurologique personnalisé restent essentiels.
Dopamine, DAT et DaT SPECT : la nouveauté du Missouri
La dopamine est un neurotransmetteur central pour le mouvement, la motivation et l’attention. Dans la maladie de Parkinson, les neurones dopaminergiques dégénèrent. Dans l’autisme, des anomalies fonctionnelles de ce système ont été signalées, mais peu de recherches avaient exploré les transporteurs de dopamine (DAT) dans les ganglions de la base, zones clés du contrôle moteur.
Pour la première fois, l’équipe de l’Université du Missouri a utilisé le DaT SPECT, un examen qui visualise les transporteurs de dopamine, chez 12 jeunes adultes autistes âgés de 18 à 24 ans.
Résultats :
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2 participants présentaient des anomalies nettes du DAT.
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2 autres montraient des anomalies possibles.
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Le quotient intellectuel et les comportements répétitifs étaient comparables au reste du groupe.
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Les connexions cérébrales restaient globalement préservées.
Selon le neurologue David Beversdorf : “Ces signaux, observables des décennies avant un éventuel diagnostic de Parkinson, pourraient constituer de futurs biomarqueurs pour anticiper la maladie.”
Que retenir pour les adultes autistes ?
Même si le risque relatif est élevé, la valeur absolue reste faible. L’objectif n’est pas d’alarmer, mais de préparer un suivi préventif et personnalisé.
Les chercheurs envisagent maintenant :
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Confirmer les résultats sur un échantillon plus large.
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Identifier les facteurs de risque cumulés chez les personnes autistes.
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Évaluer des mesures préventives, y compris certaines interventions médicamenteuses qui pourraient ralentir la progression de la maladie.
Recommandation médicale :
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Il est trop tôt pour proposer le DaT SPECT comme examen systématique.
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Les adultes autistes devraient bénéficier d’un suivi neurologique régulier, particulièrement avec l’âge.
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Toute médication ou traitement visant la dopamine doit être discuté avec un neurologue spécialisé.
Une nouvelle piste scientifique
Cette étude ouvre une perspective inédite sur les liens entre autisme et Parkinson. Elle suggère que des anomalies dopaminergiques précoces pourraient relier deux troubles longtemps considérés comme indépendants, et souligne l’importance de la recherche préventive et de la surveillance de la santé cérébrale des jeunes adultes autistes au fil du temps.
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