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Rima Hassan de retour en France : une foule émue l’accueille à Paris après son expulsion d’Israël

Par Salim BENLEFKI.-- 13-Juin-2025 0

Jeudi soir, place de la République à Paris. Peu après 21 heures, des milliers de personnes affluent sous une pluie de drapeaux palestiniens et de pancartes colorées. L’atmosphère est à la fois festive et grave. Tous sont venus accueillir Rima Hassan, députée européenne, revenue en France après avoir été expulsée d’Israël.

Une mission humanitaire stoppée en pleine mer

Rima Hassan participait à une opération humanitaire risquée. Avec d’autres militants venus du monde entier, elle avait embarqué à bord du *Madleen*, un petit bateau humanitaire de la Flottille de la Liberté. Leur but : atteindre Gaza par la mer pour y apporter de l’aide et dénoncer le blocus israélien qui prive la population de ressources vitales depuis des mois.

Mais le voyage a été brutalement interrompu. En pleine mer, dans les eaux internationales, la marine israélienne a intercepté le voilier. À bord, douze personnes, dont Rima Hassan et la militante écologiste Greta Thunberg. Tous ont été arrêtés, placés en détention, parfois isolés, puis transférés dans un centre de rétention à Tel Aviv.

Des jours de séquestration sous pression et d’humiliation

Pendant plusieurs jours de séquestration, l’eurodéputée Rima Hassan a été maintenue en détention en Israël, sans qu’aucune inculpation officielle ne lui soit notifiée. Les autorités israéliennes ont tenté de lui imposer la signature d’un document lui interdisant à vie l’entrée sur le territoire israélien et de lui faire dire qu’elle est entrée sans autorisation. Face aux pressions, aux menaces verbales et aux intimidations, elle a tenu bon et a refusé de céder. Finalement expulsée, elle a pu regagner la France le 12 juin.

Mais durant cette détention illégale, Rima Hassan et les autres militants arrêtés ont subi des conditions particulièrement dures. Selon l’ONG qui les assiste, les détenus ont été victimes de mauvais traitements, de mesures punitives et de comportements agressifs de la part des autorités israéliennes.

Deux d’entre eux ont été placés en isolement pendant une période prolongée.

L’avocate de Rima Hassan a décrit des conditions de détention dégradantes et inacceptables. Lors de son transfert à la prison pour femmes de Neve Tirzah, l’eurodéputée a été enfermée dans une cellule sordide, sans fenêtre, infestée de cafards, jonchée de mégots de cigarettes et d’eaux usées stagnantes sous le lit. « Ils ne m’ont pas autorisée à entrer dans la cellule, mais en tant qu’avocate habituée de cette prison, je peux affirmer que ces conditions ne sont pas celles des détentions habituelles », a-t-elle expliqué.

Privée de douche et de nourriture, Rima Hassan a également été privée de promenade quotidienne, droit pourtant accordé à tous les détenus. Cette mise à l’isolement, ajoutée aux humiliations verbales et aux moqueries constantes sur ses convictions politiques et son engagement en faveur des Palestiniens, visait clairement à briser sa résistance morale.

Un retour sous haute tension, marqué par une agression inacceptable en plein vol

Après plusieurs jours de détention arbitraire en Israël, sans qu’aucune charge ne soit officiellement retenue contre elle, Rima Hassan a finalement été expulsée vers la France le 12 juin. Les autorités israéliennes avaient tenté, en vain, de lui faire signer un document l’interdisant définitivement d’entrer sur leur territoire. Malgré les intimidations et les menaces verbales, l’eurodéputée franco-palestinienne est restée ferme et a refusé de céder à ces pressions contraires au droit international.

Mais le calvaire ne s’est pas achevé avec son embarquement. Lors du vol entre Jérusalem et Paris, Rima Hassan a été confrontée à un comportement d’une violence inacceptable de la part de plusieurs passagers hostiles à sa présence. Insultes, intimidations et agressions verbales ont transformé le vol commercial en véritable scène de harcèlement collectif, portant gravement atteinte à sa sécurité et à sa dignité de passagère.

Face à la montée des tensions et à l’absence de réaction immédiate de certains membres de l’équipage pour contenir l’agitation, Rima Hassan a été contrainte de se réfugier dans les toilettes de l’appareil afin d’échapper à ses agresseurs. Cet épisode soulève de sérieuses questions quant au respect des obligations légales du commandant de bord et de l’équipage, qui ont pour mission de garantir la sécurité de tous les passagers, d’assurer le maintien de l’ordre à bord et de prévenir toute forme de violence ou d’agression pendant le vol, comme le stipule la réglementation internationale de l’aviation civile.

À l’atterrissage, en raison de la persistance de la tension et de l’impunité dont en bénéfices ces agresseurs, la Police aux frontières a dû intervenir pour exfiltrer la députée en toute sécurité. Ce déferlement de haine dépasse la simple incivilité : c’est une atteinte inacceptable à ses droits les plus fondamentaux, d’autant plus choquante qu’elle visait une élue démocratiquement mandatée. En tant que passagère, elle avait droit, comme tout voyageur, à un vol sécurisé, protégé par l’équipage et le commandant de bord, garants de l’ordre à bord et de la dignité de chaque être humain. Ce manquement grave illustre une dérive alarmante où l’intimidation supplante les règles élémentaires du respect et de la sécurité.

Une vague de soutien et d’émotion à Paris et dans toutes la France

Jeudi soir, place de la République à Paris, l’émotion s’est mêlée à la colère. Rima Hassan, fraîchement expulsée d’Israël après plusieurs jours de détention arbitraire, a été accueillie par des centaines de soutiens, rassemblés pour dénoncer la répression qui frappe toute voix dissidente face à la politique israélienne à Gaza.

L’eurodéputée insoumise, visage désormais incontournable de la solidarité avec le peuple palestinien, a remercié la foule sous une salve d’applaudissements nourris. Autour d’elle, de nombreuses figures de La France insoumise, mais aussi des organisations pro-palestiniennes, des syndicats et des citoyens anonymes. « Notre action avait un double objectif : apporter de l’aide humanitaire à Gaza et, surtout, dénoncer et briser le blocus qui asphyxie quotidiennement la population », a-t-elle déclaré d’une voix ferme.

L’appel au rassemblement lancé dès son retour a largement été entendu. Dès la tombée de la nuit, des centaines de personnes avaient convergé vers la place de la République, où les drapeaux palestiniens flottaient aux côtés de pancartes dénonçant l’impunité d’Israël et la complicité des gouvernements occidentaux. « Rima, Rima, Paris est avec toi ! », scandait la foule, tandis que la statue centrale se couvrait de slogans exigeant la fin du blocus et la reconnaissance des droits du peuple palestinien.

Parmi la foule, Mathilde, 24 ans, venue de Creil : « C’est la première fois que je participe à un rassemblement. Je ne pouvais plus rester spectatrice. Ce qu’il se passe là-bas est un véritable génocide. »

L’arrivée de Rima Hassan vers 22 heures a été saluée par des cris d’affection et d’admiration. Drapeau palestinien sur les épaules, elle a réaffirmé sa détermination : « Notre combat est politique. Nous continuerons. Le prochain bateau est déjà prêt, et s’il le faut, il y en aura d’autres, encore et encore, jusqu’à ce que le blocus soit brisé. »

Présent lui aussi, Jean-Luc Mélenchon a pris la parole pour adresser un message à la jeunesse, transformant l’eurodéputée en symbole de résistance : « Jeunes femmes, jeunes filles, essayez toutes, quand vous serez grandes, d’être Rima Hassan. »

Au-delà de l’émotion, cette mobilisation exprime un malaise croissant : celui d’une opinion publique révoltée par l’impunité des crimes commis à Gaza, mais aussi par le silence diplomatique français. La soirée à République n’était pas qu’un simple accueil : c’était un acte politique, un rappel que la solidarité internationale est loin d’être éteinte.

Rima Hassan prévient Israël — « Le prochain bateau est déjà prêt »

C’est un message de défi qu’a lancé Rima Hassan depuis la place de la République, quelques heures seulement après son expulsion brutale d’Israël. Sous les applaudissements nourris de milliers de soutiens, l’eurodéputée a annoncé : « Le prochain bateau est déjà prêt. Il s’appellera Handhala. »

Derrière ce nom, tout un symbole. Handhala, figure intemporelle du dessinateur Naji al-Ali, enfant éternel aux pieds nus et au regard détourné, incarne la mémoire collective du peuple palestinien exilé, spolié, et résistant. Choisir ce nom, c’est rappeler que malgré les arrestations, les interdictions de territoire, les tentatives d’intimidation et les agressions subies jusque dans l’avion qui la ramenait en France, la mobilisation internationale pour briser le blocus de Gaza ne faiblira pas.

« Tant que le blocus persistera, nous continuerons », martèle Rima Hassan. Car derrière cette flottille humanitaire, c’est une dénonciation frontale de la complicité des grandes puissances face à l’asphyxie programmée de Gaza qui s’organise. Tandis que les instances internationales peinent à enrayer la machine de guerre israélienne, ces missions maritimes prennent le relais, exposant, à visage découvert, l’inaction et le cynisme diplomatique ambiant.

Le choix du nom Handhala est aussi un signal adressé à Tel-Aviv : les bâillons n’étoufferont pas la voix des peuples solidaires. Les arrestations, les humiliations, les violences psychologiques infligées aux militants et aux humanitaires sont autant de preuves de la peur d’un régime qui redoute l’opinion publique mondiale et les témoignages directs du terrain.

Dans l’ombre des grandes déclarations officielles, c’est une diplomatie des peuples qui s’organise. Une résistance transnationale qui refuse de détourner les yeux face à ce que de nombreux juristes et ONG qualifient désormais de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité à Gaza.

Deux Français toujours prisonniers du système répressif israélien

Si Rima Hassan a finalement pu fouler le sol français après plusieurs jours de rétention arbitraire, le calvaire n’est pas terminé pour les deux autres ressortissants français arrêtés avec elle à bord du Madleen. Tous participaient à une mission humanitaire destinée à briser le blocus de Gaza. Mais pour ces deux Français encore détenus, l’expulsion se fait toujours attendre.

L’ONG israélienne Adalah, qui défend juridiquement les militants de la flottille, dénonce une procédure d’interception « totalement illégale », le Madleen ayant été arraisonné en pleine mer internationale par la marine israélienne. Après plus de 72 heures de détention administrative et d’interrogatoires menés sous pression, les six passagers — originaires de France, d’Allemagne, de Turquie, des Pays-Bas et du Brésil — ont été transférés vers l’aéroport Ben Gourion pour expulsion.

Mais alors que Rima Hassan a été renvoyée en France, les deux Français restants demeurent enfermés dans les geôles israéliennes de la prison de Givon, à Ramle, non loin de Tel-Aviv. Ils y attendent toujours, sous surveillance, une expulsion qui pourrait intervenir « dans les prochaines heures », selon Adalah.

Cette détention prolongée, sur fond de mission humanitaire criminalisée, illustre une nouvelle fois la brutalité de l’appareil sécuritaire israélien, déterminé à étouffer toute tentative de briser le blocus de Gaza et à intimider les militants internationaux qui osent défier l’impunité.

Gaza : une situation humanitaire dramatique

Derrière ce rassemblement, c’est surtout l’immense détresse de la population de Gaza qui mobilise. Depuis le 18 mars 2025, les attaques israéliennes ont fait près de 5 000 nouvelles victimes. Depuis le début du conflit, en octobre 2023, plus de 55 000 Palestiniens ont été tués, principalement des civils : femmes, enfants, familles entières.

La Cour internationale de Justice a pourtant ordonné à Israël, dès janvier 2024, de prévenir tout acte de génocide et de laisser entrer l’aide humanitaire. La Cour pénale internationale est même allée plus loin en émettant des mandats d’arrêt contre plusieurs dirigeants israéliens, dont le Premier ministre Benyamin Netanyahu, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Le blocus de Gaza : un drame dénoncé par les ONG

Malgré ces décisions, le blocus reste presque total. Depuis mars 2025, Israël bloque quasi intégralement l’entrée de l’aide humanitaire. Quelques rares convois sont autorisés, mais très insuffisants face aux besoins colossaux.

Plusieurs ONG de terrain tirent la sonnette d’alarme. Médecins du Monde, Oxfam ou encore le Norwegian Refugee Council parlent désormais d’« un effondrement humanitaire total » et dénoncent « l’un des pires drames humanitaires de notre génération ».

Face à cette catastrophe, le ministre israélien de la Défense a été clair : « Aucune aide humanitaire n’entrera à Gaza ».

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