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Plus d’une heure d’écran par jour : un impact mesurable sur le cerveau des 3-5 ans ?

Par Dr. Salim BENLEFKI-- depuis 5 heures 0

 

  Dr Salim BENLEFKI     DOCTEUR EN NEUROSCIENCE

Une heure d’écran par jour. Un seuil apparemment anodin. Pourtant, selon une étude publiée en 2020 dans JAMA Pediatrics, dépasser cette durée pourrait être associé à des modifications mesurables du cerveau chez les enfants âgés de 3 à 5 ans.

Des différences observées dans la matière blanche

Les chercheurs ont utilisé l’imagerie cérébrale pour analyser le cerveau d’enfants d’âge préscolaire.

Ils ont constaté des différences dans la matière blanche chez ceux exposés à plus d’une heure quotidienne d’écran.

La matière blanche joue un rôle clé. Elle assure la transmission rapide des informations entre différentes régions du cerveau.

Elle est impliquée dans :

  • le langage,
  • la lecture et l’écriture,
  • la compréhension,
  • les fonctions exécutives (attention, planification, contrôle des impulsions).

Selon les auteurs, le développement de cette matière blanche serait moins optimal chez les enfants fortement exposés.

Une période critique du développement

Entre 3 et 5 ans, le cerveau traverse une phase d’expansion intense.

La plasticité cérébrale est à son maximum. Les connexions neuronales se forment à un rythme soutenu, structurant progressivement les bases du langage, de l’attention, de la mémoire et des fonctions exécutives.

Durant cette période clé, l’environnement joue un rôle déterminant. Les interactions, les stimulations sensorielles, le jeu, la qualité des échanges verbaux influencent directement l’architecture cérébrale.

Certains spécialistes alertent sur le risque de voir une partie de cette génération ne pas exploiter pleinement son potentiel cognitif. Ils rappellent que, dans cette fenêtre de développement particulièrement sensible, même deux heures quotidiennes d’exposition inadaptée — ou de stimulation insuffisante — peuvent produire des effets mesurables sur la maturation cérébrale.

« AI Brain Rot » : la surstimulation numérique

Des professionnels en technologie évoquent un phénomène qu’ils appellent ‘’AI Brain Rot’’. Ils désignent des contenus ultra-stimulants conçus pour capter l’attention :

  • couleurs saturées,
  • montage très rapide,
  • changements constants d’images,
  • récompenses visuelles fréquentes.

Avec l’intelligence artificielle, ce type de vidéos peut être produit en grande quantité, notamment sur YouTube et YouTube Kids.

Le problème n’est pas uniquement la durée. C’est aussi la qualité du contenu. Une stimulation excessive pourrait perturber :

  • la capacité d’attention soutenue,
  • l’apprentissage du langage,
  • la régulation émotionnelle

Ce que dit réellement la science

Il est important de préciser : l’étude établit une association, pas une causalité directe.

Les chercheurs observent une corrélation entre temps d’écran élevé et différences structurelles cérébrales.

D’autres facteurs interviennent :

  • environnement familial,
  • niveau socio-économique,
  • qualité des interactions parent-enfant,
  • contenu visionné.

L’écran en soi n’est pas nécessairement délétère. Un usage passif, prolongé et non supervisé semble plus problématique.

Recommandations pour les parents

Les sociétés savantes en pédiatrie recommandent une approche mesurée.

Pour les 3-5 ans :

  • limiter le temps d’écran à environ une heure par jour,
  • privilégier des contenus éducatifs de qualité,
  • accompagner l’enfant pendant le visionnage,
  • discuter de ce qui est vu.

Autres conseils pratiques :

  • éviter les écrans dans la chambre,
  • conserver les appareils dans les espaces communs,
  • installer des filtres parentaux via le fournisseur Internet,
  • utiliser des outils de contrôle parental,
  • favoriser les jeux libres, la lecture et les activités physiques.

Les interactions humaines restent essentielles. La conversation stimule le langage. Le jeu développe la créativité et les fonctions exécutives.

Un équilibre à trouver

Le numérique fait partie du quotidien.  L’objectif n’est pas l’interdiction totale.

  • Il s’agit d’encadrer.
  • De diversifier les stimulations.
  • De préserver le sommeil et le temps d’échange.

Chez le jeune enfant, le cerveau se construit d’abord dans la relation, le mouvement et l’exploration du monde réel.

L’écran ne doit pas remplacer ces expériences fondamentales.

 

 

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