Le journaliste marocain Ali Lmrabet a été interpellé dimanche 12 juillet 2026 à son arrivée à l’aéroport Ibn Battuta de Tanger. Les autorités marocaines évoquent des poursuites pour diffamation et diffusion de fausses informations, tandis que le Parti national rifain (PNR) dénonce une arrestation à caractère politique et réclame sa libération immédiate.
Interpellation dès son arrivée à Tanger
Le journaliste Ali Lmrabet a été arrêté dimanche 12 juillet 2026, vers 15 heures (heure locale), à son arrivée à l’aéroport Ibn Battuta de Tanger, après un vol en provenance de Barcelone.
L’information a été confirmée par son épouse, Laura Feliú, dans des déclarations à l’agence de presse espagnole EFE.
Selon les autorités marocaines, cette interpellation est liée à des plaintes portant sur des faits présumés de diffamation et de diffusion de fausses informations sur des plateformes numériques.
Le Parti national rifain (PNR), basé à Paris, rejette cette version. Dans un communiqué publié le 13 juillet, le mouvement estime que cette arrestation s’inscrit dans une politique de répression visant les journalistes indépendants et les voix critiques au Maroc.
Une figure du journalisme indépendant
Ali Lmrabet est considéré comme l’un des journalistes les plus connus du paysage médiatique marocain. Diplômé de la Sorbonne, il s’est fait connaître en fondant les hebdomadaires Demain et Doumane, deux publications reconnues pour leur ligne éditoriale critique à l’égard des institutions marocaines.
Au cours de sa carrière, il a fait l’objet de plusieurs poursuites judiciaires largement relayées par les organisations internationales de défense de la liberté de la presse.
En 2003, il avait été condamné à trois ans de prison pour « outrage au roi », après la publication de caricatures de la monarchie et d’une interview d’un militant républicain marocain. Après huit mois de détention et une grève de la faim de cinquante jours, il avait été gracié en janvier 2004.
Deux ans plus tard, il avait écopé d’une interdiction de dix ans d’exercer le journalisme après avoir qualifié les Sahraouis installés dans les camps de Tindouf de « réfugiés » plutôt que de « séquestrés ». Cette décision avait suscité de nombreuses critiques d’organisations internationales, notamment de Reporters sans frontières (RSF), qui y voyait une atteinte à la liberté de la presse.
En 2015, Ali Lmrabet avait de nouveau attiré l’attention de la communauté internationale en menant une grève de la faim devant le siège des Nations unies à Genève afin d’obtenir la restitution de ses documents d’identité.
Selon le Parti national rifain, son arrestation du 12 juillet 2026 constitue sa troisième détention pour des motifs politiques en vingt-trois ans de carrière. Cette qualification n’a toutefois pas été reconnue par les autorités marocaines.
Un contexte marqué par les débats sur la liberté de la presse
Dans son communiqué, le Parti national rifain affirme que cette arrestation s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions visant les journalistes, les défenseurs des droits humains et les opposants politiques.
Le mouvement rappelle que le Maroc occupait la 120e place sur 180 pays dans l’Indice mondial de la liberté de la presse 2025 publié par Reporters sans frontières.
Le communiqué évoque également la situation des détenus issus du mouvement du Hirak du Rif, né à partir de 2016. Il cite notamment Nasser Zefzafi, condamné à vingt ans de prison.
Le PNR rappelle qu’en août 2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait estimé que la détention de Nasser Zefzafi était arbitraire et avait demandé sa libération, ainsi que des mesures de réparation. Les autorités marocaines n’ont pas donné suite à cette recommandation.
Une série d’appels adressés au Maroc et à la communauté internationale
Le Parti national rifain demande aux autorités marocaines :
- la libération immédiate et sans condition d’Ali Lmrabet ;
- l’abandon des poursuites engagées contre lui ;
- la fin des procédures judiciaires visant les journalistes indépendants et les militants rifains ;
- la libération des prisonniers politiques rifains ;
- l’application des recommandations formulées par le Groupe de travail des Nations unies concernant Nasser Zefzafi ;
- une réforme des dispositions pénales utilisées contre les journalistes afin de les rendre conformes aux engagements internationaux du Maroc en matière de liberté d’expression.
Le mouvement appelle également plusieurs institutions internationales à intervenir.
Il demande aux rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la liberté d’expression et sur la torture d’examiner rapidement le dossier d’Ali Lmrabet. Il sollicite aussi le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme afin qu’il publie une déclaration officielle sur cette affaire.
Au niveau européen, le PNR invite le Parlement européen à adopter une nouvelle résolution condamnant cette arrestation. Il demande également à la Commission européenne et au Service européen pour l’action extérieure de saisir officiellement les autorités marocaines et d’inscrire le cas d’Ali Lmrabet à l’ordre du jour des prochaines discussions entre l’Union européenne et le Maroc sur les droits humains.
Enfin, le parti appelle plusieurs organisations internationales, dont Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale des journalistes, à lancer des initiatives de soutien et à demander la libération du journaliste.
Un dossier appelé à susciter des réactions
Cette nouvelle arrestation d’Ali Lmrabet intervient dans un contexte où les questions liées à la liberté de la presse et à la protection des journalistes demeurent régulièrement soulevées par plusieurs organisations internationales.
Au moment de la publication du communiqué du Parti national rifain, les autorités marocaines maintenaient que les poursuites engagées relevaient d’infractions de droit commun liées à la diffusion de contenus numériques, tandis que les soutiens du journaliste dénonçaient une nouvelle atteinte à la liberté d’informer.
L’évolution de cette affaire devrait être suivie de près par les organisations de défense des droits humains, les institutions internationales et les acteurs de la liberté de la presse.
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