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Pourquoi les hommes sont-ils plus touchés par la maladie de Parkinson ?

Par Dr. Salim BENLEFKI-- depuis 3 heures 0

Dr Salim BENLEFKI   Docteur en neurosciences 

Une étude révèle des différences biologiques entre les sexes

La maladie de Parkinson n’affecte pas les hommes et les femmes de la même manière. Depuis plusieurs décennies, les chercheurs constatent que les hommes développent cette maladie neurodégénérative 1,5 à 2 fois plus souvent que les femmes et présentent généralement une progression plus rapide des symptômes. Une nouvelle étude, présentée le 8 juillet 2026 lors du Forum de la Fédération des sociétés européennes de neurosciences (FENS) à Barcelone, apporte un nouvel éclairage sur cette différence en mettant en évidence des mécanismes biologiques distincts au niveau des cellules cérébrales.

Une maladie neurologique en constante progression

La maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. Elle touche aujourd’hui près de 9,4 millions de personnes dans le monde.

Elle est provoquée par la destruction progressive des neurones producteurs de dopamine, un neurotransmetteur indispensable au contrôle des mouvements. Cette perte neuronale entraîne progressivement des symptômes moteurs tels que les tremblements au repos, la rigidité musculaire, le ralentissement des mouvements (akinésie) ainsi que des troubles de l’équilibre. À ces manifestations s’ajoutent souvent des symptômes non moteurs, comme les troubles du sommeil, la constipation, la perte de l’odorat, l’anxiété ou encore la dépression.

Si l’âge demeure le principal facteur de risque, les scientifiques cherchent depuis longtemps à comprendre pourquoi les hommes sont davantage concernés que les femmes.

Des différences jusque dans les cellules du cerveau

Pour répondre à cette question, les chercheurs de l’Université de la Sarre, en Allemagne, dirigés par la Pr Julia Schulze-Hentrich, ont étudié des échantillons cérébraux post-mortem provenant de 73 patients atteints de la maladie de Parkinson (45 hommes et 28 femmes), comparés à ceux de 24 personnes non malades.

Leurs analyses montrent que si certaines réponses cellulaires au stress provoqué par la maladie sont similaires chez tous les patients, plusieurs mécanismes diffèrent selon le sexe.

Les chercheurs ont notamment observé des différences dans deux types de cellules essentielles au bon fonctionnement du cerveau :

  • les astrocytes, qui assurent le soutien, la nutrition et la protection des neurones ;
  • les oligodendrocytes, responsables de la fabrication de la myéline, la gaine isolante qui protège les fibres nerveuses et facilite la transmission des influx nerveux.

Le rôle clé des mitochondries et de la myéline

L’étude révèle que chez les hommes et les femmes, certains gènes impliqués dans le fonctionnement des mitochondries, véritables centrales énergétiques des cellules, ne s’activent pas de la même manière.

Or, lorsque les mitochondries fonctionnent moins efficacement, les cellules nerveuses deviennent plus vulnérables au stress oxydatif et à la dégénérescence.

Les chercheurs ont également mis en évidence des différences concernant les gènes impliqués dans la production et l’entretien de la myéline, indispensable à une bonne communication entre les neurones.

Ces variations pourraient influencer la capacité du cerveau à protéger ses circuits nerveux face à la progression de la maladie.

Comme l’explique la Pr Julia Schulze-Hentrich :

« Nos résultats montrent que la maladie de Parkinson déclenche des réponses cellulaires communes, mais aussi des différences importantes entre les hommes et les femmes dans la manière dont les cellules cérébrales gèrent leur énergie et protègent les connexions nerveuses. »

Pourquoi les hommes sont-ils plus vulnérables ?

Cette étude renforce l’hypothèse selon laquelle les différences biologiques entre les sexes jouent un rôle majeur dans la susceptibilité à la maladie de Parkinson.

Plusieurs mécanismes pourraient intervenir :

  • une gestion différente du stress cellulaire ;
  • une vulnérabilité accrue des mitochondries chez les hommes ;
  • des différences dans la protection des fibres nerveuses ;
  • l’influence des hormones sexuelles, notamment l’effet potentiellement neuroprotecteur des œstrogènes chez la femme avant la ménopause ;
  • des interactions entre facteurs génétiques, environnementaux et mode de vie.

Les chercheurs rappellent toutefois qu’aucun facteur unique n’explique à lui seul cette différence.

Une maladie aux causes multiples

Dans près de 90 % des cas, la maladie de Parkinson n’est pas liée à une mutation génétique unique. Elle résulte d’une combinaison complexe de facteurs :

  • le vieillissement ;
  • certaines prédispositions génétiques ;
  • l’exposition à des pesticides ou à d’autres substances toxiques ;
  • des facteurs environnementaux ;
  • le mode de vie.

Cette nouvelle étude suggère que le sexe biologique influence également la manière dont ces différents facteurs interagissent.

Vers des traitements plus personnalisés

Ces découvertes ouvrent la voie à une approche plus individualisée de la prise en charge.

Aujourd’hui, les traitements sont globalement identiques chez les hommes et les femmes. Or, si les mécanismes biologiques diffèrent réellement selon le sexe, il pourrait devenir possible de développer à l’avenir des thérapies ciblées, adaptées au profil biologique de chaque patient.

Selon les chercheurs, cette médecine de précision pourrait améliorer l’efficacité des traitements et ralentir davantage l’évolution de la maladie.

Quels signes doivent alerter ?

Une consultation médicale est recommandée en présence de symptômes évocateurs tels que :

  • un tremblement apparaissant au repos, souvent d’un seul côté ;
  • une lenteur inhabituelle des mouvements ;
  • une rigidité musculaire persistante ;
  • des difficultés à marcher ou une perte d’équilibre ;
  • une diminution du balancement naturel des bras ;
  • une perte de l’odorat inexpliquée ;
  • des troubles du sommeil paradoxal ou une constipation chronique.

Un diagnostic précoce permet une prise en charge plus rapide, susceptible d’améliorer durablement la qualité de vie.

À retenir

Cette étude présentée au Forum 2026 de la FENS apporte un nouvel éclairage sur une question longtemps restée sans réponse : pourquoi les hommes développent-ils plus souvent la maladie de Parkinson que les femmes ? Les chercheurs montrent que les cellules cérébrales masculines et féminines ne réagissent pas de la même manière face à la maladie, notamment en ce qui concerne la production d’énergie cellulaire et la protection des connexions nerveuses. Ces résultats pourraient ouvrir la voie à des traitements personnalisés, adaptés aux différences biologiques entre les sexes.

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