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Algérie : les appels à la libération des journalistes détenus se multiplient face à une répression persistante

Par khaled derarni -- 06-Juil-2024 0

Alors que le journaliste Belkacem Haouam attend une décision judiciaire cruciale sur son sort,
plusieurs voix s’élèvent  pour dénoncer la détention prolongée de confrères emprisonnés sans
jugement. Grèves de la faim, rassemblements, déclarations politiques… La mobilisation pour la
liberté d’expression se renforce face à une répression qui ne faiblit pas.
‘’Des journalistes sous pression, la justice en ligne de mire’’
L’affaire de Belkacem Haouam, journaliste du quotidien ‘‘Echorouk’‘, incarne les tensions croissantes
entre la presse indépendante et les institutions étatiques en Algérie. Incarcéré depuis le 8 septembre
2022 après une plainte du ministère du Commerce pour un article sur la suspension supposée des
exportations de dattes, Haouam est poursuivi en vertu d’une loi sur la spéculation illicite. Sa défense
a introduit un recours contre sa détention, et la chambre d’accusation près la Cour d’Alger doit
rendre son verdict ce dimanche.
Ce contexte judiciaire tendu intervient alors que les autorités ont autorisé la réimpression de
‘‘Echorouk’‘, suspendu à la suite de la publication controversée. Ce geste a été perçu comme un signe
d’ouverture par ses collègues, qui ont organisé un rassemblement devant le siège du journal pour
réclamer la libération du journaliste. « Le journalisme n’est pas un crime. Nous exigeons le respect
des lois qui garantissent la liberté de la presse », ont scandé les manifestants.
‘’Une loi économique détournée contre la liberté d’informer’’
La législation invoquée pour incarcérer Haouam – promulguée le 28 décembre 2021 – assimile la
diffusion d’informations jugées « fausses » pouvant perturber les marchés à des actes de spéculation
criminelle. Elle prévoit des peines allant jusqu’à 30 ans de prison en cas de crise économique ou
sanitaire.
Pour de nombreux défenseurs des droits, l’utilisation de cette loi à des fins répressives illustre une
instrumentalisation inquiétante du droit économique contre les journalistes. Dans le cas de Haouam,
le simple fait de publier une information non confirmée semble avoir suffi à justifier une privation de
liberté.
‘’ Mohamed Mouloudj en grève de la faim après un an sans procès’’
L’affaire de Mohamed Mouloudj vient aggraver les inquiétudes autour de la détention arbitraire.
Ancien journaliste du quotidien francophone ‘‘Liberté’‘, fermé par son propriétaire, il est emprisonné
depuis un an sans qu’aucune date de procès n’ait été fixée. Pour dénoncer cette situation, il a
entamé une grève de la faim, rejoint par son épouse, mère de leurs trois enfants.
Poursuivi pour des liens présumés avec le mouvement indépendantiste ‘‘MAK’‘ (mouvement pour
l’autodétermination de la Kabylie), classé comme organisation terroriste par l’État algérien,
Mouloudj est accusé sur la base de l’article 87 bis du code pénal. Ce texte controversé, utilisé dans de
nombreuses affaires de nature politique, ouvre la voie à des condamnations extrêmement lourdes,
allant jusqu’à la peine de mort. « Mon mari est détenu sans jugement depuis un an. Sa santé est en
danger. Cette situation est inhumaine », a témoigné son épouse, visiblement très bouleversée.

 

‘’Un climat de harcèlement qui touche aussi les femmes journalistes’’Le cas de Zohra Benrabia, journaliste du l’agence press integral agency “PIA PRESS” , met en lumière un autre volet de la répression : l’acharnement ciblé contre les voix dissidentes, en particulier les femmes.
Interrogée à plusieurs reprises par les forces de sécurité, Zohra est accusée d’avoir critiqué la
dégradation des droits des femmes et d’avoir exprimé son soutien aux détenus d’opinion dans ses
articles.
Des ONG affirment que cette pression systématique vise à dissuader les journalistes de toute
expression libre en dehors des médias sous contrôle étatique.
‘’Soutien des partis politiques et alerte des avocats’’

Un collectif d’avocats a récemment visité plusieurs détenus dans diverses prisons du pays. Dans un
communiqué alarmant, ils ont signalé l’état préoccupant de plusieurs d’entre eux, notamment ceux
qui ont entamé une grève de la faim. Mohamed Mouloudj n’a même pas pu être vu en raison de son
état de santé.
Ces constats ont été repris par plusieurs partis politiques. Le Parti des Travailleurs a dénoncé
l’existence de près de 300 détenus d’opinion, en majorité en détention préventive prolongée, et a
exigé leur libération immédiate. Il a exprimé sa solidarité avec les prisonniers grévistes et appelé à
une mobilisation citoyenne face à ce qu’il qualifie de dérive autoritaire. « La grève de la faim est une
forme ultime de protestation. Elle nous alerte sur la gravité des atteintes aux libertés fondamentales
», a déclaré un cadre du parti.
De son côté, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a, pour sa part, condamné la
détérioration des conditions de détention et l’absence de garanties judiciaires pour les prisonniers
politiques. Il rappelle que la liberté d’opinion est garantie par la Constitution et que sa violation
systématique mine les fondements démocratiques du pays.
‘’ Les autorités persistent à nier l’existence de détenus d’opinion’’
Malgré les protestations croissantes, le gouvernement continue de nier l’existence de détenus
d’opinion, affirmant que les personnes incarcérées sont poursuivies pour atteinte à l’ordre public ou
pour terrorisme. Les mesures de grâce présidentielle, souvent annoncées lors de fêtes nationales,
restent insuffisantes et peu ciblées, selon les défenseurs des droits humains.
Pour ces derniers, la situation demeure bloquée et les engagements en faveur des droits
fondamentaux restent purement formels, sans effet concret sur le terrain.
‘’Liberté de la presse en péril, conscience citoyenne en éveil’’
La situation actuelle en Algérie soulève une inquiétude profonde quant à l’avenir de la liberté
d’expression. L’incarcération prolongée de journalistes comme Belkacem Haouam ou Mohamed
Mouloudj, les accusations de terrorisme ou de spéculation à leur encontre, et le harcèlement
d’autres figures critiques du régime témoignent d’un climat répressif persistant.
Mais cette réalité suscite également un réveil : journalistes, avocats, familles, partis et simples
citoyens s’organisent pour dénoncer ces pratiques et réclamer le respect des droits. Ce combat,
mené parfois au prix de la santé ou de la liberté, symbolise une lutte plus large pour la justice et la
dignité. Il s’inscrit dans une exigence fondamentale que le journalisme redevienne un vecteur de
vérité et de liberté, et non une cause d’emprisonnement.

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