Derniées informations
prev next

David Guiraud atomise la droite : ”Le couteau de Le Pen est toujours là”

Par Salim BENLEFKI.-- 07-Mai-2025 0

Lors d’un débat particulièrement tendu à l’Assemblée nationale, centré sur un amendement évoquant la situation de l’écrivain algérien Boualem Sansal et la remise en cause des accords de 1968 entre la France et l’Algérie, le député de La France insoumise (LFI), David Guiraud, a vivement interpellé le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et les députés d’extrême droite. Il les a accusés de manipuler une fois de plus les relations franco-algériennes à des fins politiciennes, dénonçant “leurs provocations incessantes” et leur obsession à “servir leurs propres intérêts”. Dans un réquisitoire cinglant, il leur a lancé : “Le couteau de Le Pen est toujours là.”

Le député accuse directement le parti d’extrême droite de perpétuer une vision dépassée, héritée de la période coloniale, dans sa manière de concevoir les relations franco-algériennes :

 « Avec cet amendement qui confond la libération de Boualem Sansal et la dénonciation des accords de 68, le Rassemblement national, une nouvelle fois, confond diplomatie et affaires intérieures », a-t-il déclaré, ajoutant que le parti s’inscrit dans « sa tradition profonde vis-à-vis de l’Algérie : celle de considérer que l’Algérie n’est pas l’égale de la France, mais son sujet, et qu’elle ne doit pas discuter, mais obéir. »

Il poursuit en soulignant un changement historique que certains s’obstinent à ignorer : « Nous ne faisons ici que dire que le temps où l’Algérie était un département français, colonisé, maîtrisé, cadenassé par le ministère de l’Intérieur est terminé. La colonisation est terminée. »

Le député rappelle que cette vision appartient à un autre temps :   « Le temps où l’Algérie était un département français, colonisé, maîtrisé, cadenassé par le ministère de l’Intérieur est terminé. La colonisation est terminée. Et nous refusons de nous inscrire dans les pas du Rassemblement. »

Pour lui, si les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie sont à ce jour figées, c’est bien en raison d’attitudes persistantes au sein même du Parlement. Il affirme que si les relations politiques entre Paris et Alger restent figées, c’est en partie à cause de cette posture toujours empreinte de réflexes coloniaux, même dans l’hémicycle : «Si la situation politique avec l’Algérie est bloquée, c’est parce que des représentants français continuent de se comporter ici, dans l’hémicycle, en colons. »

Le ton se durcit à l’approche du 8 mai, l’orateur rappelle que cette date, synonyme de victoire en France, évoque en Algérie un tout autre souvenir. Une date perçue très différemment de chaque côté de la Méditerranée : « Si la situation concernant Boualem Sansal est bloquée, c’est parce qu’à deux jours du 8 mai, qui est une date pour nous heureuse, mais pour les Algériens le massacre de Sétif, de Guelma et de Kherrata — où l’on apprend qu’il y eut des dizaines de milliers de morts — des députés français continuent de se comporter en colons. »

Le massacre de Sétif, Guelma et Kherrata (8 mai 1945)

Alors que la France célèbre la fin de la Seconde Guerre mondiale, des manifestations indépendantistes éclatent dans plusieurs villes d’Algérie. À Sétif, une marche pacifique tourne au drame lorsque la police tire sur les manifestants. Pas moins de 45 000 martyrs ont été enregistrés par les historiens algériens. Ce traumatisme reste l’un des points les plus sensibles de la mémoire entre la France et l’Algérie.

 


Le ministre présent dans l’hémicycle est lui aussi ciblé pour avoir, selon le député, tenu des propos minimisant la portée géopolitique d’une position de respect à l’égard de l’Algérie. S’adressant directement au ministre présent, l’élu fustige également la rhétorique gouvernementale : « Monsieur le Ministre, vous reprenez cette vision coloniale quand vous assimilez la défense de nos valeurs, et surtout la défense de la mesure en matière géopolitique, à — je vous cite — la haine de soi ou même la repentance. Il ne s’agit pas de repentance, Monsieur le Ministre, mais simplement de respect. »

Selon lui, le respect mutuel est une condition essentielle pour débloquer les dossiers diplomatiques en souffrance. Il insiste sur la nécessité d’aborder la relation avec l’Algérie dans une logique équilibrée, décolonisée : « S’inscrire dans la mesure, dans le respect de l’Algérie, c’est justement ce qui permettra de débloquer de nombreux dossiers. »

Enfin, il adresse une attaque directe au Rassemblement national, en évoquant son histoire et ses symboles les plus sombres : « Quand je vous vois, je ne vois pas grand-chose d’autre que le visage d’Ahmed Moulay, torturé, tué en 1957, et dans la maison de qui on retrouvera le couteau d’un homme qui s’appelait Jean-Marie Le Pen. Et si aujourd’hui vous n’avez plus le couteau, je les vois surtout vos langues. »

 

Mémoire de la torture : l’affaire Ahmed Moulay et le poignard oublié de Le Pen

Le 3 mars 1957, en pleine ‘’bataille d’Alger’’, Ahmed Moulay, 42 ans, père de six enfants et membre du FLN, est arrêté à son domicile dans la Casbah par une vingtaine de parachutistes français. À leur tête : un homme grand, blond, que ses hommes appellent “mon lieutenant”. Il sera identifié plus tard comme Jean-Marie Le Pen.

Sous les yeux de sa femme et de ses enfants, Ahmed Moulay est soumis à la “question” : supplice de l’eau, électrocution… Il refuse de livrer les noms de son réseau. Il meurt dans la nuit devant sa famille et ses enfants.

À l’aube, les soldats repartent. Mais Le Pen oublie un poignard dans la maison. Le fils aîné, Mohamed, 12 ans, le découvre et le cache dans un placard électrique. Les militaires reviendront deux jours de suite pour fouiller la maison. En vain. Le garçon gardera le silence.

Ce n’est que quarante ans plus tard, devenu adulte, que Mohamed Moulay remettra l’arme à une journaliste du ‘’Monde’’, qui la transportera en France en 2003. Le poignard servira de pièce à conviction dans un procès pour diffamation intenté par Jean-Marie Le Pen contre le journal, qui avait publié une enquête accablante sur ses agissements durant la guerre d’Algérie.

les commentaire

Laisser un commentaire