Un pape discret au parcours missionnaire atypique
Le 8 mai 2025, le Vatican a annoncé l’élection de Robert Francis Prevost comme 267e pape de l’Église catholique. À 69 ans, cet archevêque américain succède à François, décédé le 21 avril, et choisit le nom de Léon XIV. Discret, presque réservé, ce religieux à l’engagement missionnaire profond est issu de l’Ordre de Saint-Augustin. Il est l’un des rares Américains à avoir exercé un ministère épiscopal en Amérique latine.
Une vocation ancrée au Pérou
Ordonné prêtre en 1982 à Rome après des études en mathématiques, philosophie et droit canonique, Prevost part au Pérou dès 1985. Il y exerce de multiples fonctions : curé, juge ecclésiastique, prieur, recteur de séminaire, et fonde une paroisse à Trujillo. Conquis par la spiritualité populaire et la chaleur du peuple péruvien, il y passe plus de dix ans avant de revenir brièvement aux États-Unis.
Responsabilités internationales
De 2001 à 2013, il dirige l’Ordre de Saint-Augustin en tant que prieur général. Il retourne ensuite au Pérou comme évêque de Chiclayo, diocèse de 1,3 million d’habitants. Son rôle dépasse rapidement les frontières locales : administrateur à Callao, vice-président de la conférence épiscopale, et figure de stabilité lors des crises politiques qui secouent le pays.
Bras droit de François à Rome
En 2018, le pape François le remarque lors d’un voyage au Pérou. Trois ans plus tard, Prevost est appelé à Rome. En 2023, il succède au cardinal Marc Ouellet à la tête du dicastère pour les évêques, une fonction-clé dans la nomination des responsables diocésains du monde entier. Il devient ainsi le premier missionnaire à diriger ce dicastère stratégique, incarnant un tournant vers une Église plus ancrée dans les périphéries.
Un médiateur apprécié
Doté d’une grande capacité d’écoute, il s’impose comme un homme de dialogue, à la fois à Rome et en Amérique latine. Il est membre actif du Synode sur la synodalité lancé en 2021, où il plaide pour une participation élargie — notamment celle des laïcs — dans le processus de sélection des évêques. Tout en défendant la tradition de l’Église, il milite pour une gouvernance plus inclusive et une meilleure articulation entre Rome et les Églises locales.
Un passé controversé
Son parcours est toutefois marqué par une polémique. En tant que provincial aux États-Unis entre 1999 et 2001, il avait autorisé le transfert d’un prêtre condamné pour abus sexuels dans un prieuré proche d’une école. Cette décision a été fortement critiquée vingt ans plus tard. L’intéressé n’a été sanctionné qu’en 2012. Depuis, Prevost a œuvré pour l’application rigoureuse du motu proprio Vos estis lux mundi, qui sanctionne les évêques négligents en matière d’abus.
Sur la place des femmes et la réforme de l’Église
Conformément à la ligne de son prédécesseur, Léon XIV exclut l’ordination des femmes au diaconat, refusant toute cléricalisation. Il soutient toutefois leur accès à des postes de responsabilité. Trois femmes siègent désormais au dicastère des évêques, preuve d’un changement concret sous son impulsion.
Un pontificat serein et fidèle à François
Figure paisible, peu médiatisée, Léon XIV incarne une continuité douce avec le pontificat de François. Proche des pauvres, homme de terrain et de réflexion, il devrait s’illustrer par un style apaisé, mais attentif aux défis contemporains — notamment les tensions diplomatiques à venir, notamment avec Washington sur la question migratoire.
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