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l’Autorité de régulation audiovisuelle dénonce la promotion de la sorcellerie à la télévision

Par H. Benrabia-- 31-Mai-2025 2

Dans un communiqué particulièrement ferme, l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA) s’alarme de la diffusion croissante, sur certaines chaînes de télévision privées, de contenus faisant la promotion de la sorcellerie, des superstitions et des discours irrationnels. Elle fustige des pratiques qu’elle qualifie d’« anti-éthiques », contraires à l’intérêt public, et dangereuses pour la santé mentale, culturelle et religieuse des citoyens.

Trois chaînes privées sont directement mises en cause : Ennahar TV, Echorouk News TV et El Hayat TV. L’Autorité leur reproche d’avoir diffusé des programmes où apparaissent des personnes se présentant comme voyants, guérisseurs, médiums ou experts en sciences occultes, sans aucun fondement scientifique ni encadrement éthique.

Ces émissions, selon l’ANIRA, exploitent la vulnérabilité de nombreux Algériens en détresse et détournent les missions de l’audiovisuel pour accroître leur audience à tout prix. Elles mettent en scène des témoignages chargés en émotion, suggèrent des explications surnaturelles à des souffrances personnelles, et proposent des solutions irrationnelles à des problèmes familiaux, psychologiques ou de santé.

L’Autorité rappelle que ces dérives constituent une violation du cadre légal régissant les activités audiovisuelles en Algérie, en particulier la loi 23-20, qui encadre strictement les contenus autorisés. L’article 32 de cette loi stipule l’obligation de respecter la déontologie, la rigueur professionnelle, et interdit formellement l’utilisation de la religion à des fins commerciales ou la diffusion de propos pouvant induire en erreur ou porter atteinte à la dignité humaine.

L’ANIRA souligne que ces pratiques ne relèvent pas seulement d’un mauvais goût, mais qu’elles peuvent avoir des conséquences sociales graves, en banalisant les superstitions, en brisant des familles, et en contribuant à la propagation de la peur, du soupçon et de la haine à travers des récits manipulés.

Le régulateur dénonce aussi la manipulation émotionnelle de personnes fragiles qui, croyant trouver de l’aide ou un exutoire, deviennent des « sujets d’émissions » sans que leur dignité ni leur crédibilité ne soient respectées. Des titres pompeux et fallacieux sont souvent attribués aux intervenants — « cheikh », « maître spirituel », « spécialiste en purification » — sans aucun contrôle sur leur parcours, ni légitimité réelle.

Pire encore, certaines de ces émissions accusent à l’antenne des membres de familles de sorcellerie ou de trahison, semant la discorde dans les foyers et entraînant parfois des ruptures dramatiques.

L’Autorité de régulation met aussi en garde contre les conséquences culturelles et éducatives de cette dérive médiatique. En diffusant des messages fondés sur la peur, le mysticisme et l’invisible, ces émissions compromettent l’esprit critique des jeunes, les détournent des sciences, de la logique et du débat rationnel.

Elles participent à la construction d’un imaginaire collectif toxique, où l’individu n’est plus encouragé à comprendre, analyser ou se responsabiliser, mais à croire à des forces occultes pour expliquer ses malheurs.

Dans son communiqué, l’ANIRA avertit l’ensemble des chaînes audiovisuelles qu’un tel comportement expose à des sanctions administratives prévues par la loi, notamment en cas de non-respect des cahiers des charges généraux et spécifiques liés au secteur. Ces sanctions peuvent aller d’un avertissement formel à des amendes, voire à une suspension d’antenne ou un retrait de licence, en cas de récidive.

L’Autorité appelle les responsables des médias à revenir à des standards professionnels, à faire appel à des experts reconnus, à renforcer la formation de leurs journalistes et animateurs, et à cesser l’exploitation commerciale de la douleur humaine et de la crédulité populaire.

Enfin, l’ANIRA souligne que les médias ont un rôle éducatif et moral dans une société. Ils doivent contribuer à la diffusion du savoir, à la promotion de la pensée critique, au respect de la foi religieuse authentique et à la protection du citoyen contre les arnaques mentales. Elle appelle à une mobilisation générale des professionnels de l’information, des éducateurs, des familles et des institutions religieuses pour contrer ensemble cette dérive culturelle dangereuse.

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