Le procès de seize membres présumés du groupe d’ultradroite « Action des forces opérationnelles » (AFO) s’ouvre ce mardi 10 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. Ces treize hommes et trois femmes, issus de milieux divers — ingénieur, infirmière, diplomate, retraité de la comptabilité — sont poursuivis pour avoir préparé des actions violentes ciblant des musulmans en France.
Des profils ordinaires, un projet structuré et violent
Présentés comme de simples citoyens, les accusés se revendiquent pourtant « patriotes » et partagent une fascination commune pour l’univers militaire. Selon l’ordonnance des juges d’instruction, ils ont rejoint entre 2017 et 2018 le groupe AFO, décrit comme une organisation hiérarchisée, structurée et déterminée à agir. L’enquête a mis au jour une volonté de commettre des attaques dans des lieux symboliques de l’islam.
AFO se donnait pour mission de « faire prendre conscience du danger de l’islamisme » et de « préserver l’héritage de la France pour les générations futures ». Cette idéologie se traduisait par des projets concrets visant à frapper les esprits et à instiller la peur au sein de la communauté musulmane.
Des plans macabres pour semer la terreur
Parmi les actions envisagées, une prétendue « opération halal » consistait à dissimuler des militantes sous des niqabs pour empoisonner de la nourriture dans les rayons halal de supermarchés à l’aide de produits toxiques comme le cyanure ou la mort-aux-rats. L’objectif, selon les enquêteurs, n’était pas de tuer mais d’intoxiquer les consommateurs afin de discréditer l’alimentation halal.
Le groupe projetait également l’assassinat de « 200 imams radicalisés » et l’explosion d’une mosquée à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine. Ces projets visaient clairement à terroriser une partie de la population et à créer un climat de tension intercommunautaire.
Une logistique inquiétante et des profils radicalisés
Les seize prévenus comparaissent libres, mais sont considérés comme les membres les plus engagés et les plus extrémistes du groupe. Ils sont notamment poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste et acquisition ou recherche d’armes. Des perquisitions ont permis la découverte d’armes à feu, de milliers de munitions, et de composants entrant dans la fabrication d’explosifs artisanaux de type TATP, fréquemment utilisés dans les attentats.
Les figures clés de la cellule
Guy S., alias « Richelieu », ancien policier à la retraite, est identifié comme l’instigateur de l’organisation. Sa compagne, Marie-Véronique R., animait le blog « Réveil patriote », vitrine idéologique du groupe. Leurs avocates, Mes Lucile Collot et Olivia Ronen, affirment que leur client nie toute implication dans un projet violent ou terroriste.
Parmi les autres membres, Philippe C., 61 ans, téléopérateur de nuit et passionné de tir, a déclaré aux enquêteurs être prêt à « prendre les armes pour défendre son pays », persuadé qu’un conflit civil était imminent.
Un procès sous haute surveillance
Prévu jusqu’au 27 juin, ce procès met en lumière l’existence de groupes d’ultradroite organisés, capables de planifier des actions à caractère terroriste. Il interroge également sur les mécanismes de radicalisation de citoyens ordinaires, et sur les risques que de telles mouvances représentent pour la cohésion sociale et la sécurité nationale.
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