Alors que la bande de Gaza reste sous un blocus humanitaire dramatique et des bombardements incessants, des milliers de militants pacifistes venus des quatre coins du monde ( plus de 80 pays) avaient pour ambition de franchir symboliquement l’encerclement en rejoignant la frontière de Rafah. Mais dès leur arrivée en Egypte, leur espoir s’est heurté aux réalités implacables de la géopolitique régionale et de l’appareil sécuritaire égyptien.
Un plan contrarié dès le départ
Le plan initial de la Marche mondiale pour Gaza était clair : rejoindre la ville d’Al-Ariche, dans le Nord-Sinaï, par des bus spéciaux affrétés depuis Le Caire, puis parcourir à pied les 50 derniers kilomètres jusqu’au terminal de Rafah. Objectif : exiger la levée du blocus imposé à Gaza, qui aggrave chaque jour un peu plus la catastrophe humanitaire frappant la population palestinienne.
Mais dès jeudi, les autorités égyptiennes ont commencé à filtrer et expulser des participants. Environ 200 activistes avaient déjà été interceptés à l’aéroport du Caire ou dans leurs hôtels, interrogés, détenus ou directement renvoyés vers leurs pays d’origine.

Bloqués aux portes d’Ismaïlia
Ce vendredi, le convoi a néanmoins tenté de progresser. Après quelques heures de route, les militants ont été stoppés au péage d’Ismaïlia, juste avant de franchir le canal de Suez, véritable porte d’entrée du Nord-Sinaï. Là, un millier de personnes, encerclées par les forces antiémeutes, se sont retrouvées bloquées sur les pelouses bordant l’administration du point de passage.
Sous une chaleur étouffante, sans certitude sur leur sort, les activistes ont décidé de s’installer pour la nuit, espérant encore obtenir une autorisation de poursuivre leur route. Des tentes de fortune s’érigent timidement tandis que les discussions avec les autorités se prolongent.

Un dispositif de sécurité omniprésent
Le dispositif policier est impressionnant. Barrages filtrants, fouilles systématiques, contrôles d’identité et fouilles de véhicules encadrent chaque mouvement des militants. Sur le terrain, policiers en civil, forces spéciales et agents des renseignements égyptiens supervisent de près chaque regroupement.
Face à cette pression constante, la détermination des participants reste intacte. Pour eux, il s’agit d’un devoir moral de dénoncer le blocus de Gaza et d’attirer l’attention de la communauté internationale sur l’urgence humanitaire.
Un contexte géopolitique ultra-sensible
Pour l’Egypte, la question de la Marche mondiale pour Gaza est hautement sensible. Si Le Caire critique régulièrement le blocus israélien et affiche publiquement son soutien aux Palestiniens, il entend surtout préserver sa souveraineté sur la péninsule du Sinaï, région instable et sous étroite surveillance militaire.
Toute initiative étrangère non contrôlée, même à but humanitaire, y est perçue comme une menace potentielle pour la sécurité intérieure et la stabilité politique. C’est pourquoi les autorités avaient clairement prévenu en amont que seules les délégations autorisées pourraient accéder au Sinaï.
L’impasse diplomatique
Malgré les négociations en coulisses et les interventions diplomatiques de plusieurs ambassades, les discussions piétinent. Le ministère égyptien des Affaires étrangères maintient sa ligne : sans autorisation préalable, aucun passage n’est envisageable vers la zone frontalière de Rafah.
Mais les militants refusent de baisser les bras. « Face à l’indifférence politique, la société civile doit continuer à agir pour que le drame de Gaza ne soit pas oublié », résume l’un des organisateurs.
Un symbole fragile sous les projecteurs du monde
Au-delà de l’action humanitaire, cette marche est devenue un symbole international. Chaque arrestation, chaque blocage, chaque expulsion est scrutée par les médias et les ONG à travers le monde, rappelant combien la question palestinienne reste au cœur des tensions géopolitiques mondiales.
Ce samedi matin, sous la surveillance toujours accrue des forces de l’ordre, les militants restent déterminés à poursuivre leur action pacifique. Mais leur destin dépend désormais de décisions politiques qui, pour l’instant, les maintiennent aux portes du Sinaï.
Des voix de la marche : les témoignages des militants bloqués
Samira, enseignante française d’origine tunisienne : “Nous sommes venus avec des intentions de paix. Nous portons simplement des pancartes et nos voix. Mais dès l’aéroport, nous avons été traités comme des criminels. On nous a confisqué nos téléphones, nos passeports, puis enfermés pendant des heures sans explication. Ce n’est pas nous qu’ils craignent, c’est le symbole de cette marche.”
Youssef, militant algérien arrivé de Londres : “Sur l’autoroute, quand les bus ont été stoppés, j’ai senti que ça allait mal tourner. Les baltaguias sont apparus peu à peu. Ils criaient, bousculaient les femmes. Avec d’autres frères algériens et turcs, on a formé une chaîne humaine pour protéger les Européens. On savait qu’eux ne connaissaient pas ces méthodes de répression. Nous, on connaît malheureusement.”
Elena, médecin espagnole : “Je suis venue pour Gaza, pour les enfants qui meurent de faim sous les bombes. Voir que même la simple tentative de rejoindre Rafah est étouffée aussi brutalement est révoltant. Hier soir encore, j’ai vu une femme canadienne être traînée violemment vers un bus d’expulsion.”
Ahmed, militant tunisien : “Quand ils ont commencé à confisquer les passeports et à nous embarquer, on ne savait même pas où on allait. Certains policiers essayaient de nous intimider, d’autres détournaient le regard. On a tenu bon, mais cette pression psychologique est terrible.”
Sophie, étudiante belge : “Je n’imaginais pas ce niveau de violence passive. Pas de coups directs pour moi, mais cette sensation d’être prisonnière, encerclée, sans informations, sous le soleil brûlant, pendant des heures. Les cris, les bousculades, les menaces, ça crée un climat de terreur organisé.”
Mohammed, coordinateur turc du collectif : “Nous avons traversé la Méditerranée pour demander simplement l’ouverture d’un couloir humanitaire. Ce qu’on vit ici prouve à quel point Gaza est isolée. Même ceux qui veulent tendre la main sont écrasés avant d’approcher. Mais notre détermination est intacte.”
Leïla, Palestinienne de la diaspora, venue du Canada : “Je porte cette marche dans mon cœur, car ma famille est de Gaza. Savoir que des gens du monde entier sont prêts à risquer leur sécurité pour venir soutenir mon peuple, c’est une lumière au milieu de l’horreur. Même si on nous bloque ici, notre message est passé.”
Anne, responsable associative Suisse :“Nous sommes venus au nom de nos organisations humanitaires pour réclamer un couloir sécurisé vers Rafah. La communauté internationale demande un accès pour les ONG, mais ici on nous empêche même de franchir le premier barrage. On m’a retenue pendant six heures, interrogée sur mon association, mon financement, mes contacts. Leur obsession n’est pas la sécurité, c’est d’étouffer toute tentative de mobilisation collective. L’utilisation des méthodes agressives et les baltaguias montrent que les autorités égyptiennes sont complices. S’ils ont fait ce qu’il fallait, on viendrait pour faire du tourisme “
Dr. Mustapha, pédiatre : “Chaque jour, je soigne à distance les enfants de Gaza via des collègues palestiniens. Leur situation est indescriptible : dénutrition, blessures de guerre, traumatismes psychologiques. Être empêché d’aller constater sur place, bloqué dès le Caire, alors qu’un convoi humanitaire devait nous attendre à Rafah, c’est une négation du droit humanitaire élémentaire.”
Imane, 19 ans, étudiante franco-algérienne : “C’était ma première mobilisation internationale. J’avais vu les images de Gaza, et je voulais être utile, même symboliquement. À Ismaïlia, quand les baltaguias ont commencé à pousser et insulter, j’ai eu peur. Heureusement, des militants plus expérimentés nous ont protégés. Cette violence m’a encore plus convaincue qu’on ne peut pas détourner les yeux.”
Sara, coordinatrice turque : “Nos équipes médicales étaient prêtes à se rendre sur la ligne de front humanitaire de Rafah. Au lieu de cela, nous avons passé 48 heures sous une chaleur insoutenable, encerclés, sans accès à nos équipements. Plusieurs volontaires ont dû recevoir des soins après des malaises dus au stress et à la déshydratation.”
Zoubir journaliste indépendant : “J’étais là pour couvrir l’événement. Au lieu de cela, j’ai moi-même été enfermé avec les militants. Le pouvoir égyptien a organisé une véritable opération de contre-communication : couper les journalistes de l’information, intimider les observateurs internationaux, brouiller les réseaux. Ce n’est pas seulement une répression des manifestants, c’est une censure orchestrée.”
Afrique de Sud : “Notre continent a connu l’apartheid, le colonialisme, l’humiliation. Nous sommes venus en mémoire de Mandela et Lumumba. Mais ici, nous retrouvons les mêmes méthodes coloniales utilisées contre ceux qui osent réclamer la justice. Les gouvernements arabes ont abandonné Gaza. Nous, les peuples africains, continuerons de marcher, physiquement ou symboliquement.”
Rabbi, représentant d’un mouvement juif antisioniste venu des États-Unis : “Nous marchons pour dire qu’être juif ne signifie pas soutenir l’oppression. Le régime égyptien nous a ciblés dès notre arrivée. Nos téléphones confisqués, nos passeports bloqués. Ils veulent empêcher que cette diversité de voix soit visible. Leur stratégie est de nous isoler, comme Gaza est isolée.”
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