Les toilettes publiques ne sont pas de simples équipements urbains : elles constituent un maillon essentiel de la santé publique. Leur rareté, leur insalubrité et leur inaccessibilité compromettent la salubrité des villes et exposent les citoyens à des risques infectieux majeurs.
Dans de nombreuses communes algériennes, leur absence ou leur dégradation chronique est devenue un problème sanitaire, environnemental et social.
Un déficit urbain aux conséquences sanitaires
Trouver des toilettes publiques fonctionnelles relève du défi. Beaucoup sont fermées, hors service ou transformées en locaux commerciaux. Les rares accessibles manquent d’eau, de savon et d’entretien régulier.
Faute d’alternative, certains citoyens se soulagent dans la rue, les jardins publics ou des contenants improvisés.
Cette situation n’est pas anodine : les déjections humaines à l’air libre favorisent la diffusion de bactéries pathogènes, de virus et de parasites intestinaux, tels que E. coli, Shigella, Salmonella ou encore les œufs d’helminthes.
Ces agents infectieux peuvent contaminer le sol, l’air et les eaux usées, provoquant des maladies digestives et des infections urinaires, parfois graves.
Les professionnels de santé alertent : la persistance de ces pratiques pourrait contribuer à la résurgence de maladies à transmission fécale-orale, comme l’hépatite A ou certaines gastro-entérites épidémiques.
Femmes, enfants et personnes fragiles : les oubliés du système
Les femmes sont les premières victimes de ce manque d’infrastructures. Près de 75 % d’entre elles déclarent éviter d’utiliser les sanitaires publics, faute d’hygiène ou d’intimité suffisante.
Cette contrainte aggrave la précarité menstruelle et accroît le risque d’infections urinaires, souvent liées à la rétention prolongée d’urine. Les enfants, les personnes âgées et les malades chroniques sont également touchés. Certains se privent de boire ou limitent leurs déplacements pour ne pas avoir à chercher un lieu convenable.
Les médecins rappellent que la rétention urinaire répétée peut entraîner des troubles rénaux ou des infections de la vessie.
Les personnes à mobilité réduite subissent une double exclusion : l’inaccessibilité des lieux, combinée à un manque d’équipements adaptés (barres de maintien, hauteur de siège, signalétique lisible).
Ces situations sont contraires aux principes fondamentaux de santé et de dignité humaine.
L’insalubrité : un cercle vicieux
Des toilettes sales découragent les usagers, ce qui réduit leur fréquentation et justifie, à tort, le manque d’entretien.
Ce cercle vicieux alimente la dégradation du service et la propagation des germes.
Les surfaces mal désinfectées deviennent des réservoirs microbiens où prolifèrent staphylocoques, entérocoques, levures et moisissures.
Les études montrent que les zones les plus contaminées dans les sanitaires publics sont :
- Les poignées de porte et de chasse d’eau,
- Les robinets et interrupteurs,
- Les sèche-mains à air pulsé,
- Les lavabos et abattants non désinfectés.
Un simple contact avec ces surfaces suffit à transférer des micro-organismes vers la peau, puis vers la bouche, si les mains ne sont pas lavées correctement.
Des solutions simples et efficaces
La prévention passe d’abord par une gestion rigoureuse de l’hygiène et une responsabilisation collective.
Les médecins et spécialistes en santé environnementale recommandent plusieurs actions prioritaires :
- Nettoyage et désinfection quotidiens avec des produits conformes aux normes hospitalières.
- Disponibilité permanente d’eau, de savon et d’essuie-mains en papier (à privilégier face aux sèche-mains à air chaud).
- Installation de distributeurs sans contact, pour limiter la transmission croisée.
- Aération naturelle ou ventilation mécanique pour réduire l’humidité et les odeurs.
- Présence de poubelles fermées et adaptées, y compris dans les toilettes masculines.
- Formation du personnel d’entretien aux protocoles de nettoyage et à la sécurité sanitaire.
- Utilisation de produits hypoallergéniques et non corrosifs, pour protéger la peau des usagers et des agents d’entretien.
Les médecins préconisent aussi une campagne nationale de sensibilisation à l’hygiène des mains, rappelant que 80 % des infections sont transmises par contact manuel.
Une responsabilité collective et institutionnelle
Garantir des toilettes publiques propres, accessibles et sécurisées relève d’un devoir sanitaire et citoyen.
Les communes devraient instaurer un service public d’entretien et de contrôle, à l’image des modèles européens et asiatiques où les sanitaires urbains sont considérés comme un service essentiel, au même titre que l’eau ou les transports.
La mise en place de sanitaires modulaires écologiques, autonomes en eau et en énergie, représente une solution réaliste pour les zones urbaines et touristiques.
Ces infrastructures, faciles à entretenir, peuvent intégrer des dispositifs de désinfection automatique, réduisant le risque infectieux.
Préserver la santé, restaurer la dignité
L’accès à des toilettes propres, sûres et inclusives est un droit fondamental, reconnu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Il participe directement à la prévention des maladies, à la protection de l’environnement et au bien-être collectif.
Chaque 19 novembre, la Journée mondiale des toilettes rappelle que ce sujet, trop souvent négligé, est au cœur de la dignité humaine. « Améliorer les sanitaires, c’est protéger la santé publique, préserver la décence et renforcer l’égalité entre les citoyens. »
Propre, sûre, accessible : la toilette publique idéale n’est pas un luxe, mais une nécessité pour une ville saine et humaine.
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