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Moustiques et répulsifs : une découverte surprenante qui pourrait changer notre façon de nous protéger

Par Dr Imad BOUARISSA-- depuis 1 heure 0

Le DEET, référence mondiale contre les moustiques, est-il en train de perdre de son efficacité ?

Chaque année, avec l’arrivée des fortes chaleurs, les moustiques redeviennent une préoccupation majeure de santé publique. Au-delà des simples démangeaisons, certaines espèces sont capables de transmettre des maladies potentiellement graves comme la dengue, le chikungunya, le virus Zika, la fièvre jaune ou encore le paludisme.

Pour se protéger, des millions de personnes utilisent des répulsifs contenant du DEET (N,N-Diéthyl-m-toluamide), considéré depuis plusieurs décennies comme l’une des substances les plus efficaces contre les piqûres de moustiques. Mais une récente étude franco-américaine révèle un phénomène inattendu : certains moustiques pourraient apprendre à s’habituer à ce répulsif et, dans certaines circonstances, ne plus le craindre.

Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives sur le comportement de ces insectes et sur les stratégies de prévention à adopter dans les années à venir.

Une étude qui remet en question certaines certitudes

Des chercheurs de l’Université de Tours, en France, et de l’Institut polytechnique de Virginie aux États-Unis ont étudié le comportement d’Aedes aegypti, l’un des moustiques les plus redoutés au monde.

Cette espèce est notamment responsable de la transmission :

  • de la dengue ;
  • du virus Zika ;
  • de la fièvre jaune ;
  • du chikungunya.

Leurs travaux, publiés le 28 mai dans le Journal of Experimental Biology, montrent que ces moustiques possèdent des capacités d’apprentissage bien plus développées qu’on ne le pensait.

Les moustiques peuvent-ils vraiment apprendre ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs se sont inspirés du célèbre principe du conditionnement de Pavlov.

Dans leurs expériences, les moustiques ont été exposés à l’odeur du DEET simultanément à une source de nourriture, sous forme de sucre ou de sang.

Après plusieurs répétitions, un phénomène étonnant est apparu :

  • près de deux moustiques sur trois associaient l’odeur du DEET à une récompense alimentaire ;
  • l’odeur n’était plus perçue comme un signal de danger ;
  • certains insectes étaient même attirés par cette odeur.

Autrement dit, le cerveau du moustique est capable de modifier sa réaction en fonction de son expérience passée.

Une capacité d’adaptation impressionnante

Pendant longtemps, les scientifiques ont estimé que le DEET agissait essentiellement de deux façons :

  • en dégageant une odeur naturellement répulsive pour les moustiques ;
  • en perturbant leur capacité à détecter les odeurs humaines.

Cette nouvelle étude suggère toutefois que le mécanisme est plus complexe.

Selon le professeur Clément Vinauger, coauteur des travaux, la réaction des moustiques n’est pas uniquement dictée par la chimie du produit. Elle peut également être influencée par l’apprentissage et la mémoire.

Ainsi, un moustique qui parvient à se nourrir malgré la présence de DEET pourrait progressivement perdre sa méfiance envers ce répulsif.

Faut-il s’inquiéter ?

Les spécialistes se veulent rassurants.

Ces résultats ne signifient pas que le DEET est devenu inefficace ou qu’il faut arrêter de l’utiliser.

À ce jour, les autorités sanitaires internationales continuent de le considérer comme l’un des moyens les plus performants pour prévenir les piqûres de moustiques, notamment dans les zones où circulent des maladies vectorielles.

L’étude montre surtout que l’efficacité d’un répulsif dépend également de son mode d’utilisation.

Pourquoi certains répulsifs semblent parfois moins efficaces ?

Plusieurs facteurs peuvent réduire la protection offerte par un répulsif :

Une concentration insuffisante

Les produits contenant entre 25 % et 50 % de DEET restent les plus recommandés pour une protection prolongée.

Une concentration trop faible peut diminuer la durée d’action.

Une application irrégulière

La transpiration, la baignade ou le frottement des vêtements peuvent éliminer progressivement le produit de la peau.

Une exposition prolongée

Dans les zones fortement infestées, les moustiques sont constamment exposés aux répulsifs, ce qui pourrait favoriser certains mécanismes d’adaptation comportementale.

Des conditions climatiques particulières

La chaleur et l’humidité augmentent l’activité des moustiques et peuvent réduire la durée d’efficacité des produits appliqués sur la peau.

Les recommandations des chercheurs

Les auteurs de l’étude soulignent qu’il est préférable :

  • d’appliquer le répulsif correctement sur les zones exposées ;
  • de renouveler régulièrement l’application selon les indications du fabricant ;
  • d’éviter d’attendre que l’effet protecteur disparaisse complètement ;
  • de privilégier une protection continue plutôt qu’une application massive réalisée une seule fois.

Selon eux, maintenir une concentration efficace de répulsif sur la peau est essentiel pour limiter les risques de piqûres.

Une menace sanitaire mondiale en pleine expansion

Cette découverte intervient dans un contexte préoccupant.

Sous l’effet du changement climatique, de l’urbanisation et de l’augmentation des déplacements internationaux, plusieurs espèces de moustiques colonisent de nouveaux territoires.

Le moustique tigre (Aedes albopictus), par exemple, est désormais implanté dans de nombreuses régions d’Europe, d’Afrique du Nord et du bassin méditerranéen.

Les experts observent également :

  • une augmentation des cas de dengue dans plusieurs régions du monde ;
  • une progression géographique du chikungunya ;
  • l’apparition de foyers de transmission dans des zones auparavant épargnées.

Comprendre les mécanismes d’adaptation des moustiques devient donc un enjeu majeur de santé publique.

Comment se protéger efficacement des moustiques ?

Les spécialistes recommandent d’associer plusieurs mesures de prévention.

Utiliser un répulsif adapté

  • privilégier les produits contenant du DEET, de l’icaridine ou du citriodiol ;
  • respecter les doses recommandées ;
  • renouveler l’application si nécessaire.

Réduire les lieux de reproduction

  • éliminer les eaux stagnantes ;
  • vider régulièrement les coupelles et récipients extérieurs ;
  • couvrir les réserves d’eau.

Se protéger physiquement

  • porter des vêtements longs et clairs ;
  • installer des moustiquaires aux fenêtres ;
  • utiliser des moustiquaires imprégnées dans les zones à risque.

Être particulièrement vigilant

Les nourrissons, les femmes enceintes, les personnes âgées et les voyageurs en zones tropicales doivent appliquer rigoureusement les mesures de prévention.

Une piste de recherche prometteuse

Cette étude démontre que les moustiques ne sont pas de simples insectes guidés par leurs instincts. Ils sont capables d’apprendre, de mémoriser certaines expériences et d’adapter leur comportement.

Ces travaux pourraient permettre, à terme, de développer de nouveaux répulsifs plus performants ou de concevoir des stratégies innovantes pour perturber les mécanismes d’apprentissage des moustiques.

Une avancée importante alors que les maladies transmises par ces insectes continuent de représenter l’une des principales menaces infectieuses dans le monde.

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