Dr Salim BENLEFKI Docteur en neurosciences
Un tremblement de la main en tenant une tasse, une tête qui oscille involontairement, une voix tremblante ou des secousses dans les jambes après un effort… Les tremblements comptent parmi les symptômes neurologiques les plus fréquents. Souvent bénins, ils peuvent être provoqués par le stress, la fatigue ou un excès de caféine. Mais ils peuvent aussi révéler une maladie neurologique, un trouble hormonal, un effet indésirable médicamenteux ou une autre affection nécessitant une prise en charge médicale.
Contrairement aux idées reçues, tous les tremblements ne sont pas liés à la maladie de Parkinson. De nombreuses pathologies peuvent en être responsables. L’analyse de leur localisation, du moment où ils apparaissent, de leur intensité et des symptômes associés permet souvent d’orienter le diagnostic.
Qu’est-ce qu’un tremblement ?
Un tremblement est un mouvement involontaire, rythmé et répétitif provoqué par une succession de contractions et de relâchements musculaires que la personne ne peut pas contrôler.
Il peut toucher :
- une seule main ;
- les deux mains ;
- les bras ;
- les jambes ;
- la tête ;
- la voix ;
- le menton ;
- ou l’ensemble du corps.
Son intensité varie d’un simple frémissement à des secousses importantes pouvant rendre difficiles les gestes les plus simples du quotidien.
Pourquoi le corps se met-il à trembler ?
Les mouvements volontaires dépendent d’un réseau très complexe de structures cérébrales.
Plusieurs régions du cerveau travaillent en permanence pour coordonner les mouvements :
- le cervelet ;
- les noyaux gris centraux ;
- le thalamus ;
- le tronc cérébral ;
- le cortex moteur.
Ces centres communiquent grâce à des substances chimiques appelées neurotransmetteurs, notamment la dopamine.
Lorsque cette communication est perturbée, les muscles reçoivent des signaux anormaux. Ils se contractent alors de manière répétée, provoquant un tremblement.
Cette perturbation peut être liée à :
- une maladie neurologique ;
- une atteinte cérébrale ;
- un déséquilibre hormonal ;
- certains médicaments ;
- un trouble métabolique ;
- ou une intoxication.
La maladie de Parkinson est-elle la principale cause ?
La maladie de Parkinson est la cause la plus connue, mais elle est loin d’être la plus fréquente.
Cette maladie neurodégénérative résulte de la destruction progressive des neurones producteurs de dopamine dans une région appelée substance noire.
La diminution de dopamine perturbe le contrôle des mouvements.
Les principaux symptômes
Le syndrome parkinsonien associe généralement :
- un tremblement de repos ;
- une rigidité musculaire ;
- une lenteur des mouvements (akinésie ou bradykinésie).
Le tremblement apparaît surtout lorsque le membre est immobile et tend à diminuer pendant un mouvement volontaire.
Il débute souvent d’un seul côté du corps avant de devenir progressivement bilatéral.
D’autres signes peuvent apparaître
Au fil de l’évolution de la maladie, on peut également observer :
- une marche plus lente ;
- une diminution du balancement des bras ;
- une écriture plus petite ;
- une perte de l’odorat ;
- une constipation chronique ;
- des troubles du sommeil paradoxal ;
- une voix plus faible ;
- des troubles de l’équilibre.
Le tremblement essentiel : le plus fréquent chez l’adulte
Le tremblement essentiel est considéré comme le trouble du mouvement le plus fréquent.
Contrairement à Parkinson, il apparaît :
- lorsqu’on tend les bras ;
- lors d’un geste volontaire ;
- pendant l’écriture ;
- en buvant ;
- en utilisant des couverts ;
- en manipulant des objets.
Les mains sont le plus souvent atteintes, mais la tête et la voix peuvent également trembler.
Une origine encore imparfaitement comprise
Les spécialistes pensent qu’il existe :
- une forte prédisposition familiale ;
- un dysfonctionnement des circuits reliant le cervelet au reste du cerveau.
Cette maladie ne provoque pas de paralysie ni de perte intellectuelle, mais elle peut devenir très invalidante au quotidien.
Quelles autres maladies neurologiques peuvent provoquer des tremblements ?
De nombreuses affections neurologiques peuvent être responsables.
La sclérose en plaques
La sclérose en plaques peut provoquer un tremblement intentionnel.
Celui-ci apparaît pendant un mouvement précis.
Plus la main approche de son objectif, plus le tremblement augmente.
Il résulte des lésions de la myéline qui ralentissent la transmission des influx nerveux.
La maladie de Wilson
Cette maladie génétique rare entraîne une accumulation anormale de cuivre dans :
- le foie ;
- le cerveau.
Lorsque les noyaux gris centraux sont atteints, plusieurs symptômes peuvent apparaître :
- tremblements ;
- rigidité ;
- dystonie ;
- troubles de la parole ;
- difficultés à marcher.
La maladie débute souvent chez les adolescents ou les jeunes adultes.
La maladie de Huntington
Cette maladie héréditaire provoque surtout des mouvements involontaires appelés chorée, parfois confondus avec des tremblements.
Elle s’accompagne également :
- de troubles cognitifs ;
- de modifications du comportement ;
- de troubles psychiatriques.
Les atteintes du cervelet
Les lésions du cervelet, provoquées notamment par :
- un accident vasculaire cérébral (AVC) ;
- une tumeur cérébrale ;
- un traumatisme crânien ;
- certaines maladies dégénératives,
- peuvent également entraîner des tremblements importants.
Les tremblements sont-ils toujours liés à une maladie ?
Heureusement non. Tout le monde possède un tremblement physiologique, généralement invisible.
Il peut devenir plus marqué dans certaines situations :
- stress ;
- anxiété ;
- émotion intense ;
- manque de sommeil ;
- fatigue importante ;
- exercice physique intense ;
- fièvre ;
- consommation excessive de café ou de boissons énergisantes.
Dans ces cas, les tremblements disparaissent lorsque la cause est corrigée.
Les maladies hormonales et métaboliques responsables de tremblements
Certaines maladies générales peuvent également provoquer des secousses musculaires.
Hyperthyroïdie
Une production excessive d’hormones thyroïdiennes accélère le fonctionnement de l’organisme.
Les symptômes associent souvent :
- tremblements fins ;
- palpitations ;
- perte de poids ;
- nervosité ;
- transpiration excessive ;
- intolérance à la chaleur.
Hypoglycémie
Une baisse importante du taux de sucre dans le sang peut provoquer :
- tremblements ;
- sueurs ;
- faim intense ;
- malaise ;
Cette situation nécessite une correction rapide de la glycémie.
Sevrage alcoolique
Chez les personnes dépendantes, l’arrêt brutal de l’alcool peut entraîner :
- tremblements importants ;
- anxiété ;
- sueurs ;
- agitation ;
- parfois un delirium tremens, qui constitue une urgence médicale.
Quels médicaments peuvent provoquer des tremblements ?
De nombreux traitements peuvent entraîner des tremblements comme effet secondaire.
Les principaux sont :
- certains neuroleptiques ;
- les antidépresseurs ;
- le lithium ;
- certains bronchodilatateurs utilisés contre l’asthme ;
- les corticoïdes ;
- certains immunosuppresseurs ;
- certains antiépileptiques ;
- quelques médicaments contre les nausées.
Il est essentiel de ne jamais interrompre un traitement sans avis médical.
Le médecin pourra adapter les doses ou proposer une alternative thérapeutique.
Comment reconnaître un tremblement inquiétant ?
Certains signes doivent conduire à consulter rapidement. Il faut demander un avis médical si le tremblement :
- apparaît brutalement ;
- s’aggrave progressivement ;
- touche un seul côté du corps ;
- gêne les gestes quotidiens ;
- s’accompagne d’une faiblesse musculaire ;
- entraîne des troubles de la marche ;
- provoque des difficultés à parler ou à avaler ;
- s’associe à une perte d’équilibre ;
- apparaît après un traumatisme crânien.
Une consultation en urgence est nécessaire si le tremblement survient avec :
- une paralysie ;
- une difficulté à parler ;
- une perte de connaissance ;
- des convulsions ;
- des signes évocateurs d’un AVC.
Comment le médecin établit-il le diagnostic ?
Le diagnostic repose d’abord sur un examen clinique très précis.
Le médecin observe :
- le moment où apparaît le tremblement ;
- sa fréquence ;
- son amplitude ;
- les parties du corps concernées ;
- son évolution pendant le mouvement.
Selon les résultats, plusieurs examens peuvent être prescrits :
- analyses sanguines (glycémie, thyroïde, électrolytes, cuivre…) ;
- IRM cérébrale ;
- scanner cérébral ;
- électromyogramme (EMG) dans certaines situations ;
- bilan neurologique spécialisé.
Existe-t-il un traitement ?
Le traitement dépend entièrement de la cause.
Maladie de Parkinson
Les principaux traitements reposent sur :
- la lévodopa ;
- les agonistes dopaminergiques ;
- les inhibiteurs enzymatiques.
Dans certaines formes évoluées, une stimulation cérébrale profonde peut être proposée.
Tremblement essentiel
Plusieurs solutions existent :
- bêtabloquants (comme le propranolol) chez certains patients ;
- primidone dans certaines situations ;
- rééducation fonctionnelle ;
- adaptation des gestes du quotidien ;
- stimulation cérébrale profonde dans les formes sévères.
Tremblements secondaires
Lorsque le tremblement est provoqué par une autre maladie, le traitement consiste avant tout à corriger sa cause :
- traiter une hyperthyroïdie ;
- corriger une hypoglycémie ;
- modifier un médicament responsable ;
- prendre en charge la maladie neurologique sous-jacente
Les recommandations médicales
Pour limiter certains tremblements bénins ou éviter leur aggravation, il est conseillé de :
- limiter la consommation de caféine et de boissons énergisantes ;
- éviter l’abus d’alcool et les drogues ;
- dormir suffisamment ;
- apprendre à mieux gérer le stress (relaxation, respiration, activité physique adaptée) ;
- pratiquer une activité physique régulière afin de préserver la coordination et l’équilibre ;
- respecter les traitements prescrits sans modification personnelle ;
- consulter rapidement en cas d’apparition d’un nouveau tremblement ou d’aggravation.
Chez les personnes atteintes d’une maladie neurologique, un suivi régulier par un neurologue permet d’adapter les traitements et de maintenir la meilleure qualité de vie possible.
À retenir
Un tremblement n’est pas synonyme de maladie de Parkinson. Il peut avoir de nombreuses origines : neurologiques, hormonales, métaboliques, médicamenteuses ou simplement physiologiques. L’analyse de ses caractéristiques permet souvent d’en identifier la cause. Un tremblement persistant, inhabituel ou associé à d’autres symptômes neurologiques doit toujours faire l’objet d’une évaluation médicale afin de mettre en place une prise en charge adaptée.
À savoir
En 1817, le médecin britannique James Parkinson fut le premier à décrire avec précision la « paralysie agitante », aujourd’hui connue sous le nom de maladie de Parkinson. Son observation minutieuse de quelques patients a marqué le début de la neurologie moderne et permis de mieux comprendre les troubles du mouvement.
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