Dr Salim BENLEFKI Docteur en neurosciences
La maladie d’Alzheimer est la première cause de déclin cognitif et de démence dans le monde. Longtemps, son diagnostic reposait essentiellement sur les symptômes cliniques, des tests neuropsychologiques et l’exclusion d’autres maladies pouvant expliquer les troubles de la mémoire.
Aujourd’hui, les progrès de la recherche ouvrent une nouvelle perspective. Grâce à une simple prise de sang, il devient possible de détecter des biomarqueurs caractéristiques de la maladie, facilitant ainsi un diagnostic plus précoce et plus précis.
Les nouvelles recommandations françaises publiées en 2026 reconnaissent désormais l’intérêt du dosage sanguin de la protéine tau phosphorylée 217 (p-tau217) dans le parcours diagnostique de certains patients.
Une maladie qui touche près d’un million de personnes
La maladie d’Alzheimer est une affection neurodégénérative évolutive qui entraîne une destruction progressive des cellules nerveuses du cerveau.
En France, elle concerne environ un million de personnes, principalement après 65 ans, même si des formes plus précoces existent.
Elle représente près de 5 % des personnes âgées de plus de 60 ans et sa fréquence augmente avec le vieillissement de la population.
Les premiers signes sont souvent discrets :
- troubles de la mémoire récente ;
- difficultés à retrouver ses mots ;
- désorientation dans le temps ou l’espace ;
- difficultés à organiser certaines tâches quotidiennes ;
- modifications du comportement ou de la personnalité.
Deux protéines au cœur de la maladie
Les lésions observées dans la maladie d’Alzheimer sont liées à l’accumulation progressive de deux protéines anormales dans le cerveau.
Le peptide bêta-amyloïde
Cette protéine forme des plaques entre les neurones.
Ces dépôts perturbent leur fonctionnement et altèrent progressivement les connexions nerveuses.
La protéine tau phosphorylée
À l’intérieur des neurones, la protéine tau subit des modifications anormales appelées phosphorylation.
Elle forme alors des amas de fibres appelés dégénérescences neurofibrillaires, responsables de la destruction progressive des cellules nerveuses.
Cette double accumulation provoque :
- une perte des connexions entre neurones ;
- une diminution progressive des capacités cognitives ;
- une inflammation du tissu cérébral ;
- la mort des cellules nerveuses.
Un diagnostic longtemps difficile
Pendant de nombreuses années, aucun examen simple ne permettait de confirmer avec certitude une maladie d’Alzheimer.
Le diagnostic reposait principalement sur :
- l’interrogatoire médical ;
- l’examen neurologique ;
- des tests de mémoire et des fonctions cognitives ;
- une IRM cérébrale ;
- l’exclusion d’autres maladies pouvant expliquer les symptômes.
Dans certains cas, des examens plus spécialisés étaient nécessaires.
Les biomarqueurs ont changé la prise en charge
Depuis une vingtaine d’années, les médecins disposent de biomarqueurs capables d’identifier les lésions caractéristiques de la maladie.
Ces biomarqueurs étaient jusqu’à présent recherchés grâce à :
- une ponction lombaire permettant d’analyser le liquide cérébrospinal ;
- une imagerie cérébrale spécialisée par TEP-scan (tomographie par émission de positons).
Bien que très performants, ces examens restent coûteux, parfois invasifs et ne sont pas disponibles partout.
Une simple prise de sang devient désormais possible
Les progrès récents ont permis de développer des biomarqueurs détectables directement dans le sang.
Le plus prometteur est la protéine tau phosphorylée 217 (p-tau217).
Selon les nouvelles recommandations françaises de 2026, son dosage peut désormais être proposé chez les personnes :
- âgées de plus de 50 ans ;
- présentant un trouble neurocognitif confirmé par une évaluation médicale.
Ce test peut être réalisé seul ou associé au dosage du peptide bêta-amyloïde (Aβ42) afin d’améliorer la précision diagnostique.
Un test qui facilite un diagnostic plus précoce
L’intérêt majeur de ce biomarqueur est de détecter la maladie avant l’apparition d’une démence sévère.
Les spécialistes parlent de stade prodromique, correspondant à un trouble cognitif léger qui n’altère pas encore significativement l’autonomie quotidienne.
Identifier la maladie à ce stade présente plusieurs avantages :
- mieux comprendre l’origine des troubles de la mémoire ;
- mettre en place une prise en charge plus rapidement ;
- accompagner précocement les patients et leurs proches ;
- permettre l’accès à certains traitements ou essais thérapeutiques lorsqu’ils sont indiqués.
Ce test ne suffit pas à lui seul
Les experts rappellent que cette prise de sang ne remplace pas la consultation médicale.
Le dosage de la p-tau217 doit toujours être interprété en tenant compte :
- des symptômes du patient ;
- des résultats des tests neuropsychologiques ;
- de l’examen neurologique ;
- des examens d’imagerie si nécessaire.
Un résultat négatif rend le diagnostic de maladie d’Alzheimer peu probable.
En revanche, un résultat positif ne confirme pas, à lui seul, la maladie. Il doit toujours être confronté à l’ensemble des données cliniques.
Une utilisation progressive en France
Plusieurs centres mémoire français utilisent déjà ce biomarqueur afin d’évaluer son intérêt en pratique quotidienne.
Ces travaux permettront :
- d’affiner les seuils d’interprétation ;
- d’identifier les patients qui en bénéficient le plus ;
- d’améliorer encore la précision du diagnostic.
D’autres biomarqueurs sont en développement
La recherche continue de progresser.
Parmi les nouveaux biomarqueurs actuellement étudiés figurent :
- le peptide bêta-amyloïde plasmatique ;
- les chaînes légères des neurofilaments (NfL), marqueurs de la destruction des neurones.
Certains disposent déjà du marquage CE, attestant de leur conformité technique.
En revanche, ils ne figurent pas encore dans la nomenclature des actes de biologie médicale. Ils ne sont donc pas remboursés par l’Assurance maladie à ce jour.
Recommandations médicales
Les spécialistes rappellent que toute plainte concernant la mémoire ne traduit pas nécessairement une maladie d’Alzheimer.
Une consultation médicale est recommandée en cas de :
- troubles de mémoire persistants ou qui s’aggravent ;
- difficultés à réaliser des tâches habituelles ;
- désorientation inhabituelle ;
- changements importants du comportement ;
- inquiétudes exprimées par l’entourage.
Le diagnostic précoce permet d’identifier d’autres causes parfois réversibles, comme certains déficits vitaminiques, des troubles de la thyroïde, des effets indésirables médicamenteux, une dépression ou des troubles du sommeil.
Par ailleurs, plusieurs mesures contribuent à préserver la santé cérébrale :
- pratiquer une activité physique régulière ;
- adopter une alimentation équilibrée de type méditerranéen ;
- contrôler l’hypertension, le diabète et le cholestérol ;
- maintenir une activité intellectuelle et sociale ;
- traiter les troubles auditifs et visuels lorsqu’ils existent ;
- éviter le tabac et limiter la consommation d’alcool.
Une avancée prometteuse pour le diagnostic
Le dosage sanguin de la protéine p-tau217 constitue une avancée majeure dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer. Plus simple, moins invasif et potentiellement plus accessible que certains examens spécialisés, il pourrait permettre un diagnostic plus précoce chez les personnes présentant des troubles de la mémoire.
Les experts soulignent toutefois que cette prise de sang s’intègre dans une démarche diagnostique globale et ne remplace ni l’examen clinique, ni l’évaluation cognitive, ni les autres investigations lorsque celles-ci sont nécessaires.
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