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Le Niger et le Burkina Faso quittent l’Organisation internationale de la Francophonie : Un tournant historique

Par S.B.-- 18-Mar-2025 3

En pleine semaine de la Francophonie, le Niger a officialisé son retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), une décision qui devrait être suivie prochainement par le Burkina Faso. Ce geste marque un nouvel épisode dans la redéfinition des relations entre ces États sahéliens et les institutions francophones, dans un contexte de rupture avec l’influence française.

Un retrait symbolique et politique

Dans une lettre officielle adressée à l’OIF, le Niger a annoncé sa volonté de se retirer de l’organisation, un choix qui s’inscrit dans sa quête de souveraineté et d’affranchissement des structures héritées de la colonisation. Laouali Labo, secrétaire général du ministère nigérien des Affaires étrangères, a informé les diplomates de cette décision, rappelant que le Niger avait pourtant été l’un des pays fondateurs de l’OIF en 1970.

L’organisation a pris acte de cette décision avec regret, soulignant néanmoins qu’elle respecte la volonté des autorités nigériennes. Il faut rappeler que le Niger avait déjà été suspendu de l’OIF après le coup d’État militaire de juillet 2023 ayant renversé Mohamed Bazoum. Malgré cette exclusion partielle, certains programmes de coopération avaient pu être maintenus, mais l’OIF exigeait toujours un retour à l’ordre constitutionnel, une position en contradiction avec la junte actuellement au pouvoir.

Vers une dynamique de rupture au Sahel

Le Burkina Faso*s’engage également dans cette voie, bien que son retrait ne soit pas encore formellement acté. Ce choix suit une tendance observée dans plusieurs États sahéliens où les régimes militaires en place rejettent les institutions perçues comme sous influence française. Le Mali, allié du Burkina Faso et du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), n’a pas encore annoncé son intention de quitter l’OIF, mais des spéculations persistent sur un éventuel départ.

Ces décisions s’inscrivent dans une stratégie plus large : en janvier 2024, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont annoncé leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dénonçant son alignement supposé sur les intérêts de Paris.

Un virage vers de nouveaux partenariats

Ces pays sahéliens, autrefois liés à la France sur les plans diplomatique, économique et militaire, poursuivent leur réorientation vers d’autres partenaires internationaux, notamment la Russie. Ce rapprochement se manifeste par des accords militaires et de coopération sécuritaire, visant à lutter contre l’insécurité jihadiste qui sévit dans la région.

Sur le plan intérieur, la rupture avec la France prend des formes concrètes :
Au Niger, plusieurs rues et monuments ont été rebaptisés pour effacer les références françaises, et le Centre culturel franco-nigérien a cessé ses activités en tant qu’établissement binational.
Au Burkina Faso et au Mali, la présence française a également été réduite, avec l’expulsion des troupes et la fin des accords de défense.

Un tournant historique pour la Francophonie en Afrique

Le départ du Niger et du Burkina Faso de l’OIF pose la question de l’avenir de la Francophonie en Afrique de l’Ouest. Si ces États affirment vouloir se libérer de l’influence française, ils restent néanmoins liés à la langue française, qui demeure un vecteur de communication essentiel dans l’administration, l’éducation et l’économie.

Cette rupture politique pourrait avoir des répercussions sur la coopération linguistique et éducative avec les autres États francophones d’Afrique, mais aussi sur les relations internationales entre l’OIF et le continent africain. Alors que le Rwanda, dirigé par Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’OIF, avait déjà amorcé un virage vers l’anglais, ces nouveaux départs soulignent l’érosion de l’influence de la Francophonie dans certaines régions du continent.

Si l’avenir de l’OIF au Sahel reste incertain, une chose est claire : ces décisions reflètent une volonté affirmée des États sahéliens de redéfinir leur place sur l’échiquier international, en se détachant progressivement des structures héritées de la colonisation.

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