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Jean-Noël Barrot attendu à Alger pour relancer le dialogue bilatéral

Par C.B.-- 06-Avr-2025 1

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est attendu ce dimanche 6 avril à Alger pour officialiser la reprise du dialogue entre la France et l’Algérie, dans le cadre d’une feuille de route visant à sortir de la crise diplomatique. Ce déplacement intervient après huit mois de tensions et de crises, marqués par des messages sans réponse, des notes verbales et des tentatives d’intermédiation sans succès.

L’objectif de Jean-Noël Barrot, qui retournera au Caire le soir même pour rejoindre le président français Emmanuel Macron, est d’évoquer plusieurs dossiers sensibles sur lesquels la France souhaite avancer rapidement et obtenir des résultats concrets. La mission s’annonce ambitieuse mais difficile, avec une liste de sujets complexes à aborder.

La réouverture du dialogue fait suite à un entretien téléphonique entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, survenu lundi 31 mars. Ce long échange, qualifié de “franc et amical” par un communiqué conjoint, a permis de discuter des tensions accumulées, notamment après le soutien de la France, en juillet 2024, au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, une décision qui a provoqué une crise diplomatique avec Alger.

Le réchauffement des relations entre l’Algérie et la France se précise avec la visite de Jean-Noël Barrot à Alger

Après l’échange téléphonique du 31 mars entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a poursuivi le dialogue en appelant son homologue algérien, Ahmed Attaf, ce jeudi 3 avril. Cet entretien s’inscrit dans le prolongement de la conversation entre les deux chefs d’État et marque une nouvelle étape dans la normalisation des relations entre l’Algérie et la France, après plusieurs mois de tensions.

Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont pris le relais pour travailler sur une feuille de route qui dressera la liste des sujets à résoudre et servira de base à la normalisation des relations bilatérales.

Dans un communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères a confirmé que Jean-Noël Barrot se rendra en visite officielle à Alger dimanche 6 avril, à l’invitation de M. Attaf. Cette visite s’inscrit dans le cadre de la feuille de route établie par les deux présidents pour résoudre les différends qui ont récemment affecté la relation bilatérale.

Le communiqué précise que les deux ministres ont évoqué “les principaux dossiers” à traiter, conformément aux priorités fixées par les deux chefs d’État. Parmi les points clés figurent la reprise des coopérations sécuritaire, migratoire et judiciaire, des domaines cruciaux pour relancer les relations franco-algériennes.

Au cours d’un point de presse à Paris, le porte-parole du Quai d’Orsay a souligné l’objectif de cette visite : “incarner la reprise du dialogue avec les autorités algériennes” et “opérationnaliser la feuille de route” convenue lors de l’appel téléphonique des présidents.

Les principaux sujets de la visite de Jean-Noël Barrot à Alger.

Lors de sa visite à Alger, Jean-Noël Barrot discutera de plusieurs points importants pour relancer la coopération entre la France et l’Algérie. Selon le porte-parole du Quai d’Orsay, ces discussions porteront sur la coopération sécuritaire, migratoire, judiciaire et économique, ainsi que sur les travaux en cours de la commission mixte d’historiens.

Un des sujets importants concerne la coopération migratoire. La France souhaite rétablir un flux efficace et rapide pour traiter de toutes les questions liées à la mobilité entre les deux pays. Le ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, avait précédemment tenté de faire pression sur l’Algérie pour qu’elle accepte de reprendre ses ressortissants en situation irrégulière. Bien qu’un bras de fer ait eu lieu, il semble que la France préfère désormais mettre en place un processus qui facilite le retour des Algériens illégalement présents en France, après une baisse des réadmissions ces dernières semaines.

Toutefois, plusieurs obstacles doivent être surmontés. D’abord, l’Algérie refuse de reprendre ses ressortissants sans preuve de leur nationalité, ce qui nécessite une révision des conditions de réadmission définies par le protocole de 1994. Ensuite, la délivrance des laissez-passer consulaires, nécessaires pour ces réadmissions, doit être débloquée, notamment dans les villes où les consulats algériens ont suspendu leurs relations avec les préfectures.

Un autre point de discussion important est la coopération sécuritaire. Bien que la collaboration entre les services de renseignements extérieurs ait repris après la visite de Nicolas Lerner à Alger en janvier, les échanges entre les armées et les services de sécurité intérieure doivent être relancés.

Feuille de route économique et judiciaire entre la France et l’Algérie

La feuille de route entre la France et l’Algérie inclut un volet économique où la France attend des avancées concrètes. Parmi les dossiers importants figure le déblocage des usines Renault et Volvo Group-Renault Trucks. Ces deux sites, spécialisés respectivement dans la production de voitures et de camions, ont récemment reçu une notification défavorable concernant la reprise de leur production en Algérie. Paris espère également que l’Algérie enverra un signal clair à son administration pour faciliter les importations françaises.

De son côté, la France a promis son soutien à l’Algérie pour la renégociation des accords d’association avec l’Union européenne et pour la relance des relations commerciales entre les entreprises des deux pays. Le président du CREA, Kamel Moula, a d’ailleurs été invité à Paris par le Medef, afin de renforcer ces liens.

La coopération judiciaire est un autre domaine important. Cela inclut la formation des magistrats algériens, l’entraide judiciaire, et les échanges sur des dossiers sensibles. Un exemple de malentendu dans ce domaine est l’affaire de l’ex-ministre algérien Abdeslam Bouchouareb, installé en France depuis 2019. Bien que la justice française ait refusé de l’extrader, les autorités algériennes ont exprimé leur mécontentement face aux “tergiversations” de la France, ce qui a exacerbé les tensions diplomatiques.

L’autre exemple, est celui Boualem Sansal, un sujet sensible entre la France et l’Algérie. Lors de cette visite, Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, abordera probablement plusieurs sujets d’intérêt commun, mais il n’est pas certain que le cas de Boualem Sansal fasse partie des discussions formelles.

Boualem Sansal, écrivain franco-algérien, a récemment été condamné à 5 ans de prison pour atteinte à l’unité nationale après avoir tenu des propos considérés comme sensibles, notamment en affirmant qu’une partie de l’Algérie appartenait historiquement au Maroc. Cette condamnation a suscité des réactions en France.

Le porte-parole du Quai d’Orsay a simplement rappelé que la France s’inquiète du sort de ses citoyens, où qu’ils se trouvent, sans préciser si ce cas sera évoqué directement avec les autorités algériennes. En outre, le président Macron a déjà demandé à Abdelmadjid Tebboune un geste de “clémence” pour Boualem Sansal, notamment en raison de son âge avancé (75 ans).

L’écrivain a fait appel de sa condamnation, et sa situation reste un point de tension potentiel dans les relations franco-algériennes.

La mémoire et les relations Franco-Algériennes : Une priorité pour l’avenir

L’un des sujets les plus attendus lors des discussions du 6 avril entre Jean-Noël Barrot et les autorités algériennes concerne la question de la mémoire, un sujet pour apaiser les tensions historiques entre les deux pays. La commission mixte des historiens, qui travaille depuis plusieurs années sur la reconnaissance des événements liés à la guerre d’Algérie et leurs conséquences, doit reprendre ses travaux. L’objectif est que cette commission remette ses recommandations aux deux chefs d’État avant l’été 2025, permettant ainsi d’avancer vers une réconciliation historique fondée sur des faits établis par des historiens des deux pays.

Parallèlement, la France compte relancer le dialogue politique sur plusieurs dossiers internationaux sensibles, dont le Sahara occidental, un sujet de friction récurrent dans les relations entre Alger et Paris, ainsi que la situation au Sahel et à Gaza. Ces discussions devraient permettre de remettre à plat les divergences et de poser les bases d’une coopération renouvelée sur des enjeux géopolitiques majeurs.

Dans l’ensemble, le ministre Barrot, en visite à Alger, est prêt à reprendre les discussions avec son homologue algérien pour aborder ces dossiers et mettre en œuvre les mesures nécessaires pour rétablir une coopération fructueuse.

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