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Meurtre à la mosquée de La Grand-Combe : le suspect toujours en fuite, la communauté sous le choc

Par Salim BENLEFKI.-- 28-Avr-2025 0

Plus de quarante-huit heures après l’assassinat d’Aboubakar Cissé, jeune fidèle musulman de 22 ans, survenu vendredi 25 avril au matin à la mosquée de La Grand-Combe, dans le Gard, son meurtrier reste introuvable. L’auteur présumé de ce crime, qui a frappé la communauté en plein cœur, est activement recherché par les forces de l’ordre.

Critiqué pour son manque de réaction initial, notamment par Dominique Sopo, président de SOS Racisme — qui a dénoncé dans la presse : “Je me demande si M. Retailleau avait piscine” —, le ministre de l’Intérieur s’est rendu ce dimanche après-midi à Alès, dans le Gard, pour rencontrer des représentants de la communauté musulmane à la sous-préfecture.

Lors de sa visite, il a exprimé à la communauté musulmane locale, son soutien et assurant de l’engagement total des autorités pour retrouver le coupable.

Le ministre a précisé que d’importants moyens avaient été déployés : « Plus de 70 enquêteurs ont été mobilisés, jour et nuit, pour interpeller l’individu. Nous mettons tout en œuvre pour qu’il soit arrêté rapidement. Nous l’aurons », a-t-il déclaré avec fermeté. Il a par ailleurs dénoncé “des conditions de meurtre ignobles et inacceptables”, soulignant la gravité des faits.

Bruno Retailleau a rappelé que l’attaque s’était déroulée dans un lieu sacré : « C’était une mosquée, un lieu de paix, de prière et de recueillement. Ce jeune homme priait son Dieu, dans le calme, lorsqu’il a été lâchement assassiné. » Quant aux motivations de l’assaillant, le ministre a indiqué que toutes les hypothèses restaient ouvertes, tout en affirmant que « la piste d’un acte antimusulman n’est pas du tout négligée, bien au contraire ».

Alors que la traque continue pour retrouver Olivier H.,”potentiellement extrêmement dangereux”, le ministre a assuré que des “moyens inimaginables” étaient engagés pour retrouver l’assassin présumé, avec près de 70 policiers et gendarmes mobilisés sur le terrain“Nous l’aurons”, a-t-il martelé.

Dans ce climat d’émotion et d’inquiétude, la famille d’Aboubakar Cissé, ainsi que de nombreuses voix, demandent que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce meurtre odieux et que justice soit rendue avec la plus grande rigueur.

De son côté, le président Emmanuel Macron a adressé un message de solidarité à la famille de la victime ainsi qu’à l’ensemble des Français de confession musulmane. Il a rappelé que « le racisme et la haine en raison de la religion n’auront jamais leur place en France » et que « la liberté de culte est intangible ».

SOS Racisme dénonce la « timidité » des réactions politiques

Deux jours après l’assassinat d’Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, critique vivement le manque de réactivité de plusieurs responsables politiques, notamment celle du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau.

 « Une timidité choquante » face au drame

Interrogé dimanche 27 avril, Dominique Sopo n’a pas caché son indignation. Le président de SOS Racisme dénonce « la timidité des réactions de certains responsables politiques » après le meurtre d’Aboubakar Cissé, tué de plusieurs dizaines de coups de couteau alors qu’il priait dans la mosquée de La Grand-Combe (Gard).

« Je me demande si M. Retailleau, hier, avait piscine. On ne l’a pas entendu », ironise-t-il. Pour Dominique Sopo, ce silence contraste cruellement avec la rapidité avec laquelle certains ministres réagissent à d’autres faits d’actualité. « Il y a des personnes qui parlent souvent beaucoup pour bien moins que cela », souligne-t-il.

Le « grave manquement » de Bruno Retailleau

Dominique Sopo reproche également au ministre de l’Intérieur de s’être déplacé seulement « à proximité » de La Grand-Combe et non directement sur les lieux du drame. « Un déplacement à distance, mieux vaut tard que jamais, mais il n’en reste pas moins que cela montre une certaine gêne », estime-t-il.

Selon lui, ce n’est qu’après les premières critiques publiques que Bruno Retailleau a enfin fini par se rendre dans le Gard (à distance). Un comportement jugé insuffisant et révélateur : « Peut-être que les dernières réactions publiques l’ont forcé à bouger. »

Deux poids, deux mesures ?

Le président de SOS Racisme souligne également une forme de traitement différencié des événements selon les victimes.

Il rappelle que Bruno Retailleau s’était « précipité à Nantes » après l’attaque au lycée Notre-Dame-de-Toutes-Aides, n’hésitant pas à s’exprimer longuement, quitte à « raconter à peu près n’importe quoi », selon ses mots.

« Là, il a su trouver les mots, il a su se déplacer, il s’est même, pendant quelques instants, pris pour le ministre de l’Éducation nationale », ironise Dominique Sopo.

En revanche, face à un crime apparemment motivé « au moins en partie par la haine envers les musulmans », le ministre a observé, selon lui, « un silence pour le moins assourdissant ».

Une dénonciation des « faux débats républicains »

Enfin, Dominique Sopo critique le climat général alimenté par « des débats sous couvert de république » mais qui, selon lui, visent principalement une communauté : les musulmans.

« Ce climat délétère n’est pas sans conséquences. Quand, matin et soir, on entend stigmatiser une population, certains passent à l’acte », avertit-il.

SOS Racisme appelle donc les autorités à prendre la pleine mesure de la gravité de ce crime, non seulement en poursuivant activement le suspect, toujours en fuite, mais aussi en reconnaissant clairement la dimension islamophobe de l’attaque.

Une marche blanche réunit plus d’un millier de personnes en hommage à la victime

Deux jours après le meurtre d’Aboubakar Cissé, jeune fidèle musulman poignardé vendredi 25 avril dans la mosquée Khadidja de La Grand-Combe (Gard), l’émotion reste profonde et palpable. Ce dimanche 27 avril, près de 2 000 personnes se sont retrouvées dans cette petite commune de moins de 5 000 habitants, encore sous le choc, pour participer à une marche blanche en sa mémoire.

Le long du Gardon, la rivière qui traverse la ville, une foule dense affluait en silence vers la mosquée Khadidja. Il était près de 14 heures lorsque, sous un ciel chargé d’émotion, habitants et soutiens venus d’ailleurs se sont rassemblés pour rendre un dernier hommage à Aboubakar Cissé. Dans un climat de recueillement pesant, chacun avançait avec gravité, animé par une même volonté de témoigner leur solidarité et leur refus de la haine.

Peu à peu, le cortège s’est formé, compact, solidaire, traduisant l’image d’une communauté blessée mais unie. En tête, la famille du jeune homme, épaulée par ses proches, avançait lentement, submergée par le chagrin. Derrière eux, plus de 2000 personnes de toutes confessions prenaient part à cette marche silencieuse, parties de la mosquée où s’est noué le drame.

Malgré la douleur et la colère qui grondent dans les cœurs depuis ce meurtre, aucun cri, aucun slogan n’est venu troubler la solennité du moment. La dignité, la tristesse et l’unité régnaient en maîtres tout au long du chemin.

 

Une marche empreinte de recueillement et de colère

La marche, partie à 14 h 30 de la mosquée où s’est déroulé le drame, a progressé en silence jusqu’à la mairie. Une minute de silence a été observée en hommage à la victime, unanimement appréciée par les habitants. Le cortège, composé de citoyens, de représentants associatifs et religieux, exprimait à la fois son chagrin et une profonde indignation.

À la tribune, le ton monte. La communauté musulmane considère avoir été ignorée par une classe politique sourde à ses douleurs.

Parmi les participants, Abdallah Zekri, recteur de la mosquée de la Paix à Nîmes, a exprimé un « sentiment de colère » face à ce crime atroce. Il a vivement dénoncé un climat de stigmatisation des musulmans en France : « Du matin au soir, vous allumez la télévision, vous entendez parler de l’islam, des musulmans, des migrants, des OQTF. Il n’y a que ça », a-t-il regretté, pointant une atmosphère propice aux discours de haine.

 ‘’On aurait aimé la présence de ministre de l’Intérieur ou du préfet.’’, ajoute-t-il. “Je demande aux hommes politiques, y compris à Monsieur Retailleau, de ne pas nous considérer comme des citoyens à part. Ce qui s’est passé, c’est la conséquence de certains discours”, a-t-il déclaré.

Salim Touazi, président de la mosquée Khadijia (Gard) : ‘’C’est un monstre. Il a détruit La Grand-Combe.’’

Parmi les participants, en première ligne du cortège, se trouvait également le recteur de la mosquée de la Paix à Nîmes, qui a dit avoir eu “le cœur réchauffé par rapport à toutes ces personnes présentes, toutes confessions confondues” mais a déploré l’absence de représentants de l’Etat.

Nadia BELAOUNI élue de la Petite Camargue:

Je suis venu aujourd’hui à La Grand-Combe, naturellement, par nécessité et par solidarité avec toute la communauté — et même au-delà. Ce rassemblement a montré que beaucoup de personnes, y compris celles qui ne sont pas musulmanes, se sentent directement concernées. Parce que c’est une communauté d’attachement aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ce fut un moment profondément fraternel, pacifique et républicain. Aboubakar incarnait, à mes yeux, ce qu’est un citoyen français : pleinement intégré, même sans papiers. Il était volontaire, bénévole à la mosquée, et largement apprécié par toute la ville.

Aujourd’hui, les habitants se sont exprimés avec émotion, avec colère parfois, mais surtout avec force et détermination, pour dénoncer ce crime odieux. Ce drame nous rappelle une réalité terrible : l’islamophobie tue. Il faut la reconnaître pour ce qu’elle est — un danger pour la République — et la combattre fermement.

Je considère que ce crime est la conséquence directe d’une politique délétère, qui alimente les divisions, l’inégalité de traitement et affaiblit le socle républicain. Ce n’est plus la République.

Nous sommes là aujourd’hui pour dire non. Nous voulons que les valeurs de la République soient remises au centre du débat politique, et que la fraternité triomphe sur les discours de haine qui abîment notre humanité.

Hommage à Aboubakar, pensées fraternelles pour sa famille. Et j’espère que justice sera rendue pour que plus jamais un tel drame ne se reproduise.

François Tarnieux un habitant de Nîmes :

En voyant cette tragédie, il m’a paru évident de venir soutenir la communauté face à l’horreur du meurtre d’Aboubakar Cissé. C’était un jeune très présent à la mosquée, bénévole, disponible, profondément intégré à La Grand-Combe où il vivait depuis quatre ans.

Je suis choqué par l’absence totale des responsables politiques, certains ayant même tenté d’interdire la marche blanche, et la mairie ayant refusé l’électricité pour s’exprimer devant 1 500 personnes. C’est honteux.

Au niveau national, le silence est tout aussi scandaleux, notamment de la part de M. Retailleau, d’ordinaire si prompt à réagir dès qu’il s’agit de musulmans ou d’étrangers.

Ce gouvernement, par ses discours et ses actes, alimente un climat de haine qui pousse certains à commettre des actes odieux, relayé par une partie de la sphère médiatique.

Même dans une mairie communiste, on refuse l’électricité pour rendre hommage à un jeune sans histoire, reconnu pour sa gentillesse et son engagement.

Ce qui redonne espoir, c’est de voir que toutes les religions étaient réunies lors de cette marche, prouvant qu’une partie du peuple refuse la division.

Il est urgent aujourd’hui de nous rassembler et de construire ensemble une France fraternelle, loin des discours de haine.

Leila Tamani :

La France est un pays riche, elle a tout ce qu’il faut pour permettre à chacun de vivre dignement. Pourtant, une partie de la population continue d’être traitée comme des citoyens de seconde zone. La France sera ce que nous déciderons d’en faire, et nous avons tous un rôle à jouer pour construire un avenir commun.

Je suis venue aujourd’hui participer à la marche blanche en hommage à Boubacar, assassiné alors qu’il priait dans la mosquée de La Grand-Combe. Il était essentiel pour moi d’être présente pour témoigner mon soutien non seulement à la communauté musulmane, mais à l’ensemble de nos concitoyens. Ce drame ne concerne pas seulement une communauté : il nous interpelle tous.

Il remet en question la cohésion de notre société, notre capacité à vivre ensemble. Aujourd’hui, beaucoup de gens ont peur. Notre présence ici est un geste pour dire que, malgré tout, ensemble, nous pouvons construire autre chose, nous pouvons avancer.

Je regrette profondément l’absence de représentants nationaux et gouvernementaux. Ils auraient dû être présents aujourd’hui. Leur absence prouve que ce type d’événement n’est pas considéré comme une priorité. Pourtant, leur rôle est d’être aux côtés des citoyens, surtout dans ces moments de douleur et d’inquiétude.

Un second rassemblement à Paris

Un autre rassemblement a eu lieu ce dimanche soir à Paris, place de la République, à 18 h. Organisé « contre l’islamophobie », il a été également marqué par une minute de silence en mémoire d’Aboubakar Cissé.

Plusieurs personnalités politiques ont été présente, notamment Jean-Luc Mélenchon, Eric Coquerel et Rima Hassan, figures de La France insoumise, ainsi que Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts.

“Une ambiance, un climat islamophobe a été entretenu, cultivé, et des mois durant, et chacun jusqu’aux plus officiels, s’est senti autorisé à faire des déclarations dont sans doute, ils ne mesuraient pas toute la portée et toute la violence pour ceux qui avaient à la subir”, a déclaré Jean-Luc Mélenchon à la presse visant Bruno Retailleau.

“Quand le ministre de l’Intérieur, dans une réunion (le 27 mars, lors d’un meeting contre l’islamisme), dit ‘à bas le voile’, imagine-t-on que quelqu’un ait crié à bas les crucifix ?”, s’est-il interrogé. “Lorsque on entretient une telle ambiance, on ne doit pas s’attendre à autre chose que les esprits les plus dérangés y trouvent une justification pour leurs actes”, a-t-il complété.

La famille d’Aboubakar Cissé réclame la saisie du parquet antiterroriste : « Mon cousin a été ciblé parce qu’il était musulman »

Face à ce crime d’une rare brutalité, ses proches demandent justice. Ibrahim Cissé, son cousin, s’est exprimé publiquement pour la première fois. Accompagné de ses avocats, Me Sara Benlefki et Me Mourad Battikh, il a annoncé l’intention de la famille de demander le dessaisissement du parquet d’Alès, initialement en charge de l’enquête, au profit du Parquet national antiterroriste (Pnat).

Selon Ibrahim Cissé, il ne fait aucun doute que son cousin a été ciblé en raison de sa religion musulmane. « Mon cousin a été tué parce qu’il était musulman », a-t-il affirmé, exigeant que l’enquête soit reconnue sous l’angle d’une attaque à caractère terroriste.

Pour Me Sara BENLEFKI, “À ce stade, l’analyse des éléments connus ne laisse aucun doute : il s’agit d’une attaque de nature terroriste”, lit-on dans un communiqué signé par Me Sara BENLEFKI et Me Mourad BETTIKH. “Il est tout aussi évident que le parquet national antiterroriste doit se saisir de cette affaire sans délai”, ajoute Me Sara BENLEFKI.

“La communauté musulmane, profondément meurtrie, doit bénéficier du même traitement que tout autre citoyen, notamment à travers la saisine immédiate du Pnat”, ajoute l’avocat.

Les parents de la victime, résidant au Mali, ainsi que ses frères et proches établis en France, réclament que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce meurtre, qu’ils considèrent comme un acte islamophobe prémédité. La famille espère que la justice reconnaîtra la nature profondément haineuse du crime et qu’une réponse judiciaire exemplaire sera apportée.

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