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Une flottille internationale appareille de Barcelone pour Gaza : la plus vaste tentative contre le blocus israélien

Par Salim BENLEFKI.-- 01-Sep-2025 1

Barcelone. – Une vingtaine de navires battant pavillon de solidarité ont quitté dimanche 31 août le port de Barcelone en direction de la bande de Gaza. À leur bord, plus de 300 militants, personnalités politiques, artistes et bénévoles transportent des cargaisons de nourriture, d’eau et de médicaments, dans ce qui est présenté comme la plus grande opération maritime civile jamais organisée pour briser le blocus imposé par Israël depuis 18 ans.

Baptisée « Global Sumud Flotilla » – sumud signifiant « persévérance » en arabe –, l’initiative réunit des délégations venues de 44 pays et entend établir un corridor humanitaire vers Gaza, où la situation est qualifiée de catastrophique par l’ONU. Selon les estimations, plus de 63 000 personnes ont perdu la vie depuis le déclenchement de la guerre le 7 octobre 2023, tandis que 500 000 habitants vivent dans des conditions de famine extrême. Le ministère de la Santé de Gaza rapporte déjà au moins 332 décès liés à la malnutrition, dont 124 enfants.

Une mission de solidarité inédite

Le convoi maritime, auquel devraient s’ajouter dans les prochains jours des bateaux partis d’Italie, de Tunisie, de Grèce et de Sicile, vise à atteindre Gaza aux alentours du 14 ou 15 septembre. Environ 70 navires sont attendus pour la dernière étape. Certains, comme le Sirus, vieux d’un siècle, contrastent avec d’autres embarcations plus modernes, mais tous arborent des drapeaux palestiniens.

Parmi les figures de proue de l’expédition : la militante suédoise Greta Thunberg, déjà interceptée en juin lors d’une précédente tentative, l’acteur irlandais Liam Cunningham (Game of Thrones), l’actrice américaine Susan Sarandon, ainsi que l’ancienne maire de Barcelone Ada Colau. Zoubir S., un activiste de première heure est aussi du voyage. L’acteur espagnol Eduard Fernández a décrit chaque navire comme « un cri de dignité », tandis que Cunningham dénonçait « une époque honteuse où des enfants organisent leurs propres funérailles ».

Soutiens et mobilisations en Europe

Le départ a été salué par des milliers de sympathisants réunis sur les quais barcelonais, scandant « Palestine libre ! » et « Boycottez Israël ! ». À Gênes, la veille, plus de 40 000 personnes avaient participé à une marche aux flambeaux organisée par l’association Music for Peace, qui a collecté 300 tonnes d’aide humanitaire. La maire de la ville, Silvia Salis, ainsi que plusieurs partis italiens, ont exprimé leur soutien. Le Mouvement 5 Étoiles a promis un don d’un million d’euros.

Au Portugal, la participation de la députée de gauche Mariana Mortágua, de l’activiste Miguel Duarte et de l’actrice Sofia Aparício a suscité un débat politique. Le gouvernement a précisé que l’immunité parlementaire ne valait pas protection diplomatique, mais a garanti une assistance consulaire.

En Espagne, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a assuré que Madrid offrirait « toute la protection diplomatique et consulaire nécessaire » aux citoyens engagés. L’Espagne a d’ailleurs été l’un des premiers pays européens, en mai 2024, à reconnaître officiellement l’État de Palestine, suivie par la France.

Des précédents violents, des risques élevés

La mission actuelle est la quatrième tentative depuis le début de l’année. En mai, le Conscience avait été visé par des drones au large de Malte. En juin, le Madleen, avec Greta Thunberg à bord, avait été intercepté par la marine israélienne. Fin juillet, le navire Handala avait connu le même sort, son équipage arrêté et ses cargaisons de médicaments et de lait maternisé confisquées.

Les organisateurs reconnaissent les risques : Israël a déjà averti qu’il pourrait restreindre davantage l’aide humanitaire, notamment dans le nord de Gaza. Le souvenir du raid de 2010, lors duquel dix militants turcs avaient été tués par des commandos israéliens en eaux internationales, plane encore sur l’expédition.

« Quand le monde reste silencieux, nous mettons les voiles »

Pour ses initiateurs, la flottille n’est pas seulement une mission humanitaire, mais aussi un acte politique destiné à sensibiliser l’opinion publique mondiale. « L’histoire ici concerne la Palestine : des gens sont privés délibérément des moyens de subsistance les plus élémentaires », a déclaré Greta Thunberg. « Ce que nous faisons démontre l’échec du monde à faire respecter le droit international. »

Malgré les menaces, la détermination reste intacte. Comme le résume un militant brésilien, Thiago Ávila : « Ce sera la plus grande mission de solidarité de l’histoire. Sumud signifie persévérance, et nous continuerons jusqu’à réussir. »

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