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Francesca Albanese accable 63 États dans son rapport : “Le génocide à Gaza est un crime collectif”

Par S.B.-- 31-Oct-2025 5

La rapporteuse spéciale de l’ONU dénonce une complicité mondiale et appelle à refonder le multilatéralisme

La vérité dérange, mais elle finit toujours par éclater. Mardi, Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, a présenté devant l’Assemblée générale de l’ONU un rapport explosif de 24 pages intitulé « Génocide à Gaza : un crime collectif ». Depuis la Fondation Desmond and Leah Tutu Legacy au Cap, en Afrique du Sud, où elle s’exprimait à distance — les États-Unis lui ayant interdit l’accès à leur territoire —, l’experte indépendante a livré un acte d’accusation d’une rare sévérité contre 63 États complices, à des degrés divers, du génocide commis à Gaza par Israël.

Un génocide rendu possible par la complicité internationale

Depuis octobre 2023, Israël a intensifié sa guerre contre la population de Gaza, laissant, selon Mme Albanese, « un territoire étranglé, affamé, anéanti ». Son rapport démontre que le génocide en cours ne peut être compris isolément : il est le produit d’un système international complice, fruit de décennies d’échecs moraux et politiques. « Par leurs actions illégales et leurs omissions délibérées, de nombreux États ont apporté un soutien direct ou indirect à Israël, l’ont protégé, et ont permis à son entreprise coloniale de se transformer en génocide », a-t-elle martelé devant les délégués onusiens.

Le document cite en premier lieu les États-Unis, accusés d’avoir fourni une couverture diplomatique constante à Israël, notamment à travers sept vétos successifs au Conseil de sécurité, bloquant ainsi toute tentative de cessez-le-feu durable.

La rapporteuse spéciale fustige également le deux poids, deux mesures de la communauté internationale : « L’Union européenne, prompte à sanctionner la Russie pour l’Ukraine, continue pourtant à commercer avec Israël, malgré les atrocités commises à Gaza », dénonce-t-elle.

Le rapport épingle en outre l’Allemagne, deuxième exportateur d’armes vers Israël pendant l’offensive, fournissant frégates, torpilles et technologies de surveillance. Le Royaume-Uni, lui, aurait effectué plus de 600 missions de reconnaissance aérienne au-dessus de Gaza depuis le début des bombardements.

Mme Albanese accuse également plusieurs États arabes et musulmans d’avoir fermé les yeux sur le massacre, préférant préserver des accords de normalisation avec Tel-Aviv.

Particulièrement visé, le médiateur égyptien est critiqué pour avoir maintenu des coopérations sécuritaires et économiques étroites avec Israël, y compris à travers la fermeture prolongée du passage de Rafah, transformant ainsi la bande de Gaza en une prison à ciel ouvert.

Selon le rapport, quatre types de soutien ont rendu ce crime collectif possible :

  1. Diplomatique, via la protection d’Israël dans les instances internationales ;
  2. Militaire, à travers la fourniture continue d’armes et de technologies ;
  3. Économique, en entretenant des échanges lucratifs avec l’État colonial ;
  4. Humanitaire, paradoxalement, en participant à une aide « instrumentalisée » pour masquer l’inaction politique.

Ces soutiens combinés ont permis à Israël de poursuivre sa domination coloniale, de détruire les infrastructures civiles et d’imposer des conditions de vie calculées pour anéantir le peuple palestinien.

Mme Albanese rappelle que l’histoire offre des précédents : les mesures internationales contre l’apartheid sud-africain, contre la Rhodésie ou encore le Portugal colonial, ont prouvé que le droit international peut être appliqué pour restaurer la justice. « Les États ont aujourd’hui la même obligation juridique et morale d’agir contre tout régime pratiquant l’apartheid et la violence coloniale. Leur incapacité à tenir Israël responsable révèle un double standard flagrant, incompatible avec les principes fondateurs de la Charte des Nations unies », a-t-elle insisté.

Le rapport conclut sur un avertissement : le génocide de Gaza a mis à nu la faillite du système international actuel, dominé par les alliances d’intérêts et la hiérarchie des vies humaines. Pour Francesca Albanese, seule une refondation du multilatéralisme, fondée sur la justice et la responsabilité, pourra empêcher que le « crime collectif de Gaza » ne se répète ailleurs.

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