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Un antiviral universel contre tous les virus ?

Par Dr Imad BOUARISSA-- depuis 4 heures 0

Une avancée majeure en immunogénétique, encore au stade expérimental

Imaginer un hiver sans grippe. Voyager sans redouter la dengue ou Ebola. L’hypothèse paraît audacieuse. Pourtant, des chercheurs américains travaillent sur un antiviral à large spectre capable de bloquer un grand nombre de virus connus.

Les premiers résultats, publiés en 2025 dans la revue Science Translational Medicine, sont prometteurs. Mais la prudence reste indispensable.

 

À l’origine : une mutation génétique rare

Tout commence avec les travaux du Pr Dusan Bogunovic, immunogénéticien à l’Université Columbia.

En étudiant des patients porteurs d’une mutation rare affectant la protéine ISG15, son équipe a observé un phénomène inattendu. Ces individus présentaient une résistance remarquable aux infections virales.

Leur système immunitaire semblait maintenu dans un état d’alerte permanent. Une sorte de veille antivirale continue, empêchant les virus de s’installer durablement dans l’organisme.

L’idée a alors émergé : reproduire artificiellement cet état protecteur.

Un spray nasal pour activer la défense antivirale

Les chercheurs ont développé un médicament administré par voie nasale. Son objectif n’est pas de cibler un virus précis, mais d’activer un programme de défense cellulaire.

Concrètement, le traitement stimulerait la production d’un ensemble d’environ dix protéines antivirales capables de bloquer l’entrée et la réplication des virus dans les cellules.

Contrairement aux antiviraux classiques, comme le Tamiflu, qui visent un agent spécifique, cette approche repose sur une stratégie dite « à large spectre ».

Des résultats précliniques impressionnants

En laboratoire et chez l’animal, le traitement s’est montré actif contre 100 % des virus testés.

Parmi eux :

  • Virus respiratoires : grippe A et B, SARS-CoV-2 (Covid-19)
  • Virus tropicaux : Zika, dengue, chikungunya
  • Virus hautement pathogènes : Ebola, virus de Marburg
  • Virus responsables de maladies infantiles : rougeole, oreillons, varicelle

Ces résultats suggèrent un potentiel inédit en virologie thérapeutique.

Cependant, il s’agit de données précliniques. Aucune efficacité chez l’être humain n’est encore démontrée.

Un changement de paradigme thérapeutique

Si les essais cliniques confirment ces données, ce médicament pourrait représenter pour les virus ce que les antibiotiques ont représenté pour les bactéries : un outil transversal, utilisable contre de multiples agents infectieux.

L’objectif ne serait pas nécessairement d’éliminer tous les virus, mais de réduire la charge virale, limiter les symptômes et prévenir les formes graves.

Des défis scientifiques majeurs

La principale question concerne la sécurité. Stimuler durablement le système immunitaire comporte des risques :

  • Réactions inflammatoires excessives
  • Déséquilibres immunitaires
  • Atteinte potentielle aux cellules de l’hôte

Un antiviral universel agit sur des mécanismes cellulaires parfois partagés entre virus et organisme humain. Le risque d’effets indésirables doit être rigoureusement évalué.

C’est précisément le rôle des essais cliniques.

Quand pourrait-il être disponible ?

Les premiers essais chez l’humain sont annoncés autour de 2027–2028.

En Europe, une éventuelle commercialisation nécessiterait l’autorisation de l’Agence européenne des médicaments, après démonstration de l’efficacité et de la sécurité.

Dans un scénario optimiste, une mise à disposition pourrait intervenir dans un délai de 5 à 10 ans. Mais plusieurs obstacles subsistent.

Un coût colossal

Le développement d’un médicament innovant dépasse fréquemment le milliard de dollars.

Dans le cas d’un antiviral universel, le défi est amplifié. Chaque virus devrait être étudié dans des protocoles spécifiques. Les essais cliniques seraient complexes et extrêmement coûteux.

Sans financement public massif et coordination internationale, le projet pourrait rester au stade expérimental.

Prudence et espoir

La perspective d’un traitement capable de neutraliser de multiples virus est séduisante. Elle répond à une réalité : les pandémies et émergences virales sont appelées à se multiplier.

Mais l’histoire de la médecine montre qu’entre une découverte en laboratoire et un médicament disponible en pharmacie, le chemin est long.

  • Validation scientifique.
  • Sécurité.
  • Réglementation.

À ce stade, il s’agit d’une avancée majeure en recherche translationnelle. Pas encore d’un traitement disponible.

En résumé

  • Des chercheurs ont mis au point un antiviral expérimental à large spectre.
  • Les résultats précliniques montrent une efficacité contre de nombreux virus.
  • Les essais humains ne débuteront pas avant 2027–2028.
  • La sécurité et le financement représentent les principaux défis.

L’idée d’un médicament universel contre les virus n’appartient plus à la science-fiction. Elle entre dans le champ du possible scientifique. Mais la rigueur clinique déterminera si cette promesse deviendra réalité.

 

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