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ALGÉRIE/POLITIQUE : ARRESTATION DU DIRECTEUR DE LA CHAÎNE ECHOUROUK ALI FOUDIL

Par AD BOUARISSA-- 29-Mar-2019 195

ALGÉRIE/POLITIQUE : ARRESTATION DU DIRECTEUR DE LA CHAÎNE ECHOUROUK ALI FOUDIL

‘’Indignations populaires’’

 

Au-delà des raisons qui ont motivé ces interpellations, c’est le mode opératoire qui a outré le SNJ (syndicat national des journalistes) et choqué ceux qui ont pris connaissance des circonstances de l’arrestation du PDG de la chaine de télévision privée Ali Foudil. Le PDG et  journaliste qui a dénoncé de présumés actes de corruption par un groupe de personnes de l’entourage du Président Bouteflika, a été interpellé, dans la matinée du jeudi 28 mars devant son domicile, et conduit vers des locaux des services de renseignements relevant du centre Antar à Alger.

Dans un communiqué rendu public et largement partagé sur les réseaux sociaux, le groupe Echourouk,  avait dénoncé “un enlèvement, un kidnapping et une arrestation hors la loi”, et avait demandé « la libération immédiate d’Ali Foudil qui sortait de sa maison  pour se rendre à son bureau, a été appréhendé par une demi-douzaine d’éléments en civil et embarqué dans une voiture banalisée de ‘’, indique la chaîne, en rapportant que la veille, le compte facebook et email d’Ali Foudil ont été piratés.

« On se demande qui a kidnappé Ali Foudil », dira M. Ali Draa, conseillé du DG d’Echourouk « Si Ali Foudil a commis une faute, il y a la justice », ajoute-t-il. « Comment savoir si c’est la police, la gendarmerie ou  les service de la présidence (frère de Bouteflika) ou une bande de mafia organisée ?” s’est inquiété un collectif d’avocats et  d’hommes de loi.

Dans l’après-midi, le procureur général a ordonné la libération d’Ali Foudil. Dans un communiqué, il affirme qu’aucune procédure n’a été mise en œuvre contre l’intéressé. Le procureur général près de la Cour d’Alger porte à la connaissance de l’opinion publique qu’aucune procédure n’a été mise en œuvre contre l’intéressé qui puisse justifier son arrestation », précise le communiqué qui souligne que le procureur s’était « saisi des faits ».

« Un des services relavant de la police judiciaire confirme l’avoir arrêté pour des motifs d’enquête préliminaire qui a été déclenchée sans avis préalable du Parquet compétent tel que l’exige le Code de procédure pénale. Cette procédure n’étant pas justifiée au regard de la loi, le procureur général a ordonné la libération immédiate du sus-cité, tout en ordonnant l’ouverture d’une enquête sur ces faits », ajoute le communiqué.

A sa libération, Ali Foudil, PDG du groupe Echorouk, a tenu à faire remarquer dans une brève intervention, avoir été interpellé par les services de renseignements relevant du centre Antar à Alger en raison de ses propos sur Saïd Bouteflika, conseiller du président de la République.

« Ce jeudi matin, vers 10h, je me dirigeais vers le siège du groupe Echorouk, à Jolie Vue. En cours de route, trois véhicules banalisés ont braqué ma voiture à la manière hollywoodienne, sur l’autoroute entre Ben Aknoun et Dar El Beida, au niveau de la bretelle menant à Kouba. Des hommes armés, en civil, m’ont demandé de descendre de ma voiture. J’ai refusé. Ils m’ont dit alors qu’ils sont des agents des services secrets du centre Antar qui dépend du général Bachir Tartag. Ils m’ont expliqué que je devais les suivre pour une enquête. Ils m’ont mis les menottes pour m’installer dans un autre véhicule. Ils m’ont assuré qu’ils se chargent de ma voiture. Au niveau du Centre Antar, j’ai été bien accueilli. Ce n’était pas un interrogatoire, mais une discussion qui a duré plus d’une heure dans le respect. J’ai été libéré ensuite après l’élan de solidarité autour de ma personne. L’affaire a pris une ampleur internationale », a-t-il détaillé.

Durant l’échange avec les officiers de l’ex-DRS, des questions ont été posées sur l’intervention du PDG d’Echorouk, cette semaine, sur Said Bouteflika. Ils l’ont également interrogé sur un sujet, diffusé mercredi soir par Echorouk News, sur plusieurs hommes d’affaires dont Ali Haddad, Réda Kouninef et Mahieddine Tahkout qui auraient bénéficié de nombreux crédits bancaires de banques publiques sans les rembourser.

« Ils m’ont dit que nous étions en train d’attiser le feu dans le pays. J’ai maintenu mes propos sur Saïd Bouteflika. À l’antenne, j’ai dit que cet homme se comportait d’une manière illégale et anticonstitionnelle et décide comme s’il était le véritable chef de l’État alors qu’il n’a pas cette qualité. Ceux qui m’ont interrogé doivent théoriquement obéir au code et au droit militaire. Ils dépendent du ministère de la Défense nationale. Le chef d’état-major de l’armée, le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah est intervenu et il a dit que cette affaire est illégale puisqu’aucune plainte n’a été déposée par une juridiction clairement identifiée. Cela est un bon signe et prouve que l’institution militaire entend, par cette manière d’agir, construire une société civile », a ajouté Ali Foudil.

Il annonce vouloir déposer plainte contre « la partie » qui a ordonné son interpellation. « Ce qui est sûr, c’est que nous n’allons pas faire marche arrière dans notre dénonciation de la corruption. Nous allons continuer à faire notre travail. Ce qui m’est arrivé nous donne plus de détermination. Nous mesurons parfaitement la nécessité de sauvegarder les intérêts supérieurs de l’État et nous sommes conscients des spécificités et la sensibilité de la période actuelle. Personne ne peut nous donner des leçons de patriotisme. Lutter contre la corruption est un devoir patriotique. Nous ne devons pas nous taire lorsqu’on voit que notre pays est en train de s’effondrer à cause de leurs pratiques », conclut Ali Foudil en remerciant Gaid Salah qui a intervenu pour sa libération.

Pour de nombreux internautes et les centaines de citoyens qui se sont déplacés devant la chaîne, cette opération, menée par la PJ ?,  est une mise en garde et une intimidation à quelques heures de l’acte VI (vendredi 29 mars).

« Est-ce que c’est de cette manière que les autorités préparent la transition ? En arrêtant les journalistes ? », s’interrogent les citoyens qui sont venus en nombre pour soutenir la chaîne et Ali Foudil. Selon eux, cette interpellation est une « grave atteinte » à la liberté de l’information. Ils demandent d’arrêter les intimidations envers les journalistes et correspondant de presse.  « Mais, je tiens à rappeler à ces mafieux que depuis le 22 février,  Echourouk appartient au peuple », dira un des citoyens qui s’est déplacé de Bordj Bou Arreridj.

Notons qu’un collectif d’avocats s’est engagé volontairement à défendre Ali Foudil et toutes les personnes arrêtées par le système.

Reporters sans frontières (RSF) dénonce ces atteintes à la liberté d’informer et appelle les autorités à cesser toute entrave au travail de la presse. Et rappelle que l’Algérie est à la 136e place sur 180au classement mondial de la liberté de la Presse 2018 de RSF

Depuis que des manifestations ont éclaté dans le pays pour protester contre la candidature à un 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika, Reporters sans frontières (RSF) a recensé un nombre inquiétant de violences à l’égard de la presse : interpellations, agressions, interdiction de couvrir, confiscation de matériel, pressions sur les médias publics et ralentissement du réseau internet…

Depuis le 22 février 2019, les autorités algériennes mettent tout en œuvre pour museler les journalistes et les médias qui veulent témoigner des grandes manifestations qui secouent le pays pour protester contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un 5ème mandat lors de la présidentielle du 18 avril prochain. Plusieurs journalistes ont été empêchés de couvrir, voire pour certains, ont été violemment agressés par les agents de police. Des journalistes, qui préfèrent garder l’anonymat craignant pour leur sécurité, ont été interpellés dans le centre ville d’Alger et se sont vu confisquer leur matériel. Face à la pression des forces de l’ordre, d’autres ont dû supprimer leurs photos.  Plusieurs autres journalistes ont également été arrêtés pendant plusieurs heures avant d’être relâchés.

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