Jeudi 1er mai, plus d’un millier de personnes se sont rassemblées place de la République à Paris pour rendre hommage à Aboubakar Cissé, jeune Malien de 22 ans assassiné à coups de couteau dans une mosquée de La Grand-Combe (Gard). Ce rassemblement, profondément émouvant, a été marqué par la colère, l’incompréhension et la dénonciation d’un climat islamophobe grandissant en France.
Alors qu’il était en prière, Aboubakar a été poignardé à de multiples reprises dans un lieu de culte. Pour sa famille et les manifestants, aucun doute ne subsiste : il s’agit d’un acte terroriste motivé par la haine religieuse.
« Il a été tué parce qu’il était musulman », martèle un manifestant. D’autres témoignages rapportent que l’agresseur aurait proféré des insultes à caractère religieux, confirmant la motivation islamophobe de l’attaque.
Le frère de la victime, Yoro Cissé, a annoncé avoir porté plainte avec constitution de partie civile pour acte de terrorisme. Il réclame que la justice reconnaisse officiellement le caractère islamophobe du meurtre, et dénonce l’inaction initiale des autorités : « Ce qu’on veut, c’est que l’État dise clairement qu’il a été tué parce qu’il était musulman. Le perdre comme ça, dans un lieu de paix, c’est insupportable. »
Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, est vivement critiqué pour son absence prolongée après le drame. Pour Ali Doucouré, du Conseil de la diaspora malienne, ce silence contraste avec la réactivité observée lors d’autres tragédies : « Quand la victime est issue d’une autre communauté, les politiques se déplacent immédiatement. Là, il a fallu attendre 48 heures. Et il aurait fallu que ce soit la famille elle-même qui l’invite ? Ce n’est pas acceptable. »
Parmi les manifestants, de nombreux musulmans ont exprimé un sentiment de peur et de relégation. Fatima, venue du Val-de-Marne, confie avoir été agressée et discriminée pour le simple fait de porter un foulard. « On est pointées du doigt dans les hôpitaux, dans la rue. J’ai été refusée à l’hôpital juste à cause de mon foulard. Il y a un climat de terreur, et ça doit cesser », alerte-t-elle.
Les proches d’Aboubakar et les membres de la communauté appellent désormais le gouvernement à prendre des mesures concrètes contre la montée de la haine antimusulmane. Pour beaucoup, le refus de nommer cette violence pour ce qu’elle est – du terrorisme islamophobe – alimente l’impunité et l’indifférence.
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