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Flottille de la Liberté pour Gaza : affrontement verbal à l’Assemblée, Bayrou parle une « instrumentalisation » et Mathilde Panot l’accuse de reprendre « les éléments de langage de Netanyahou »

Par Salim BENLEFKI-- 11-Juin-2025 0

Échange tendu à l’Assemblée nationale entre Mathilde Panot et François Bayrou sur la situation à Gaza et la détention de Français arrêtés par Israël.

L’interpellation de Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise (LFI), mercredi 11 juin à l’Assemblée nationale, a donné lieu à un vif échange avec le Premier ministre François Bayrou. Au cœur du débat : la situation humanitaire dramatique à Gaza et l’arraisonnement du voilier Madleen appartenant à la Flottille de la Liberté.

« Où est la France ? »

Prenant la parole, Mathilde Panot a directement mis en cause l’inaction du gouvernement face à la détention de quatre citoyens français, dont l’eurodéputée Rima Hassan, arrêtés après l’interception du Madleen par l’armée israélienne dans les eaux internationales, dans la nuit du 8 au 9 juin.

« Où êtes-vous ? Où est la France ? » a-t-elle lancé avec force. « Mourir de faim ou mourir d’une balle ? Avez-vous vu les images insoutenables des Palestiniens abattus par l’armée israélienne alors qu’ils venaient juste chercher de l’aide alimentaire ? » a-t-elle poursuivi.

Rendant hommage aux membres de la flottille, elle a déclaré : « Ils ont fait plus en dix jours que vous en vingt mois. » Elle a également salué l’action des dockers de Marseille, qui ont bloqué des cargaisons d’armes à destination d’Israël, les qualifiant d’acte d’honneur pour la France.

Mathilde Panot a accusé le gouvernement de manquer « à tous [ses] devoirs, légalement, moralement, diplomatiquement », et de rester muet alors qu’un « État dirigé par un homme sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale » détient des ressortissants français. Elle a exigé la convocation immédiate de l’ambassadeur israélien afin d’obtenir « leur libération immédiate et inconditionnelle ».

Bayrou dénonce une « instrumentalisation »

En réponse, François Bayrou a reconnu la gravité de la situation humanitaire à Gaza : « Ce qui se passe aujourd’hui à Gaza est inacceptable, intolérable et une souffrance, y compris pour ceux qui ont toujours défendu l’existence d’Israël ». Il a rappelé que « la France est un des premiers États à avoir dénoncé cette situation » et qu’elle « travaille à une réponse effective » en vue d’une solution à deux États.

Mais selon le Premier ministre, on ne peut pas parler de Gaza « sans parler du 7 octobre », en référence à l’attaque lancée par le Hamas : « Ceux qui ont lancé l’assaut du 7 octobre voulaient obtenir la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. La vraie cible du Hamas, c’était la possibilité de faire un jour la paix entre Israël et les Palestiniens. »

S’agissant de la Flottille de la Liberté, il a mis en garde : « Ces militants ont obtenu les faits qu’ils voulaient obtenir, mais c’est une instrumentalisation à laquelle nous ne devons pas nous prêter. » François Bayrou a défendu la voie diplomatique comme « la seule solution possible et la seule digne ».

Mathilde Panot accuse le Premier ministre de reprendre « les éléments de langage de Netanyahou »

Mathilde Panot a aussitôt répliqué avec virulence : « Monsieur le Premier ministre, vous reprenez les éléments de langage de Netanyahou ». Elle a souligné que le gouvernement français, malgré la détention illégale de ses ressortissants, n’avait prononcé aucune condamnation claire, à la différence d’autres pays européens comme l’Espagne.

François Bayrou a rejeté cette accusation : « Je ne reprends aucun élément de langage de qui que ce soit. Je prends le seul élément de langage qui nous réunit, c’est-à-dire le regard des Français sur une situation inacceptable, mais instrumentalisée. »

L’échange a provoqué de vives réactions sur les bancs de l’hémicycle, entre applaudissements et huées, illustrant la fracture profonde qui divise la classe politique française sur la question du Proche-Orient.

Une situation humanitaire catastrophique à Gaza

Depuis la reprise des hostilités le 18 mars 2025, les attaques israéliennes ont causé près de 5 000 morts supplémentaires parmi les Palestiniens. Le bilan total à Gaza dépasse désormais les 55 000 morts depuis le début du conflit en octobre 2023, déclenché après l’attaque du Hamas. La majorité des victimes sont des civils, principalement des femmes et des enfants.

Malgré les annonces de cessez-le-feu, les violences persistent, aggravant une situation humanitaire déjà désastreuse. Le 26 janvier 2024, la Cour internationale de Justice (CIJ) avait pourtant ordonné à Israël de prévenir tout acte de génocide à Gaza et de laisser passer l’aide humanitaire.

De son côté, la Cour pénale internationale (CPI) a émis le 21 novembre 2024 plusieurs mandats d’arrêt contre des responsables israéliens, dont le Premier ministre Benyamin Netanyahou, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Depuis le 2 mars, Israël bloque l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, invoquant des raisons de sécurité. Quelques livraisons limitées ont été autorisées, largement insuffisantes selon les ONG. Médecins du Monde, Oxfam et le Norwegian Refugee Council dénoncent un « effondrement total » de l’aide humanitaire et parlent de « l’un des pires échecs humanitaires de notre génération ». Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a réaffirmé qu’« aucune aide humanitaire n’entrera à Gaza ».

Déclaration de Mathilde Panot (LFI) après l’échange tendu avec François Bayrou

Dans un climat de tension croissante autour de la détention de ressortissants français en Israël, Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire LFI, s’est exprimée d’un ton grave et mesuré, dénonçant l’inaction des autorités françaises et le positionnement du gouvernement face à Tel-Aviv.

Dès l’entame, la députée a placé Emmanuel Macron face à ses responsabilités, exigeant d’être reçue sans délai pour évoquer le sort de plusieurs citoyens français détenus depuis plusieurs jours par l’État hébreu. Elle a, dans le même mouvement, déploré l’attitude du Premier ministre, accusé de reprendre sans distance critique la version des faits avancée par Benjamin Netanyahou.

« Lorsqu’on est à la tête d’un gouvernement et que des compatriotes sont retenus à l’étranger, on ne peut se contenter de reprendre la propagande d’un gouvernement d’extrême droite, celui de Netanyahou, qui fait aujourd’hui l’objet d’un mandat d’arrêt international. C’est indigne de la fonction de Premier ministre. La mission première d’un chef de gouvernement, c’est de tout mettre en œuvre pour la libération immédiate de ses ressortissants, dont une parlementaire française détenue de façon manifestement illégale », a déclaré la députée.

Un silence officiel glaçant en France

Mathilde Panot a souligné la gravité de la situation : huit personnes, parmi lesquelles une députée européenne française et un journaliste, ont été arrêtées par Israël dans des conditions qu’elle qualifie de contraires au droit international. Les arrestations ont eu lieu en pleine mer, dans des eaux internationales où Israël n’a aucune compétence juridique, rappelle-t-elle. Pourtant, selon la députée, les autorités israéliennes tentent d’imposer aux détenus la signature de faux aveux, les contraignant à reconnaître une supposée entrée illégale sur le territoire israélien — une démarche visant à légitimer de facto l’annexion de Gaza et de ses eaux.

Alors que des mobilisations se multiplient à travers le monde pour exiger leur libération, le silence du gouvernement français choque l’élue insoumise. « Jamais, jusqu’ici, une députée européenne française n’avait été arrêtée par un État étranger sans qu’aucune condamnation officielle n’ait été exprimée par la France. Pas même une convocation de l’ambassadeur israélien, comme l’a fait l’Espagne. »

Un enjeu de souveraineté et de droit international

Au-delà de l’indignation immédiate, Mathilde Panot replace la situation dans le cadre plus large de la guerre menée à Gaza depuis octobre 2023. Selon elle, la Flottille de la Liberté, arraisonnée alors qu’elle acheminait une aide humanitaire vitale vers Gaza, a permis en dix jours ce que les gouvernements occidentaux n’ont pas su réaliser en vingt mois de siège et de bombardements : faire parvenir de l’aide sans arme, et dans le respect du droit international.

« Nous exigeons désormais leur retour immédiat. L’honneur de la France est en jeu. Il est urgent non seulement de faire libérer nos compatriotes, mais aussi de prendre enfin des sanctions concrètes contre le gouvernement Netanyahou », a-t-elle conclu.

Un appel à la mobilisation citoyenne

Interrogée par la presse, la députée n’a pas caché sa colère face à l’attentisme des autorités françaises : « Depuis trois jours, aucune parole de condamnation n’a été prononcée par le président de la République ou par le gouvernement. La seule réaction officielle a visé… les dizaines de milliers de courriels de soutien envoyés à la Flottille de la Liberté. »

Elle dénonce également la prudence embarrassée du gouvernement français, qui déclare attendre des “expertises juridiques” pour statuer sur la légalité des arrestations. Pour la députée, les faits sont pourtant limpides : l’opération israélienne a violé le droit international en intervenant dans les eaux internationales.

La présidente du groupe LFI annonce maintenir la pression, appelant à de nouvelles mobilisations à Paris et ailleurs. « Nous ne cesserons pas tant que l’ensemble de l’équipage ne sera pas libéré et tant que le massacre à Gaza ne prendra pas fin. »

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