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Rima Hassan et cinq militants de la Flottille pour Gaza expulsés : le prix de la solidarité sous l’arbitraire israélien

Par Salim BENLEFKI.-- 12-Juin-2025 0

Après plus de 72 heures de détention arbitraire en Israël, six militants internationaux, parmi lesquels l’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan, sont désormais en route pour l’aéroport de Tel-Aviv en vue de leur expulsion. Arrêtés en mer Méditerranée par l’armée israélienne lors de l’interception du voilier Madleen dans les eaux internationales, leur expulsion illustre une fois de plus la criminalisation systématique des actes de solidarité avec Gaza.

L’ONG  Adalah, qui défend juridiquement les militants, rappelle l’illégalité flagrante de l’interception du navire dans les eaux internationales, une violation manifeste du droit maritime. Parmi les expulsés figurent, outre Rima Hassan, un autre citoyen français, ainsi que des ressortissants d’Allemagne, de Turquie, des Pays-Bas et du Brésil.

Conditions de détention indignes et intimidations ciblées

Durant ces trois jours de détention, les militants ont été confrontés à des traitements dégradants. L’avocate Hadeel Abu Saleh, qui a pu rencontrer Rima Hassan, dénonce des conditions de détention qui relèvent de la maltraitance. Transférée à la prison pour femmes de Neve Tirza, Rima Hassan a été placée à l’isolement dans une cellule insalubre : absence de fenêtre, cafards, mégots au sol, eaux usées sous le lit. Privée de douche, de nourriture adéquate et même de promenade, la militante a envisagé de débuter une grève de la faim pour dénoncer son traitement.

Mais au-delà des conditions matérielles, c’est surtout la violence psychologique qui frappe. Selon son avocate, les interrogatoires ont été menés dans un climat d’humiliation : moqueries, insultes visant ses convictions politiques, refus de traduction lors de son audition en hébreu. Une stratégie claire d’intimidation pour briser l’image de résistance qu’incarne Rima Hassan, devenue une figure montante du combat pour les droits des Palestiniens au sein des institutions européennes.

Pressions diplomatiques et cynisme judiciaire

Le transfert successif de la prison de Givon à Neve Tirza, puis de retour à Givon, témoigne d’un flottement dans la gestion de cette détention hautement politique. Si l’intervention de l’ambassade de France a permis de limiter les abus, les autorités israéliennes ont néanmoins conservé le contrôle total du processus d’expulsion, transformant l’affaire en outil de communication politique interne.

En réalité, la présence de Rima Hassan et des militants de la Flottille pour Gaza dérangeait. En interceptant le Madleen, Israël envoie un message clair : toute tentative de briser le blocus de Gaza ou de dénoncer publiquement les crimes de guerre perpétrés dans l’enclave sera sanctionnée sans ménagement, y compris lorsqu’elle émane de représentants officiels étrangers.

Israël étend la criminalisation de la solidarité

L’arrestation de la Flottille pour Gaza s’inscrit dans une stratégie plus large. Depuis le début du siège de Gaza, les autorités israéliennes criminalisent de façon systématique les initiatives internationales qui visent à contourner le blocus ou à acheminer de l’aide humanitaire indépendante. Les précédentes Flottilles, les convois terrestres comme la récente Caravane de la Résilience, ou encore les initiatives de journalistes, font tous face à la même logique d’obstruction violente.

En frappant une eurodéputée, Israël prend aussi le risque de transformer cette affaire en crise diplomatique. Mais le gouvernement de Benjamin Netanyahou parie sur l’absence de réelles sanctions de la part de ses partenaires occidentaux, qui se bornent à de timides déclarations. Jusqu’à présent, ni l’Union Européenne, ni la France n’ont exigé d’enquête internationale ou dénoncé publiquement la violation du droit international commise lors de cette opération en mer.

L’impunité au cœur du dispositif israélien

Au fond, cette expulsion s’ajoute à une longue liste d’actes qui démontrent l’impunité dont bénéficie Israël sur la scène internationale. Le contrôle absolu de la narration, l’usage cynique de la législation antiterroriste, et la pression permanente sur les défenseurs des droits humains, qu’ils soient palestiniens ou internationaux, participent à verrouiller tout débat démocratique sur le drame en cours à Gaza.

Rima Hassan, en choisissant de participer à la Flottille pour Gaza, savait qu’elle braverait cette machine répressive. Son expulsion, au-delà de la sanction individuelle, constitue un avertissement global adressé à tous ceux qui, aujourd’hui, osent encore dénoncer les crimes en cours dans l’enclave palestinienne.

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