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La Marche mondiale vers Gaza sous pression : le verrouillage sécuritaire égypto-israélien face à la solidarité internationale

Par S.B.-- 12-Juin-2025 0

Alors que des milliers de militants venus du monde entier convergent vers l’Égypte pour participer à la « Marche mondiale vers Gaza », l’opération humanitaire et symbolique se heurte déjà à un front répressif coordonné. Objectif des participants : franchir à pied le désert du Sinaï pour atteindre le terminal de Rafah et dénoncer l’étouffement méthodique de Gaza, enclave soumise à un blocus israélien asphyxiant depuis plus de 17 ans.

Un mouvement sous haute tension

Annoncée depuis plusieurs semaines, la mobilisation a réuni près de 3 000 participants issus de 52 pays, rassemblant une diversité d’acteurs : militants des droits humains, personnalités politiques, figures sportives comme Karim Benzema, ou encore l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin. Tous entendent briser symboliquement le silence international face à ce qu’ils qualifient de « génocide en cours » contre les Palestiniens de Gaza, soumis à des bombardements intensifs et à un blocus humanitaire sévèrement resserré depuis octobre 2023.

Le plan initial prévoit un déplacement en bus du Caire vers El-Arich, dans le Nord-Sinaï, puis une marche de 50 kilomètres jusqu’au terminal frontalier de Rafah, point stratégique aujourd’hui hermétiquement contrôlé.

Répression préventive des autorités égyptiennes

Mais bien avant le coup d’envoi officiel, la machine sécuritaire s’est mise en branle. Jeudi, plusieurs dizaines de militants ont été interpellés par les forces de sécurité égyptiennes, certains d’entre eux déjà expulsés du territoire. Sous couvert de « maintien de l’ordre », le régime d’Abdel Fattah al-Sissi, fidèle partenaire sécuritaire d’Israël, joue une fois encore le rôle de verrou régional pour empêcher toute remise en cause du statu quo autour du blocus de Gaza.

Les arrestations préventives visent à désamorcer une action qui, si elle devait attirer l’attention internationale, pourrait remettre en lumière le rôle actif de l’Égypte dans l’encerclement de Gaza et son alignement croissant sur les priorités sécuritaires israéliennes et américaines.

Rafah, verrou humanitaire et enjeu géopolitique

La marche vise également à dénoncer l’impasse humanitaire dramatique autour de Rafah. Depuis l’offensive israélienne sur cette ville-frontière, l’accès à l’aide est devenu quasi nul. Les convois humanitaires, suspendus ou filtrés, peinent à acheminer vivres et soins à la population de Gaza, où la famine progresse. Malgré les engagements pris sous pression internationale, ni Israël ni l’Égypte ne permettent une véritable ouverture du terminal.

Le blocage de la « Marche mondiale vers Gaza » illustre l’étroite coopération militaire et sécuritaire entre Le Caire et Tel-Aviv, scellée sous l’égide de Washington, qui voit dans la stabilité autoritaire de l’Égypte un rempart contre toute dynamique régionale de contestation du siège de Gaza.

Silence occidental et diplomatie complice

Alors que cette mobilisation internationale pourrait constituer une puissante tribune contre le blocus, les capitales occidentales restent d’un silence assourdissant. Aucune protestation officielle n’a été adressée aux autorités égyptiennes concernant l’arrestation ou l’expulsion de ressortissants européens ou nord-américains. Comme lors de l’interception des flottilles pour Gaza en haute mer, l’Europe observe sans réagir l’étranglement progressif de la solidarité avec les Palestiniens.

Un test politique sur fond de crimes de guerre persistants

Dans le contexte de la guerre menée par Israël à Gaza depuis plus de huit mois, la répression de cette marche intervient comme un révélateur des rapports de force régionaux et internationaux. Tandis que la Cour internationale de Justice et la Cour pénale internationale investiguent sur de possibles crimes de guerre et de génocide, les alliés régionaux d’Israël participent activement au verrouillage du siège. En ciblant des citoyens étrangers, Le Caire montre que la solidarité internationale elle-même devient une cible.

Les organisateurs espèrent encore maintenir le départ prévu ce vendredi 13 juin, mais le bras de fer sécuritaire engagé semble bien illustrer la nouvelle règle du jeu au Proche-Orient : la solidarité avec Gaza devient un acte de désobéissance globale, réprimé autant à Jérusalem qu’au Caire.

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