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Zoubir, militant franco-algérien en route pour Gaza : récit d’un périple sous haute surveillance

Par Salim BENLEFKI.-- 13-Juin-2025 0

En ce mois de juin, la Global March to Gaza devait rassembler plus de 4000 militants, venus de 50 pays, pour une marche pacifique à travers l’Égypte. Parmi eux, Zoubir Saïdi, franco-algérien d’Allès (France), s’est envolé au Caire accompagné de centaines d’autres activistes, déterminés à dénoncer la situation humanitaire dramatique dans l’enclave palestinienne.

« Le message est simple : de la nourriture pour Gaza », « Arrêtez le génocide », résume Zoubir. Dans ses bagages, une volonté intacte de rejoindre pacifiquement la frontière égyptienne de Rafah, et un espoir : ‘’exercer une pression internationale pour l’ouverture des passages humanitaires’’.

Des préparatifs minutieux mais sous tension

Depuis des mois, les organisateurs ont minutieusement coordonné cette mobilisation transnationale via des groupes sécurisés sur WhatsApp et Telegram. Les participants ont multiplié les démarches administratives auprès de leurs ambassades et des autorités égyptiennes afin d’obtenir les autorisations de déplacement nécessaires dans le Sinaï, région ultra-sensible pour la sécurité nationale égyptienne.

À l’aéroport du Caire, l’engrenage sécuritaire se referme

Mais à peine atterris sur le sol égyptien, le scénario bascule. « Dès la sortie de l’avion, nous avons été interceptés », témoigne Zoubir. « Les services de renseignements sont partout. Passeports confisqués, fouilles des valises, interrogatoires sans fin… Certains militants ont été détenus pendant des heures sans explication. »

Au fil des jours, la liste des interpellations s’allonge. Selon Cathy Le Scolan, porte-parole de la délégation française, au moins 200 militants ont été arrêtés ou expulsés dès leur arrivée :

  • 20 délégués français interrogés et retenus
  • 20 militants espagnols détenus
  • 25 Néerlandais détenus, 20 autres expulsés
  • 10 Norvégiens renvoyés immédiatement
  • Plusieurs militants suisses, turcs, algériens, marocains, tunisiens également bloqués

Arrestations massives et expulsions ciblées

Les autorités égyptiennes ont procédé à des contrôles ciblés dès les aéroports et dans les hôtels. Certains activistes, parfois détenteurs de passeports européens, ont été expulsés dès leur arrivée sans justification officielle.

La pression diplomatique monte

Face à cette vague d’interpellations, les chancelleries européennes tentent de désamorcer la crise. Le Quai d’Orsay assure être en « contact permanent » avec les autorités égyptiennes pour obtenir des clarifications et garantir la protection consulaire de ses ressortissants.

Mais pour Le Caire, la ligne rouge est claire : « Toute délégation étrangère pro-palestinienne doit obtenir une autorisation préalable pour circuler dans les zones sensibles frontalières », a rappelé le ministère égyptien des Affaires étrangères.

Des arrestations musclées et un climat de tension

Sur place, les récits de violences policières et d’intimidations se multiplient. Ils nous ont traités comme des animaux, témoignent plusieurs marcheurs dont des européens.

‘’On était entassés comme des animaux’’.

Un traitement inhumain dès l’arrivée

À peine arrivés à l’aéroport du Caire, près de 70 militants venus participer à la Marche mondiale pour Gaza se retrouvent brutalement arrêtés. Leurs passeports et téléphones sont immédiatement confisqués. Entassés dans une pièce exiguë de quelques mètres carrés, sans eau ni nourriture, ils sont contraints de patienter des heures. « On était entassés comme des animaux, ils nous ont traités comme des animaux », dénonce l’une des militantes françaises refoulées.

Des conditions de détention dégradantes

Dans cette salle surpeuplée, à peine quelques lits superposés permettent de s’allonger. Les détenus partagent tous le même point commun : leur participation annoncée à la marche en soutien à Gaza. Pourtant, aucune explication officielle ne leur est donnée. Les autorités égyptiennes restent silencieuses sur les raisons de ces interpellations.

Des agents de sécurité viennent par intermittence sélectionner des militants pour les expulser. « C’était chaotique. Les officiers entraient au compte-goutte, parfois violents. On nous expulsait les uns après les autres sans motif », raconte un militant algérien, lui aussi expulsé après plusieurs heures de rétention arbitraire.

Arrestations brutales et intimidations

Hichem Al Ghaoui, coordinateur du collectif, décrit des « arrestations brutales, des menaces et des expulsions inattendues ». Certains militants sont menottés, d’autres s’évanouissent sous l’effet du stress, de la chaleur et des conditions de détention insupportables.

Poursuite risquée vers Rafah

Malgré la répression, certains militants tentent toujours de rejoindre la frontière de Rafah. Mais les autorités égyptiennes verrouillent étroitement l’accès au Sinaï. Mercredi, une tentative de rassemblement sur la place Talaat al-Harb, au Caire, est immédiatement dispersée par un imposant dispositif policier.

Le lendemain, des activistes parviennent un temps à déjouer les contrôles en utilisant des taxis clandestins pour contourner les barrages policiers. Mais à mi-chemin, sur l’autoroute, leurs convois sont stoppés par les forces de sécurité. « Au deuxième check-point, nos passeports ont été saisis. Sous une chaleur écrasante, nous étions de plus en plus nombreux à attendre, mais rien de comparable à ce que subissent les Gazaouis », témoigne un militant.

Aucune justification des arrestations

Les heures s’enchaînent, toujours sans explication. « On ignorait toujours pourquoi on était détenus. C’était purement arbitraire. On nous a punis parce que nous voulions marcher pour Gaza, alors même que la marche n’avait pas encore commencé. Toute tentative de résistance était réprimée par la violence », explique un autre participant.

Provocations et agressions sous tension

L’après-midi, la tension franchit un nouveau seuil critique. Des baltaguias — milices informelles souvent utilisées pour disperser violemment les rassemblements — sont déployés au cœur des manifestants. Vêtus de djellabas, certains armés de fouets, d’autres de bouteilles d’eau qu’ils utilisent pour frapper ou intimider, ces hommes s’infiltrent progressivement dans la foule.

Les militants visés sont majoritairement des étrangers, souvent démunis face aux méthodes répressives locales et peu familiers de la langue arabe ou des codes sécuritaires égyptiens. « Ils nous ont violemment repoussés hors du groupe », rapporte un manifestant français, encore sous le choc.

Arrestations musclées et brutalités policières

Selon plusieurs témoignages et vidéos relayées par les groupes de la Marche internationale, les forces de sécurité égyptiennes n’ont pas hésité à employer la force pour disperser les sit-in improvisés aux différents points de blocage. Des rapports font état de participants détenus arbitrairement, de harcèlements répétés, de blessures physiques et de déportations forcées. Sur certaines images, on aperçoit des policiers procéder à des arrestations musclées sous les cris des manifestants.

Des femmes figurent aussi parmi les victimes de ces brutalités. « Elles ont été molestées et transportées comme du bétail dans des bus », témoigne Florence Heskia, l’une des participantes bloquées lors d’une des tentatives de franchir les barrages.

La délégation canadienne ciblée

Parmi les militants internationaux présents, une centaine de Canadiens avaient fait le déplacement pour participer à la marche vers Rafah, à la frontière sud de la bande de Gaza. Eux aussi ont été confrontés à l’intransigeance des autorités égyptiennes.

Une militante canadienne, contrôlée par la police à Ismaïlia, dans le nord-est de l’Égypte, rapporte que son passeport a été confisqué pendant près de trois heures au point de contrôle militaire. Trois membres de la délégation canadienne ont été physiquement maltraités par les forces de l’ordre lors de leur arrestation. Sous la menace d’une arrestation et d’une expulsion, ils ont été contraints de rebrousser chemin vers Le Caire.

Des Algériens et des Turcs particulièrement ciblés et molestés

Sur le terrain, les militants algériens et turcs ont payé un lourd tribut lors des agressions orchestrées par les baltaguias et les forces de sécurité égyptiennes. En première ligne face aux assauts physiques et verbaux, nombre d’entre eux ont été violemment molestés, blessés et malmenés. Plusieurs témoins rapportent des coups portés à mains nues, à l’aide de matraques ou de bouteilles, provoquant contusions, ecchymoses et blessures plus graves nécessitant parfois une prise en charge médicale sommaire sur place.

Malgré la brutalité des agressions, ces militants n’ont pas reculé. Animés par une profonde solidarité et un sens aigu de la responsabilité, beaucoup d’Algériens et de Turcs ont spontanément formé des cordons humains pour tenter de protéger les autres manifestants, en particulier les Européens, les Canadiens et les militants d’autres nationalités, souvent désorientés face à la violence du dispositif égyptien et à l’absence de repères linguistiques et culturels.

« Ils sont toujours plus royalistes que le roi », ironise amèrement un Algérien installé en Suède, s’adressant à un groupe d’Anglais présents sur place, en référence au zèle répressif des autorités égyptiennes et de leurs supplétifs civils. Cette remarque résume à elle seule le climat de tension extrême et la disproportion des moyens déployés face à des civils pacifiques venus plaider pour un simple corridor humanitaire vers Gaza.

Une détermination intacte malgré la répression

Malgré les menaces et les violences subies, une grande partie de la délégation canadienne reste sur place, déterminée à dénoncer l’interdiction de la marche et à rappeler l’isolement dramatique de la population de Gaza sous blocus. « Gaza est plus que jamais coupée du monde, et notre présence vise à maintenir la pression internationale pour un corridor humanitaire », déclare une des participantes.

Extrait du communiqué du collectif de la Marche internationale vers Gaza

‘’Nous sommes un mouvement pacifique et nous respectons les lois égyptiennes, souligne le texte en appelant les représentations diplomatiques à intervenir pour permettre à la marche de se poursuivre.’’

L’incertitude persiste dans un climat de tension

À la tombée de la nuit, l’atmosphère reste lourde et indécise. Sur le terrain, nombre de militants demeurent bloqués sur les points de contrôle, encerclés par les forces de l’ordre. D’autres, qui ont réussi à regagner Le Caire après de longues heures d’attente, vivent sous la menace constante d’une expulsion soudaine. L’absence totale de communication officielle entretient un climat d’angoisse permanente.

Transferts sous pression ou expulsions déguisées ?

Selon les autorités égyptiennes, les militants interceptés aux deux premiers barrages routiers, sur la route menant à Ismaïlia, doivent être transférés au Caire afin de récupérer leurs passeports confisqués. Mais les organisateurs redoutent que ces transferts ne soient qu’un prélude à des expulsions dissimulées sous de faux motifs administratifs ou sécuritaires.

« Ils nous ont pris nos passeports et nous obligent maintenant à monter dans des bus pour nous conduire à l’aéroport où, sans aucun doute, ils comptent nous expulser », témoigne Raya, une militante suisse d’origine palestinienne qui faisait route avec Zoubir. L’incertitude plane ainsi sur le sort de chaque groupe, tandis que les arrestations, les déplacements forcés et les expulsions se poursuivent au gré des décisions des services de sécurité.

Un engagement intact malgré la répression

Malgré ces épreuves, la détermination des militants reste intacte. « Face à l’impuissance, on voulait montrer qu’à travers le monde, des civils peuvent encore témoigner d’humanité et exercer une pression pour l’ouverture d’un corridor humanitaire vers Gaza », affirme Zoubir, franco-algérien venu d’Allès en France. Avant d’ajouter avec force : « Rendez-vous, pour demain… La marche. »

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