« Alzheimer n’efface pas seulement les souvenirs, elle bouleverse des vies entières », affirme le Dr Salim Benlefki, docteur en neurosciences. Ses mots résument la réalité complexe d’une maladie qui dépasse largement le champ médical pour toucher à l’intime, aux liens familiaux et à la dignité humaine.
Chaque année, le 21 septembre, la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer rappelle l’ampleur du défi. Plus de 55 millions de personnes dans le monde vivent aujourd’hui avec une forme de maladie neurocognitive, dont Alzheimer est la plus connue. Cet événement planétaire vise à sensibiliser, informer et mobiliser autour d’une pathologie qui reste l’un des plus grands enjeux de santé publique.
À l’occasion de l’édition 2025, nous avons rencontré le Dr Salim Benlefki, qui nous éclaire sur les progrès scientifiques récents, les enjeux du diagnostic précoce et surtout, sur l’importance d’un accompagnement humain et adapté pour les malades et leurs familles.
PIA : Docteur, pourquoi dit-on aujourd’hui maladies neurocognitives plutôt que démence ?
Dr Salim Benlefki : Le terme « démence » est chargé de stigmatisation. « Maladies neurocognitives » est plus précis et plus respectueux. Ces pathologies ont en commun une atteinte progressive des fonctions cognitives — mémoire, langage, raisonnement, perception — mais leurs mécanismes et leurs manifestations sont très variés. Mieux les nommer, c’est déjà mieux accompagner.
PIA : Alzheimer reste la forme la plus connue. Quels en sont les signes précoces ?
Dr Salim Benlefki : La perte de mémoire récente est typique. Un patient oublie un rendez-vous, repose plusieurs fois la même question, ou ne se souvient plus d’un événement vécu la veille. Mais d’autres signes doivent alerter : difficultés à accomplir des gestes simples, troubles du langage, désorientation, jugement altéré, voire changements de personnalité. Souvent, ce sont les proches qui les détectent les premiers.
PIA : Comment différencier Alzheimer des autres maladies neurocognitives ?
Dr Salim Benlefki : C’est tout l’enjeu. Certaines maladies, comme la démence à corps de Lewy ou la dégénérescence frontotemporale, commencent par des troubles moteurs ou comportementaux. D’autres parkinsoniennes évolutives touchent d’abord la motricité. Pour trancher, on a besoin d’examens cognitifs, d’imagerie cérébrale (IRM, TEP scan) et de biomarqueurs biologiques. Ces outils permettent un diagnostic de plus en plus précis.
PIA : Où en est la recherche aujourd’hui ?
Dr Salim Benlefki : Aucun traitement curatif n’existe encore, mais nous progressons. Plusieurs approches émergent : immunothérapies visant à éliminer les protéines toxiques, stimulation cérébrale, thérapies combinées. Les biomarqueurs sanguins facilitent aussi le diagnostic précoce. L’avenir réside dans une meilleure prévention, une détection plus rapide et des soins personnalisés qui associent traitement médical, suivi psychologique et accompagnement social.
PIA : Comment prévenir ou retarder la maladie ?
Dr Salim Benlefki : L’âge reste le premier facteur de risque, mais nous savons que le mode de vie joue un rôle majeur. Activité physique, alimentation équilibrée, stimulation intellectuelle, lutte contre l’isolement, contrôle de l’hypertension ou du diabète : ce sont des leviers puissants. Prévenir, c’est aussi agir tôt, bien avant les premiers symptômes.
PIA : Que souhaitez-vous rappeler à l’occasion de cette Journée mondiale Alzheimer ?
Dr Salim Benlefki : Que la maladie n’efface pas la personne. Derrière chaque diagnostic, il y a une histoire, une identité, une dignité à préserver. Il ne faut pas seulement chercher à guérir un cerveau malade, mais à accompagner un être humain qui continue de vivre, d’aimer, de créer, malgré la maladie.
Si Alzheimer reste la forme la plus visible, il n’est pas seul. Comprendre la diversité des maladies neurocognitives, c’est offrir à chaque patient une chance d’être mieux diagnostiqué, mieux pris en charge et surtout mieux accompagné.
les commentaire
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