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Gaza : une trêve fragile entre espoir et ruines

Par A.B.-- 12-Oct-2025 1

Alors que la trêve entre Israël et le Hamas se maintient, la ville de Gaza panse ses plaies. Bulldozers, civils épuisés et familles en deuil partagent un même décor de désolation. Sur le terrain, les retours s’intensifient, mais les ruines dominent le paysage.

Une trêve précaire, un paysage de désolation

Depuis la mise en place du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, le calme relatif qui règne sur Gaza contraste avec l’ampleur des destructions.
Les bulldozers s’activent dans les rues éventrées de la ville pour dégager les décombres, tandis que des centaines de milliers de Palestiniens reviennent sur les lieux qu’ils appelaient autrefois « maison ».

Mais pour beaucoup, il ne reste rien. « Nous ne retrouvons pas nos quartiers, seulement des terrains vagues et des ruines », raconte Ibrahim al-Khalili, reporter sur place pour Al Jazeera.

L’hiver approchant, la pluie et le froid aggravent encore la souffrance des familles déplacées, désormais sans abri ni ressources.
« Est-ce Gaza ? Est-ce ce qu’il en reste ? Nous n’avons ni maison, ni eau, ni nourriture », confie Sherin Abu al-Yakhni, une habitante déplacée.

Des retours douloureux dans les quartiers détruits

Selon la journaliste Hind Khoudary, également sur le terrain, de plus en plus de Palestiniens retournent vers le nord de Gaza, là où les bombardements ont été les plus intenses ces deux derniers mois.
Israël, indiquent les témoins, aurait eu recours à des véhicules chargés d’explosifs pour raser des immeubles résidentiels entiers.

« Les habitants reviennent, mais ils ne peuvent pas revivre. Les infrastructures sont détruites, les quartiers méconnaissables », décrit Khoudary.

Les équipes de la Défense civile palestinienne ont retrouvé au moins 150 corps depuis vendredi matin, alors que le cessez-le-feu se poursuit.

Une aide humanitaire sous tension

Sur le corridor de Netzarim, le reporter Tareq Abu Azzoum décrit un décor accablant.
Le Gaza Humanitarian Foundation (GHF) a démantelé son site logistique, transférant la gestion de l’aide humanitaire à l’ONU. Sur place, des restes de munitions israéliennes jonchent encore le sol. « Ces zones étaient des zones rouges. Les habitants devaient marcher des kilomètres sous les tirs pour atteindre les stocks de nourriture. Beaucoup n’en sont jamais revenus », rapporte Abu Azzoum.

Le mécanisme d’acheminement de l’aide, jugé inefficace et dangereux par plusieurs ONG internationales, est désormais au centre de nombreuses critiques.

Pendant ce temps, des camions d’aide humanitaire franchissent les points de passage de Karem Abu Salem (Kerem Shalom) et d’al-Awja (Nitzana), avant d’être inspectés pour entrer dans Gaza.

Israël met en garde les familles palestiniennes contre toute célébration

Selon des sources d’Al Jazeera, les familles palestiniennes dont les proches doivent être libérés des prisons israéliennes ont reçu des appels d’intimidation des autorités israéliennes.
Elles ont été averties de ne pas organiser de célébrations de libération.

Un précédent similaire avait eu lieu en février, lorsque toute manifestation de joie avait été interdite lors d’échanges de prisonniers.

Un incident illustre la tension : Ashraf Zghair, 46 ans, libéré le 25 janvier après 23 ans d’emprisonnement, a vu sa joie de courte durée. Le lendemain de sa libération, alors que sa famille célébrait son retour, son frère Amir a été arrêté par les forces israéliennes.

Violences persistantes en Cisjordanie

La trêve à Gaza n’a pas mis fin aux violences ailleurs.
En Cisjordanie occupée, un jeune Palestinien a été blessé par balles lors d’un raid israélien à Yatta, au sud d’Hébron.
Selon des sources locales, l’armée a pris d’assaut la ville, perquisitionnant plusieurs maisons appartenant à des familles de détenus palestiniens.
Le blessé, atteint à la main, a été transféré à l’hôpital gouvernemental de Yatta dans un état jugé stable.

Manifestations contrastées en Israël : Trump applaudi, Netanyahou hué

En Israël, la ratification du cessez-le-feu a suscité des réactions mitigées.
Lors d’un rassemblement à Tel-Aviv, en présence de Steve Witkoff, Jared Kushner et Ivanka Trump, les manifestants ont acclamé l’ancien président américain Donald Trump pour son rôle dans la médiation, mais hué le Premier ministre Benjamin Netanyahou. « Beaucoup d’Israéliens l’accusent depuis deux ans d’avoir bloqué un accord d’échange », rapporte Hamdah Salhut depuis Amman, la chaîne Al Jazeera étant toujours interdite en Israël et en Cisjordanie.

Le cessez-le-feu prévoit un échange de prisonniers : des captifs israéliens seront libérés en contrepartie de prisonniers palestiniens.

Mobilisation pro-palestinienne à Oslo

La question palestinienne continue de mobiliser au-delà du Proche-Orient.
À Oslo, des centaines de manifestants ont protesté avant le match de qualification pour la Coupe du monde opposant la Norvège à Israël.
Des banderoles géantes « Carton rouge à Israël » et « Libérez Gaza » ont été brandies dans les tribunes, tandis que l’hymne israélien a été hué.
Un supporter a même envahi le terrain, portant un t-shirt « Free Gaza », avant d’être arrêté.

Vers un sommet international sur Gaza

Dans ce climat encore instable, l’Égypte a annoncé la tenue d’un sommet international sur Gaza ce lundi à Sharm el-Sheikh, co-présidé par le président américain Donald Trump et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.
Plus de 20 dirigeants mondiaux sont attendus pour discuter de la reconstruction de Gaza et du renforcement de la trêve.

Entre ruines et espoir

Alors que les camions d’aide pénètrent timidement dans la bande de Gaza et que les familles fouillent les gravats à la recherche de survivants ou de souvenirs, un sentiment persiste :
la guerre a laissé des blessures profondes, mais la trêve — aussi fragile soit-elle — ravive un mince espoir de paix. « Nous revenons pour reconstruire, même s’il ne reste rien. Parce que c’est notre terre », souffle Farah Saleh, les yeux tournés vers les ruines de sa maison.

Le bilan s’alourdit à 67.806 martyrs et 170.066 blessés

Le bilan de l’agression génocidaire menée par les forces d’occupation sionistes contre la bande de Gaza, depuis le 7 octobre 2023, s’est alourdi à 67.806 martyrs et 170.066 blessés, ont indiqué dimanche les autorités sanitaires palestiniennes.

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