Derniées informations
prev next

Entretien avec Dr Imad BOUARISSA, Docteur en médecine et conseiller médical: « Le cancer du sein, souvent silencieux : pourquoi se faire dépister à temps peut sauver des vies »

Par H. Benrabia-- 16-Oct-2025 21

À l’occasion d’Octobre Rose, mois dédié à la sensibilisation au cancer du sein, nous avons rencontré Dr Imad Bouarissa, médecin, pour lever le voile sur une idée reçue et tenace : ‘’le cancer du sein ferait mal’’. Dans cet entretien, Dr BOUARISSA rappelle que, dans la majorité des cas, cette maladie se développe sans douleur, ce qui rend le dépistage précoce encore plus crucial. Il revient également sur les signes d’alerte, les facteurs de risque et l’importance d’une prise de conscience collective face à ce fléau qui touche des milliers de femmes chaque année.

PIA : Faut-il avoir mal pour s’inquiéter d’un cancer du sein ?

Dr Imad BOUARISSA : Non, absolument pas. C’est une idée reçue très tenace. Beaucoup de femmes pensent que si elles n’ont pas mal, elles ne risquent rien. Or, le cancer du sein est le plus souvent indolore, surtout à ses débuts. C’est précisément ce qui le rend trompeur.

Quand une tumeur se développe, elle ne stimule pas forcément les terminaisons nerveuses. Résultat, aucune douleur ne se manifeste, même si le cancer progresse silencieusement.

Donc, une douleur au sein n’est pas forcément signe de cancer ?

Exactement. La douleur mammaire est dans la majorité des cas bénigne. Elle est souvent liée à un dérèglement hormonal — ce qu’on appelle les mastodynies.

Avant les règles, les seins peuvent devenir tendus, gonflés, sensibles. À la ménopause, sous traitement hormonal ou après un choc émotionnel, la douleur peut réapparaître.

D’autres causes existent : kystes, mastose, infections ou même un simple traumatisme. Ces douleurs sont désagréables, mais elles n’ont rien à voir avec un cancer.

Quels sont alors les vrais signes d’alerte ?

Certains changements doivent attirer l’attention, même en l’absence de douleur.

  • Une boule palpable dans le sein ou sous l’aisselle.
  • Une modification de la peau (aspect de peau d’orange, rougeur, épaississement).
  • Une rétraction ou un écoulement inhabituel du mamelon.
  • Une déformation du sein ou un gonflement localisé.

Si vous remarquez l’un de ces signes, consultez sans tarder. Un examen clinique, une échographie ou une mammographie permettront de lever le doute.

Le cancer du sein peut-il parfois être douloureux ?

Oui, dans certains cas. Mais c’est rare. Les douleurs apparaissent quand la tumeur devient volumineuse et compresse les tissus ou les nerfs environnants.

Il existe aussi des formes inflammatoires du cancer du sein, beaucoup plus rares mais agressives. Le sein devient alors rouge, chaud, gonflé et sensible, car les cellules cancéreuses bloquent les petits vaisseaux lymphatiques de la peau.

La douleur n’est donc pas causée directement par la tumeur, mais par l’inflammation et la tension des tissus.

Peut-on confondre une douleur bénigne avec un cancer ?

Oui, cela arrive. Certaines mastites ou inflammations bénignes peuvent donner des symptômes très similaires : sein rouge, chaud, gonflé, parfois déformé.

Dans ces situations, une biopsie est souvent nécessaire pour écarter un cancer inflammatoire.

Mais la différence, c’est que la douleur d’origine bénigne répond bien aux antibiotiques ou aux anti-inflammatoires, alors qu’un cancer ne régresse pas spontanément.

Comment soulager les douleurs mammaires ?

Si elles ne sont pas liées à un cancer, de simples antalgiques comme le paracétamol ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens suffisent souvent.

Une bonne hygiène hormonale et posturale aide aussi : porter un soutien-gorge adapté, éviter la caféine excessive, pratiquer une activité physique régulière.

Quand la douleur est liée à une tumeur, le traitement du cancer lui-même (chimiothérapie, hormonothérapie, thérapie ciblée) soulage rapidement, car il réduit l’inflammation.

Quand faut-il consulter ?

Dès qu’une douleur devient inhabituelle, persistante ou localisée à un point précis.

Et surtout, si elle s’accompagne d’un changement d’aspect du sein — rougeur, boule, écoulement, rétraction du mamelon.

Même si la douleur semble anodine, une consultation permet de vérifier et de rassurer. Il ne faut pas attendre ou s’autodiagnostiquer.

Le dépistage reste-t-il le meilleur moyen de prévention ?

Oui, sans aucune hésitation. Le dépistage reste notre meilleure arme. Un cancer détecté tôt se guérit dans 9 cas sur 10.

En Algérie, le programme national propose mammographie et échographie gratuites tous pour les femmes de 50 à 74 ans.

Mais en cas d’antécédents familiaux ou de facteur de risque, il faut commencer plus tôt, dès 40 ans parfois.

Et entre deux mammographies, l’autopalpation mensuelle reste un excellent réflexe.

En résumé, quel message souhaitez-vous faire passer aux femmes ?

Ne vous fiez pas à la douleur. Un sein qui fait mal n’est pas forcément malade, et un sein indolore n’est pas forcément sain.

  • La douleur n’est pas un indicateur fiable.
  • Le dépistage précoce sauve des vies.
  • Auto-examinez vos seins une fois par mois.
  • Participez au dépistage organisé entre 50 et 74 ans.
  • Consultez sans attendre en cas d’anomalie ou de douleur persistante.
  • Adoptez une hygiène de vie protectrice : alimentation équilibrée, activité physique, gestion du stress.

En cas de doute, consultez toujours. Mieux vaut un examen rassurant qu’un diagnostic tardif.

Et surtout, parlez-en. Le cancer du sein n’est pas une fatalité — c’est une maladie qui se guérit si elle est détectée à temps.

les commentaire

Laisser un commentaire