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Zohran Mamdani, le socialiste musulman qui bouscule New York et défie Washington

Par S.B.-- 05-Nov-2025 3

Zohran Mamdani, le socialiste musulman qui bouscule New York et défie Washington

New York (États-Unis) – À 34 ans, Zohran Mamdani vient d’entrer dans l’histoire. Élu mardi 4 novembre maire de New York avec 50,4 % des voix, il devient le plus jeune, le premier socialiste revendiqué et le premier musulman à diriger la plus grande ville des États-Unis. Une victoire symbolique et politique majeure qui marque un tournant pour le camp progressiste américain.

Fils d’intellectuels ougandais d’origine indienne, arrivé aux États-Unis à l’âge de sept ans, Mamdani, membre des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), a mené une campagne centrée sur la justice sociale, la réduction du coût de la vie et la taxation des plus riches. Face à lui, deux poids lourds : Andrew Cuomo, ancien gouverneur démocrate devenu indépendant, et le républicain Curtis Sliwa.

« Le futur est entre nos mains, a-t-il lancé à ses partisans réunis à Brooklyn. Nous avons renversé une dynastie politique. New York respire à nouveau. »

Une victoire populaire et symbolique

Candidat outsider il y a encore un an, Mamdani a su mobiliser un électorat jeune et désabusé. Sa campagne, menée dans les rues du Queens, a séduit de nombreux New-Yorkais « qui n’avaient jamais voté ». Ses vidéos diffusées en arabe, espagnol et hindoustani ont incarné une ville plurielle, fidèle à son image cosmopolite.

Porté par une vague progressiste, il a aussi bénéficié d’un rejet croissant de la politique traditionnelle. « Nous disons adieu à la politique du passé », affirmait-il le jour du scrutin. Sa victoire s’inscrit dans un contexte favorable aux démocrates, vainqueurs également en Virginie et au New Jersey.

Une campagne sous tension

Mais le succès de Mamdani ne s’est pas fait sans heurts. Tout au long de la campagne, il a été la cible d’attaques virulentes, souvent teintées d’islamophobie. Andrew Cuomo et ses soutiens l’ont accusé de sympathies pro-palestiniennes après qu’il a refusé de condamner le slogan « De la rivière à la mer ». Mamdani a qualifié les bombardements israéliens à Gaza de « génocide » et promis, non sans provocation, de faire arrêter Benjamin Netanyahu s’il mettait les pieds à New York.

Ces positions lui ont valu la colère du président Donald Trump, qui l’a traité de « communiste » sur sa plateforme Truth Social. « Être musulman à New York, c’est s’attendre à des humiliations, mais c’est notre tolérance face à ces attaques qui nous distingue », a-t-il répliqué dans un message vidéo.

Une publicité générée par intelligence artificielle diffusée par les partisans de Cuomo — montrant un homme noir en keffieh commettant un vol — a provoqué un tollé avant d’être retirée. L’épisode a révélé la brutalité d’une campagne où la religion et la couleur de peau ont souvent éclipsé les débats économiques.

Un programme social-démocrate assumé

Mamdani se définit comme socialiste, mais ses propositions relèvent d’une social-démocratie pragmatique : encadrement des loyers, gratuité des transports publics, accès élargi aux crèches et fiscalité plus équitable. « Ce soir, nous choisissons l’espoir plutôt que la tyrannie », a-t-il lancé dans un discours empreint d’idéalisme.

Il promet de placer « les travailleurs au centre des décisions » et d’affronter la crise du logement, l’insécurité alimentaire et la fragmentation sociale. Un cap clair pour une ville marquée par les inégalités les plus criantes du pays.

Un message à Washington

En refusant de s’excuser pour ses convictions – « Je suis jeune, musulman et socialiste démocratique, et je ne m’en excuse pas » – Mamdani s’impose comme la nouvelle voix de la gauche américaine. Son élection, saluée par les mouvements progressistes et les défenseurs des droits palestiniens, est aussi un avertissement pour le Parti démocrate, accusé d’avoir perdu le contact avec sa base populaire.

« New York montre au pays comment vaincre Trump », a-t-il déclaré dans une allusion directe au président américain, qui voit en lui une menace idéologique.

Une nouvelle ère pour New York

Le maire élu prendra ses fonctions le 1ᵉʳ janvier. Ses partisans espèrent qu’il saura concrétiser son ambition : transformer New York en modèle d’inclusion, d’équité et de démocratie participative. « Ce soir, New York devient la lumière dans une période d’obscurité politique », a-t-il conclu, acclamé par une foule multilingue.

Un souffle nouveau traverse la métropole américaine. Pour la première fois depuis un siècle, son maire incarne un véritable changement générationnel — et peut-être, le début d’une recomposition du paysage politique national.

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