À quelques jours du 14 décembre, une annonce annoncée par Ferhat Mehenni, chef du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), organisation classée terroriste en Algérie, suscite agitation et rumeurs sur les réseaux sociaux. Installé à Paris, reçu récemment par un sénateur français de droite puis par le premier vice-président du Rassemblement national à Perpignan, Mehenni affirme vouloir proclamer ‘’l’indépendance’’ de la Kabylie depuis la capitale de l’ancienne puissance coloniale. Un geste aussi symbolique que révélateur, qui nourrit un discours séparatiste largement rejeté par les Algériens, en Kabylie comme ailleurs.
Un scénario construit pour créer la rupture
Cette proclamation unilatérale, sans base populaire ni légitimité politique, a inspiré de nombreux commentaires, dont ceux d’un leader d’opinion algérien qui prédit une ‘’effervescence’’ dans la région kabyle. Selon son analyse, l’idée d’une séparation Kabylie/Algérie serait une « graine » qui diviserait la région en deux camps opposés, menaçant d’une fracture profonde. Une vision qui ignore pourtant les constantes de l’histoire algérienne moderne : chaque tentative de division a toujours été absorbée et dépassée par la cohésion nationale.
Les parallèles tirés avec les dissensions historiques entre FLN et MNA dans les années 1950 ne résistent pas à l’analyse. L’issue de cet épisode fratricide avait consacré la victoire d’un idéal national unifié, porté autant par la Kabylie que par l’ensemble du territoire. Le 5 juillet 1962, le peuple algérien célébrait ensemble l’indépendance, sans distinction de régions.
Le MAK, une façade séparatiste sans socle social
Le discours alarmiste qui présente le MAK comme une menace existentielle ignore une réalité objective : l’organisation ne représente qu’une infime minorité, sans mandat populaire, sans reconnaissance internationale, sans influence réelle sur le terrain. Une ‘’bulle numérique’’, disent plusieurs observateurs. Une construction médiatique gonflée depuis l’étranger, instrumentalisée par des puissances qui voient dans l’instabilité de l’Algérie un intérêt géopolitique.
Les témoignages récents d’anciens cadres du mouvement, revenus au pays dans le cadre de l’initiative ‘’Lam Chaml’’, confirment la dérive interne et la manipulation dont de nombreux jeunes ont été victimes. Mhand Beloucif, Zahir Benadjaoud, Kamel Matoub ou encore Nourdine Larab décrivent une organisation structurée non autour d’un projet culturel ou démocratique, mais autour d’un projet subversif, alimenté par des financements étrangers et des alliances opaques.
« On nous parlait de protection culturelle, mais on préparait une guerre entre frères », révèle l’un d’eux. Un autre confirme des liens financiers avec des acteurs étrangers, notamment le Maroc : « Le MAK survit sous perfusion logistique et financière. Il est tenu en otage. »
Les révélations sur des montants colossaux, allant jusqu’à 250 000 euros mensuels, ou encore un investissement parisien estimé à 2,9 millions d’euros, mettent à nu un système dépendant d’intérêts extérieurs et non d’un soutien populaire réel.
Une imposture révélée, un mythe brisé
Le portrait qui se dessine du chef du mouvement montre une figure déconnectée, autocratique, parfois présentée comme ‘’monarchique’’, loin des réalités kabyles. « Il n’y a pas de démocratie là-dedans », dénoncent les anciens cadres. L’épisode de la prétendue “visite officielle” à l’ONU, obtenue au moyen de badges d’association, illustre l’ampleur de la manipulation médiatique visant à créer une illusion de reconnaissance internationale.
Derrière les discours, c’est un engrenage dangereux qui apparaissait : tentatives d’acquisition d’armes, formation supposée à l’étranger, préparation d’un conflit fratricide au sein même d’une région qui a toujours été un pilier du patriotisme algérien.
La Kabylie : terre de résistance, de citoyenneté et d’attachement national
Face à cette mise en scène séparatiste, la réalité est claire : la Kabylie est et demeurera un bastion de l’unité nationale. Son histoire en témoigne : elle a produit des figures majeures de la lutte de libération, porté les combats culturels et démocratiques, défendu une citoyenneté exigeante et engagée.
La région est certes frondeuse, critique, souvent en avance sur les débats démocratiques. Mais jamais ses luttes n’ont dépassé le cadre de l’unité nationale. Même lors des scrutins où l’abstention était élevée, jamais la Kabylie n’a trahi les principes fondamentaux d’une Algérie UNE et indivisible.
L’article 1 de la Constitution algérienne — « L’Algérie est une et indivisible » — est un principe auquel, depuis 1962, la Kabylie a toujours souscrit par sa loyauté citoyenne, même dans la contestation.
Un pays uni face aux tentatives de division
Alors que certains tentent d’agiter des scénarios catastrophistes, les Algériens — en Kabylie, au Sud, à l’Est, à l’Ouest et dans la diaspora — répondent par une même certitude : il n’y a pas d’Algérie sans la Kabylie, et pas de Kabylie sans l’Algérie. L’histoire, la géographie, les langues, la religion, le sang versé, les rêves partagés ont cimenté cette unité.
La Kabylie est l’un des organes vitaux du corps algérien. Par sa centralité historique, culturelle et politique, elle en est le cœur battant. Elle le prouve aujourd’hui encore, par la voix de ces anciens militants qui ont choisi la vérité, la responsabilité et la paix civile.
L’un des poètes du village de Thiaroussine, en Petite Kabylie, nous interpelle sur ce sujet avec des mots mêlant poésie et prose, tissés de kabyle et d’arabe local. « On dit souvent que la Kabylie est une région, un bout de montagne, une langue, une musique, une identité. Mais c’est une vision trop petite pour contenir ce qu’elle représente vraiment.
La Kabylie n’est pas un territoire isolé : elle est les 2 381 741 km² du pays tout entier. Elle déborde de ses massifs, traverse les plaines, voyage jusqu’au Sahara, se prolonge dans chaque ville, chaque village, chaque souffle du peuple algérien. Parce qu’elle fait partie intégrante de l’Algérie, tout comme l’Algérie fait partie intégrante d’elle.
Les Kabyles, ce ne sont pas seulement les habitants d’une région. Les Kabyles, ce sont les 47 435 312 Algériens, car l’identité kabyle a participé à façonner la nation entière : par ses résistances, ses penseurs, ses artistes, ses combattants, ses travailleurs, ses voix qui ont porté l’Algérie dans les moments de gloire comme dans les jours difficiles.
Être kabyle, ce n’est pas une appartenance fermée : c’est une culture qui vit en chacun de nous Algérien, une part de l’histoire commune qui nous relie, un héritage partagé dans les veines du pays.
Les Kabyles, c’est toi, moi, nous tous.
Chaque Algérien qui porte en lui le sens de la dignité, de la liberté, de la solidarité.
Chaque personne qui croit à une Algérie diverse et fière.
Chaque citoyen qui sait que notre force réside dans notre unité, pas dans nos divisions.
Kabyle ne s’oppose pas à Algérien.
Kabyle est Algérien.
Et l’Algérie, dans toute sa largeur et sa profondeur, est kabyle aussi, par tout ce que cette région a donné, inspiré et transmis.
Ce n’est pas une frontière.
C’est une contribution.
Ce n’est pas une séparation.
C’est une racine — et les racines n’emprisonnent pas, elles nourrissent.
Voilà pourquoi personne ne pourra jamais découper la Kabylie du reste du pays :
elle est partout.
Dans les rues d’Alger, dans les dunes du Sud, dans les ports de l’Ouest, dans les oasis de l’Est, dans la diaspora à l’étranger.
Elle est inscrite dans la mémoire collective, dans les mots que l’on parle, dans les chansons que l’on fredonne, dans les rêves que l’on partage.
Dire que la Kabylie est une partie de l’Algérie, c’est vrai.
Mais dire qu’elle n’est que cela, c’est faux.
Elle est l’une de ses âmes. Et une âme, ça ne se divise pas. »
Une leçon pour l’avenir
Ces témoignages de la population, s’ils révèlent l’ampleur des dangers qui visent l’Algérie, portent aussi une vérité, un message d’espoir : l’Algérien refuse d’être instrumentalisé, de semer la discorde, de toucher à son unité nationale.
« L’Algérie est notre seule maison », disent-ils. Une phrase simple, mais qui résume un consensus profond. Car malgré les crises, malgré les tentatives de division, malgré les discours fabriqués à l’étranger, l’unité nationale demeure le roc sur lequel se brisent toutes les aventures nihilistes.
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