Une initiative controversée qui divise la communauté internationale
Le président américain Donald Trump s’apprête à présider, ce jeudi à Davos (Suisse), la cérémonie officielle de signature de la charte fondatrice de son nouveau mécanisme international baptisé « Conseil de la paix ». Présenté comme un organe de résolution des conflits mondiaux, ce conseil suscite déjà de vives critiques, tant pour son fonctionnement que pour ses implications politiques, notamment concernant Gaza.
Initialement conçu pour superviser la reconstruction de la bande de Gaza après la guerre, le Conseil de la paix ne limite pourtant pas son champ d’action au territoire palestinien. Selon le projet de charte, long de 11 pages, l’organisation vise plus largement à « promouvoir la stabilité, restaurer une gouvernance légale et durable et instaurer une paix pérenne dans les zones touchées ou menacées par les conflits », sans mention explicite de Gaza.
Un organe dirigé par Trump, à l’autorité étendue
Au sommet de cette nouvelle architecture figure Donald Trump lui-même, président et arbitre suprême du Conseil, disposant d’un droit de veto sur les décisions clés, y compris la révocation des membres et l’interprétation de la charte. Le dispositif repose sur trois niveaux : le Conseil de la paix, un conseil exécutif, et un président doté de pouvoirs étendus.
Le conseil exécutif fondateur, composé de sept membres, comprend notamment :
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Tony Blair, ancien Premier ministre britannique,
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Jared Kushner, gendre de Donald Trump,
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Marco Rubio, secrétaire d’État américain,
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Steve Witkoff, envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient,
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Marc Rowan, PDG du fonds Apollo Global Management,
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Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale,
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Robert Gabriel, conseiller adjoint à la sécurité nationale des États-Unis.
La présence de Tony Blair et de Jared Kushner a suscité une forte opposition de plusieurs pays arabes et musulmans, en raison de leur implication passée dans des projets controversés pour l’« après-Gaza », incluant notamment l’idée d’un complexe touristique côtier surnommé la « Trump Riviera ».
Une adhésion coûteuse et un financement opaque
Selon les premières informations, l’adhésion permanente au Conseil de la paix pourrait coûter jusqu’à un milliard de dollars par État. Si l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a tenté de minimiser l’existence d’un droit d’entrée formel, il a confirmé que les pays membres seraient appelés à financer la reconstruction de Gaza.
Cette dimension financière, combinée à l’absence de cadre onusien, alimente les craintes d’une privatisation de la gouvernance internationale au détriment des institutions multilatérales existantes.
Un rejet croissant en Europe
Plusieurs pays européens ont annoncé leur refus de signer la charte à Davos. La France, la Norvège, la Suède, la Slovénie et le Royaume-Uni ont exprimé leurs réserves, dénonçant un projet susceptible de fragiliser le rôle des Nations unies.
La cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, a notamment invoqué des inquiétudes liées à l’implication potentielle de la Russie et à la participation indirecte du président Vladimir Poutine dans un cadre présenté comme pacificateur, alors que la guerre en Ukraine se poursuit.
De son côté, Paris soutient le principe d’un plan de paix pour Gaza, mais rejette la création d’une structure concurrente à l’ONU.
Inquiétudes palestiniennes et indignation face à Netanyahu
Du côté palestinien, la méfiance est profonde. La ministre palestinienne des Affaires étrangères, Varsen Aghabekian Shahin, a rappelé que toute initiative internationale de transition ou de reconstruction ne peut en aucun cas se substituer aux Nations unies.
La nomination du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au sein du Conseil de la paix a provoqué une indignation généralisée. À Gaza, cette décision est perçue comme une provocation. « Comment un dirigeant accusé de massacres, de déplacements forcés et de destruction massive de la vie civile peut-il être présenté comme un artisan de paix ? », s’interrogent des responsables palestiniens.
Une initiative lancée dans un contexte explosif
L’annonce de cette charte intervient alors que la situation sur le terrain reste dramatique. Malgré un cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025, plus de 480 Palestiniens, dont 169 enfants et 64 femmes, ont été tués depuis, selon le ministère de la Santé de Gaza. Les attaques israéliennes se poursuivent également en Cisjordanie, où démolitions, raids militaires et violences de colons se multiplient.
À Davos, Donald Trump a assumé une posture de force, déclarant lors du Forum économique mondial : « Sans nous, la plupart des pays ne fonctionnent même pas », illustrant une vision unilatérale du leadership international.
Une gouvernance mondiale en question
Présenté comme un instrument de paix, le Conseil de la paix soulève de nombreuses interrogations sur sa légitimité, son impartialité et son impact réel. Pour ses détracteurs, il s’agit moins d’un projet humanitaire que d’un outil géopolitique, susceptible de redéfinir l’ordre international en marginalisant l’ONU et en renforçant l’influence américaine.
Alors que la charte doit être officiellement signée à Davos, le débat est loin d’être clos. La question centrale demeure : peut-on construire la paix sans les peuples directement concernés ?
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