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Guerre en Iran : riposte iranienne

Par H.B.-- 03-Mar-2026 1

La situation au Moyen-Orient connaît une nouvelle phase d’intensification militaire et diplomatique. L’Iran multiplie les frappes de missiles et de drones contre plusieurs bases militaires américaines dans les pays du Golfe et sur l’entité sioniste. Les marchés de l’énergie réagissent brutalement, tandis que les tensions politiques s’étendent jusqu’en Europe.

Extension du conflit au Golfe : ambassades, ports et bases visés

Le conflit déborde largement des frontières iraniennes.

En Arabie saoudite, l’ambassade américaine à Riyad a été visée par une attaque de drones. Un incendie limité s’est déclaré dans l’enceinte diplomatique, provoquant des dégâts matériels mineurs. Aucun blessé n’a été signalé.

Aux Émirats arabes unis, des débris de drones interceptés ont déclenché un incendie dans la zone pétrolière de Fujairah, rapidement maîtrisé.

Au Qatar, le ministère de la Défense a annoncé avoir intercepté deux missiles balistiques au large des côtes. Des avions de chasse et des hélicoptères patrouillent toujours dans le ciel de Doha. Les autorités ont appelé la population à rester chez elle sauf nécessité urgente.

À Oman, un réservoir de carburant a été touché par des drones au port de Duqm. Les dégâts ont été contenus.

Ces attaques visent désormais des infrastructures énergétiques stratégiques. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, est quasi paralysé.

Nouvelle salve de missiles iraniens aux Émirats arabes unis

Un incendie s’est déclaré dans la zone pétrolière de Fujairah, l’un des plus importants sites de stockage d’hydrocarbures au Moyen-Orient. Des débris sont tombés après l’interception d’un drone, provoquant un sinistre rapidement maîtrisé. Aucun blessé n’a été signalé. Les autorités ont indiqué que les opérations avaient repris normalement.

Drones en Oman et frappes en Irak

À Oman, des drones ont visé le port commercial de Duqm. Selon l’agence de presse omanaise, un réservoir de carburant a été touché. Les dégâts ont été contenus et aucune victime n’a été recensée.

En Irak, des frappes de drones attribuées à l’Iran ont ciblé le camp d’Azadi, qui abrite des combattants kurdes iraniens et leurs familles. Selon des responsables locaux, trois drones ont frappé le site. L’hôpital du camp a été touché, faisant un blessé. L’information a été confirmée par un commandant du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran.

Ces opérations s’inscrivent dans une dynamique de riposte iranienne aux frappes israélo-américaines récentes.

Frappes sur les sites nucléaires et installations militaires

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé des dommages récents aux bâtiments d’entrée du site d’enrichissement de Natanz. Elle précise toutefois qu’aucune conséquence radiologique n’est attendue et qu’aucun impact supplémentaire n’a été détecté dans les installations souterraines, déjà gravement endommagées lors du conflit de l’an dernier.

Des images satellites montrent également la destruction d’un système radar sur la base aérienne de Zahedan, dans l’est de l’Iran, près de la frontière pakistanaise, ainsi que des dégâts sur une installation de drones dans la province de Kermanshah.

À Téhéran, une forte explosion a été entendue dans la partie orientale de la ville. Des frappes ont visé plusieurs infrastructures liées au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Treize soldats iraniens auraient été tués dans une attaque contre une base militaire dans la province de Kerman.

Un hôpital de la capitale, Motahari, a également été endommagé par des frappes, selon des images diffusées par des agences locales.

Dans l’ouest du pays, à Hamadan, au moins cinq civils ont été tués et 25 blessés lors d’attaques sur des quartiers résidentiels.

L’entité sioniste agresse Liban : redéploiement et riposte du Hezbollah

Une source militaire libanaise a indiqué que l’armée nationale s’était redéployée loin de la frontière sud après l’entrée de soldats israéliens sur le territoire libanais.

Le Hezbollah a annoncé avoir attaqué trois bases israéliennes en réponse aux frappes aériennes israéliennes au Liban, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth, son bastion.

Le mouvement affirme avoir utilisé des drones pour viser les bases aériennes de Ramat David et de Meron, ainsi que la base de Nafah, située sur le plateau du Golan occupé.

Par ailleurs, des journalistes  présents à Jérusalem ont rapporté avoir entendu plusieurs explosions. L’armée sioniste  affirme avoir intercepté de nouveaux missiles en provenance d’Iran.

Israël avance au Liban, tension interne à Beyrouth

Sur le front libanais, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a indiqué avoir ordonné à l’armée de « prendre le contrôle de nouvelles positions » dans le sud du Liban afin d’empêcher les tirs vers les localités frontalières israéliennes.

L’armée israélienne a lancé une incursion terrestre pour établir une « zone de sécurité ».

En réponse, l’armée libanaise a évacué plusieurs positions avancées le long de la frontière, selon l’agence nationale d’information. Au moins sept postes auraient été abandonnés.

Parallèlement, le gouvernement libanais a pris une décision sans précédent : interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah. Le mouvement pro-iranien a averti qu’une telle mesure pourrait provoquer des « problèmes internes ».

Des frappes israéliennes ont visé la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, provoquant d’importants déplacements de population.

Tensions diplomatiques entre Israël et l’Espagne

Sur le plan politique, les tensions s’intensifient entre Israël et l’Espagne.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a accusé Madrid de soutenir indirectement le régime iranien et des groupes armés au Moyen-Orient. Sur le réseau social X, il a affirmé que le Hamas, les Houthis et désormais l’Iran auraient publiquement remercié le Premier ministre espagnol.

Il a relayé un message du sénateur américain Lindsey Graham, critique envers la position espagnole, qualifiant le gouvernement de leadership européen faible et réticent à condamner l’Iran.

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, figure parmi les rares dirigeants européens à dénoncer l’offensive lancée contre l’Iran par Donald Trump et Benjamin Netanyahou. Il appelle à la désescalade, estimant que l’attaque compromet la stabilité régionale et mondiale.

Dans la foulée, Madrid a interdit l’utilisation de ses bases militaires par les États-Unis pour mener des frappes contre l’Iran. Une douzaine d’avions-citernes américains ont quitté les bases de Morón (Séville) et de Rota (Cadix).

L’Espagne s’est par ailleurs positionnée comme l’un des principaux critiques européens de la politique israélienne à Gaza.

Réactions internationales contrastées

La Chine a condamné les frappes américaines, appelant à un retour aux négociations et rappelant le droit de l’Iran à un usage pacifique de l’énergie nucléaire.

La France s’est dite prête à défendre ses partenaires régionaux et à rapatrier ses ressortissants si nécessaire. Environ 400 000 Français se trouvent dans les pays affectés.

Au Pakistan, l’ancienne ambassadrice à l’ONU, Maleeha Lodhi, a appelé le gouvernement à quitter le « Board of Peace » associé à Donald Trump. Le ministre pakistanais de la Défense a qualifié le sionisme de « menace pour l’humanité » et estimé que la guerre avait été « imposée » à l’Iran.

Aux États-Unis, le Congrès doit examiner une résolution fondée sur le War Powers Act, susceptible de contraindre le président à mettre fin à l’engagement militaire sans autorisation parlementaire. Plusieurs élus démocrates estiment que l’intervention est illégale en l’absence de menace imminente.

Choc énergétique mondial

Les répercussions économiques sont immédiates.

Le conflit perturbe gravement l’approvisionnement en pétrole brut et en gaz naturel liquéfié (GNL). Le Qatar a suspendu sa production de GNL après une attaque de drone.

En Chine, la raffinerie Zhejiang Petrochemical, capable de traiter 800 000 barils par jour, a avancé une maintenance de ses installations et réduit sa production de 20 %.

En Inde, plusieurs entreprises énergétiques ont réduit de 10 à 30 % les livraisons de gaz aux industriels, anticipant une pénurie. Des appels d’offres d’urgence sont envisagés malgré l’envolée des prix spot.

L’Australie a appelé sa population à ne pas se précipiter sur les carburants, assurant disposer de réserves suffisantes.

Choc sur les marchés de l’énergie

Les tensions militaires ont provoqué une flambée immédiate des prix de l’énergie.

À 9h15, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai progressait de 5,45 %, atteignant 81,98 dollars. Le West Texas Intermediate américain pour livraison en avril gagnait 5,32 %, à 75,02 dollars.

Le marché du gaz européen s’est envolé de 30 % après la fermeture du détroit d’Ormuz et l’arrêt de la production de gaz naturel liquéfié qatari. La situation est d’autant plus préoccupante que les stocks européens n’étaient remplis qu’à 30 %, contre 62 % deux ans auparavant.

Téhéran rejette toute négociation : « Nous combattons le mal »

Depuis la capitale iranienne, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a assuré que le gouvernement concentrait désormais ses efforts sur la « défense », après ce qu’il décrit comme l’échec des tentatives diplomatiques.

« Une honte éternelle restera attachée à ceux qui prétendaient poursuivre la diplomatie mais qui, face à la logique iranienne, ont cédé et choisi l’option militaire », a-t-il déclaré.

Baghaei a également dénoncé Israël, qualifié de « régime sioniste », accusé d’élargir le conflit et de chercher à ternir l’image de l’Iran dans la région. Selon lui, Téhéran demeure « attaché aux principes humanitaires », malgré les frappes visant des infrastructures énergétiques de pays voisins.

Il a affirmé que l’Iran était « la seule force restante face au mal », dans une allusion explicite aux États-Unis, désignés comme « le diable ».

Le bilan humain s’alourdit. Selon le Croissant-Rouge iranien, 787 personnes ont été tuées depuis le début des frappes conjointes américano-israéliennes. Au total, 1 039 attaques ont été enregistrées, touchant 504 sites dans 153 villes.

Une région au bord de l’embrasement

Missiles interceptés dans le Golfe. Drones au-dessus de ports stratégiques. Frappes transfrontalières entre Israël et le Liban. Accrochages diplomatiques en Europe. Hausse brutale des prix de l’énergie.

La séquence actuelle illustre une extension géographique et politique du conflit. Les fronts se multiplient. Les alliances se durcissent. Les marchés anticipent une instabilité prolongée.

À ce stade, aucune désescalade concrète n’est en vue.

Ali Larijani : du pragmatique nucléaire au chef de la riposte iranienne

Longtemps perçu comme une figure modérée du système iranien, Ali Larijani incarne aujourd’hui la ligne dure de Téhéran. À 67 ans, ce vétéran du pouvoir se retrouve au centre de la stratégie iranienne après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei et du commandant des Gardiens de la révolution, Mohammad Pakpour.

Apparu à la télévision d’État au lendemain des frappes américano-israéliennes, Larijani a promis une « leçon inoubliable » aux États-Unis et à Israël. Un changement de ton radical pour celui que beaucoup décrivaient comme un pragmatique.

Une dynastie au cœur du pouvoir iranien

Né le 3 juin 1958 à Najaf, en Irak, dans une famille originaire d’Amol, Larijani appartient à l’une des dynasties les plus influentes d’Iran. Le magazine Time les qualifiait en 2009 de « Kennedy d’Iran ».

Son père, Mirza Hashem Amoli, était un religieux éminent. Ses frères ont occupé des fonctions majeures au sein du pouvoir judiciaire et de l’Assemblée des experts, l’organe chargé de désigner et superviser le guide suprême.

À 20 ans, il épouse Farideh Motahari, fille de Morteza Motahhari, proche du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeiny. Son ancrage dans l’élite révolutionnaire est donc autant institutionnel que familial.

Un profil atypique : mathématicien et philosophe

Contrairement à de nombreux responsables iraniens issus exclusivement des séminaires religieux, Larijani possède une formation universitaire laïque.

Il obtient en 1979 une licence en mathématiques et informatique à l’Université de technologie Sharif. Il poursuit ensuite un master puis un doctorat en philosophie occidentale à l’Université de Téhéran, consacrant sa thèse à Emmanuel Kant.

Il a également publié des travaux philosophiques. Une singularité dans un système dominé par le clergé.

Du CGRI au Parlement

Après la révolution de 1979, Larijani rejoint le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) au début des années 1980. Il intègre ensuite l’appareil d’État.

Il est ministre de la Culture sous la présidence d’Akbar Hashemi Rafsanjani entre 1994 et 1997. Il dirige parallèlement la radio-télévision d’État (IRIB) pendant dix ans. Les réformateurs l’accusent alors de verrouiller l’espace médiatique.

En 2008, il devient président du Parlement (Majlis), poste qu’il occupe durant trois mandats consécutifs jusqu’en 2020. Il joue un rôle central dans les arbitrages de politique intérieure et étrangère.

Le négociateur nucléaire

En 2005, Larijani est nommé secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale et négociateur en chef sur le dossier nucléaire. Il quitte ces fonctions en 2007, en désaccord avec la ligne du président Mahmoud Ahmadinejad.

Resté influent, il soutient en 2015 l’accord nucléaire conclu entre l’Iran et les puissances mondiales, connu sous le nom de Plan d’action global commun (JCPOA). Il en obtient l’approbation parlementaire.

Ce positionnement renforce son image de responsable capable de compromis.

Disqualifications et retour en force

Candidat à la présidentielle en 2005, il échoue à accéder au second tour. Il tente de nouveau sa chance en 2021 et en 2024, mais il est disqualifié à deux reprises par le Conseil des gardiens. Aucun motif officiel n’est avancé.

En 2021, les analystes y voient un moyen de favoriser l’élection du candidat radical Ebrahim Raisi. Larijani dénonce en 2024 un « manque de transparence ».

Il revient pourtant au premier plan en août 2025, nommé à nouveau secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale par le président Massoud Pezeshkian.

Durcissement progressif

Depuis son retour, son discours s’est radicalisé. En octobre 2025, il annonce la résiliation d’un accord de coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), estimant que ses rapports ne sont « plus valides ».

Pourtant, quelques semaines avant l’escalade militaire, il participait encore à des discussions indirectes avec Washington sous médiation omanaise. Il qualifiait alors la négociation de « voie rationnelle ».

Les frappes du 28 février ont fermé cette séquence diplomatique.

L’homme de la transition

Après la mort de Khamenei, Larijani devrait jouer un rôle central aux côtés du conseil de transition chargé d’assurer la continuité institutionnelle.

Dans son dernier discours, il a affirmé que la succession serait organisée conformément à la Constitution. Il a prévenu que l’élimination de dirigeants ne déstabiliserait pas l’Iran.

Il a assuré que Téhéran ne viserait pas les pays de la région, mais qu’il ciblerait toutes les bases utilisées par les États-Unis.

Il exclut désormais toute négociation avec Washington.

D’un pragmatique à un chef de guerre ?

Ali Larijani a longtemps incarné la technocratie conservatrice pragmatique. Soutien du JCPOA. Interlocuteur des puissances occidentales. Figure capable d’arbitrages.

Aujourd’hui, il promet une riposte « d’une force jamais connue auparavant ».

La crise actuelle redéfinit son rôle. Philosophe formé à Kant, ancien négociateur nucléaire, il devient le stratège de la sécurité iranienne dans la période la plus instable depuis 1979.

L’évolution est spectaculaire. Reste à savoir si ce durcissement est durable ou circonstanciel.

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