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Sclérose en plaques : pourquoi les femmes sont davantage touchées, une découverte qui pourrait transformer les traitements

Par Dr. Salim BENLEFKI-- 07-Mai-2026 0

 Dr Salim BENLEFKI   Docteur en neuroscience

Pourquoi la sclérose en plaques touche-t-elle majoritairement les femmes ? Cette question intrigue les chercheurs depuis des décennies. Une nouvelle étude américaine apporte aujourd’hui des éléments de réponse importants en mettant en lumière le rôle potentiel des hormones sexuelles et de certaines protéines présentes dans le liquide entourant le cerveau.

Ces découvertes pourraient ouvrir la voie à des traitements plus personnalisés, adaptés au sexe et au profil biologique des patients.

Une maladie qui touche surtout les femmes

La Sclérose en plaques est une maladie chronique dans laquelle le système immunitaire attaque la myéline, la gaine protectrice des fibres nerveuses du cerveau et de la moelle épinière.

Cette atteinte perturbe la transmission des messages nerveux et peut provoquer :

  • fatigue importante ;
  • troubles de la vision ;
  • faiblesse musculaire ;
  • troubles de l’équilibre ;
  • douleurs ;
  • difficultés cognitives ;
  • troubles sensitifs.

Dans le monde, environ 2,9 millions de personnes vivent avec cette maladie. Les femmes représentent près de 75 % des cas.

Le risque apparaît particulièrement élevé entre 20 et 40 ans, une période marquée par d’importantes variations hormonales.

Le rôle suspecté des hormones sexuelles

Depuis plusieurs années, les scientifiques soupçonnent les hormones sexuelles de jouer un rôle dans le développement de la maladie.

Plusieurs observations renforcent cette hypothèse :

  • avant la puberté, les différences entre garçons et filles sont faibles ;
  • pendant la grossesse, certaines femmes voient leurs poussées diminuer ;
  • après l’accouchement, les rechutes augmentent souvent ;
  • la ménopause semble également influencer l’évolution de la maladie.

Ces variations suggèrent que les hormones pourraient agir sur :

  • l’inflammation ;
  • le système immunitaire ;
  • la réparation des tissus nerveux ;
  • la protection du cerveau.

Une étude centrée sur le liquide entourant le cerveau

Des chercheurs de University of Colorado Anschutz Medical Campus ont analysé le liquide céphalo-rachidien, le fluide qui entoure le cerveau et la moelle épinière.

Cette étude a comparé les protéines présentes chez :

  • trois femmes atteintes de sclérose en plaques ;
  • trois femmes sans maladie neurologique.

Même si l’échantillon reste très limité, les chercheurs ont identifié plus d’une centaine de différences biologiques importantes.

Une protéine particulièrement surveillée : la SHBG

Parmi les protéines identifiées, une molécule attire particulièrement l’attention : la SHBG (Sex Hormone-Binding Globulin).

Cette protéine se fixe aux hormones sexuelles comme :

  • les œstrogènes ;
  • la testostérone.

Lorsqu’elles sont liées à la SHBG, ces hormones deviennent moins disponibles pour agir sur les tissus.

Les chercheurs pensent qu’un excès de SHBG dans le liquide céphalo-rachidien pourrait réduire les effets protecteurs des hormones dans le cerveau.

Cela pourrait notamment :

  • augmenter l’inflammation ;
  • diminuer la protection des neurones ;
  • limiter les capacités de réparation du système nerveux.

Des signes d’inflammation plus importants

L’étude montre également une augmentation de protéines liées aux cellules immunitaires du cerveau, notamment :

  • les microglies ;
  • les macrophages.

Ces cellules jouent un rôle dans l’inflammation et l’élimination des tissus endommagés.

À l’inverse, certaines protéines impliquées dans :

  • la neurogenèse ;
  • la réparation neuronale ;
  • le fonctionnement normal des neurones

étaient moins présentes chez les patientes atteintes de sclérose en plaques.

Ces résultats suggèrent un déséquilibre entre inflammation et réparation cérébrale.

Vers des traitements plus personnalisés

Ces découvertes pourraient permettre, à l’avenir, de développer une médecine plus personnalisée.

Les chercheurs espèrent notamment pouvoir :

  • identifier des biomarqueurs spécifiques ;
  • mieux prédire l’évolution de la maladie ;
  • adapter les traitements selon le profil hormonal ;
  • développer des thérapies ciblées chez les femmes.

Les spécialistes rappellent toutefois que ces résultats doivent encore être confirmés sur des groupes beaucoup plus larges avant toute application clinique.

Une maladie aux causes multiples

Les chercheurs soulignent que la sclérose en plaques reste une maladie complexe impliquant plusieurs facteurs :

  • génétiques ;
  • hormonaux ;
  • immunitaires ;
  • environnementaux ;
  • infectieux ;
  • liés au mode de vie.

Parmi les facteurs de risque déjà identifiés :

  • le tabagisme ;
  • certaines infections virales ;
  • la carence en vitamine D ;
  • l’obésité ;
  • des prédispositions génétiques.

Les recommandations médicales actuelles

Même si aucun traitement curatif définitif n’existe aujourd’hui, une prise en charge précoce améliore considérablement la qualité de vie.

Les spécialistes recommandent :

  • un suivi neurologique régulier ;
  • l’arrêt du tabac ;
  • une activité physique adaptée ;
  • une bonne gestion du stress ;
  • un sommeil suffisant ;
  • une alimentation équilibrée ;
  • la surveillance de la vitamine D.

Les traitements actuels visent principalement à :

  • réduire les poussées ;
  • ralentir la progression ;
  • limiter l’inflammation ;
  • préserver les fonctions neurologiques.

Une avancée prometteuse pour la recherche

Cette étude apporte un éclairage nouveau sur les différences biologiques entre hommes et femmes face à la sclérose en plaques.

Même si les recherches ne font que commencer, ces travaux pourraient contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes hormonaux impliqués dans les maladies neurologiques auto-immunes.

À SAVOIR

Le liquide céphalo-rachidien agit comme une protection naturelle du cerveau et de la moelle épinière. Son analyse permet souvent de détecter des signes d’inflammation ou de maladies neurologiques.

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