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Alexithymie : pourquoi certaines personnes ne parviennent pas à reconnaître leurs émotions ?

Par Dr. Salim BENLEFKI-- depuis 2 heures 0

 Dr Salim BENLEFKI  Docteur en neurosciences 

Près d’une personne sur cinq éprouverait des difficultés importantes à identifier, comprendre et exprimer ses émotions. Cette particularité, appelée alexithymie, n’est ni une maladie ni un trouble psychiatrique. Pourtant, elle peut affecter les relations sociales, le bien-être psychologique et même la santé physique. Les recherches en psychologie et en neurosciences permettent aujourd’hui de mieux comprendre ce fonctionnement émotionnel atypique.

L’alexithymie, une difficulté à mettre des mots sur ses émotions

Le terme alexithymie, créé dans les années 1970 par le psychiatre Peter Sifneos, signifie littéralement « absence de mots pour les émotions ». Les personnes concernées ressentent des émotions, mais peinent à les identifier, à les différencier et à les verbaliser.

Au lieu de reconnaître une tristesse, une colère ou une anxiété, elles décrivent souvent un simple malaise ou un inconfort, sans parvenir à en préciser l’origine. Cette difficulté concerne environ 17 à 23 % de la population, selon les échelles d’évaluation de Toronto.

Pourquoi certaines personnes sont-elles alexithymiques ?

Les travaux en neurosciences montrent que l’alexithymie est associée à des particularités du fonctionnement cérébral, notamment au niveau de l’insula antérieure et du cortex préfrontal, deux régions impliquées dans la conscience de soi et le traitement des émotions. Une diminution de la connectivité entre ces structures pourrait expliquer ces difficultés émotionnelles.

Les spécialistes distinguent deux formes :

  • L’alexithymie primaire, liée à des facteurs génétiques, neurobiologiques ou développementaux et considérée comme un trait de personnalité stable.
  • L’alexithymie secondaire, qui apparaît après un traumatisme, un stress important ou certaines pathologies psychiques, comme la dépression.

Des émotions qui s’expriment parfois par le corps

Ne pas identifier ses émotions ne signifie pas ne rien ressentir. Les émotions continuent d’agir sur l’organisme et peuvent se traduire par des manifestations physiques : maux de tête, douleurs abdominales, tensions musculaires, fatigue ou troubles digestifs. Ce phénomène est appelé somatisation.

Les études montrent également que l’alexithymie est associée à un risque accru de dépression, d’anxiété, de stress chronique et, chez certaines personnes, de conduites addictives.

Des conséquences sur les relations avec les autres

Les personnes alexithymiques peuvent sembler froides ou distantes. En réalité, elles éprouvent souvent des difficultés à comprendre leurs propres émotions et, par conséquent, à interpréter celles des autres. Cette particularité peut compliquer la communication, l’empathie et le soutien émotionnel, sans refléter un manque de sensibilité.

Peut-on améliorer cette difficulté ?

L’alexithymie ne se « guérit » généralement pas, car il s’agit d’un trait de fonctionnement plutôt que d’une maladie. En revanche, plusieurs approches peuvent aider à mieux reconnaître et exprimer ses émotions.

Les psychothérapies centrées sur les compétences émotionnelles, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la pleine conscience, ainsi que l’art-thérapie ou la musicothérapie, montrent des résultats encourageants. Elles permettent progressivement d’établir un lien entre les sensations corporelles et les émotions.

Quand consulter ?

Une consultation auprès d’un psychologue ou d’un psychiatre est recommandée lorsque ces difficultés entraînent une souffrance psychologique, des conflits relationnels, un stress important ou des symptômes physiques inexpliqués. Une prise en charge précoce peut améliorer la qualité de vie et les capacités de régulation émotionnelle.

À retenir

L’alexithymie est une caractéristique relativement fréquente, mais encore méconnue. Les personnes concernées ressentent les émotions, sans toujours parvenir à les identifier ou à les exprimer. Les recherches suggèrent une origine en partie neurobiologique, parfois renforcée par des facteurs psychologiques. Si elle peut avoir un impact sur la santé mentale et les relations sociales, un accompagnement adapté permet souvent de développer une meilleure conscience émotionnelle et d’améliorer le bien-être au quotidien.

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