Une décision historique rendue par la cour d’appel de Paris
Ce jeudi 17 juillet 2025, la cour d’appel de Paris a ordonné la libération de Georges Ibrahim Abdallah, considéré par ses soutiens comme le plus ancien prisonnier politique de France. Âgé de 74 ans, cet activiste communiste libanais, farouchement engagé en faveur de la cause palestinienne, était incarcéré depuis 1984. Condamné à la réclusion à perpétuité en 1987 pour complicité dans les assassinats d’un diplomate américain et d’un diplomate israélien, Georges Abdallah était théoriquement libérable depuis… 1999.

Une libération conditionnelle très encadrée
La décision de justice prévoit sa libération effective le 25 juillet prochain, à condition qu’il quitte définitivement le territoire français. Le Liban, qui réclame depuis des années son retour, a d’ores et déjà confirmé par écrit à la cour d’appel qu’il se chargerait de son rapatriement. Selon l’AFP, un dispositif est prévu pour son transfert : il serait escorté par les forces de l’ordre vers l’aéroport de Tarbes, puis transporté à Roissy pour prendre un vol à destination de Beyrouth.
Un pourvoi encore possible, mais non suspensif
Le parquet général peut encore se pourvoir en cassation, mais cette démarche ne serait pas suspensive. Autrement dit, même en cas de recours, Georges Abdallah pourrait être libéré et quitter la France, sauf décision contraire de dernière minute. Cela ouvre une fenêtre inédite vers une issue attendue depuis plus de deux décennies.
Un dossier politique à forte charge symbolique
Un symbole pour ses soutiens, une menace pour ses opposants
Pour ses partisans, Georges Abdallah est un prisonnier politique, victime d’un acharnement diplomatique entre la France et les États-Unis. Chaque année, des rassemblements sont organisés devant la prison de Lannemezan, où il est détenu depuis 1999, pour réclamer sa libération. Ses soutiens dénoncent depuis longtemps l’ingérence des États-Unis, qui se sont systématiquement opposés à sa sortie. Le militant est devenu un symbole de la résistance anti-impérialiste, notamment dans les milieux propalestiniens et d’extrême gauche.
Une « victoire judiciaire », selon son avocat
Me Jean-Louis Chalanset, avocat de Georges Abdallah, a salué une « victoire judiciaire » tout en dénonçant un « scandale politique ». Il pointe du doigt les blocages répétés des autorités françaises, qu’il accuse d’avoir cédé à la pression de Washington. « Il aurait dû être libéré depuis plus de 25 ans », a-t-il rappelé avec indignation à la sortie de l’audience, qui s’est tenue à huis clos, en l’absence de son client.
Une figure oubliée, mais toujours militante
D’un activiste redouté à une figure discrète
Dans les années 1980, Georges Abdallah était considéré comme une menace par plusieurs services de renseignement occidentaux. Il était soupçonné d’appartenir aux Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), un groupe proche de la lutte armée contre l’impérialisme occidental. Mais au fil des décennies, le nom de Georges Abdallah est tombé dans l’oubli médiatique, à l’exception de quelques militants, collectifs de soutien, et parlementaires engagés à gauche.
Un retour très attendu au Liban
Sa libération annoncée est vécue comme un événement majeur au Liban. De nombreux responsables politiques et mouvements sociaux y voient une réparation morale, après des décennies de détention qu’ils jugent injustifiées. Son frère, joint par la presse, s’est dit profondément ému : « Nous n’aurions jamais imaginé qu’il serait enfin libéré. »
Un tournant dans une affaire longue de quatre décennies
Cette décision met potentiellement fin à l’une des plus longues incarcérations de l’histoire judiciaire française contemporaine. Mais elle soulève aussi de nombreuses questions : pourquoi Georges Abdallah est-il resté si longtemps en prison, alors que la justice lui avait reconnu le droit à une libération conditionnelle dès 1999 ? Quelle a été l’influence réelle des États-Unis dans ce dossier ? Et cette libération marquera-t-elle un apaisement ou une réactivation du débat sur les prisonniers politiques en France ?
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