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Crise politique en France: Le gouvernement Lecornu n’a tenu qu’une soirée

Par S.B.-- 06-Oct-2025 1

Sous la pression d’une majorité fracturée et d’alliés en rébellion, Sébastien Lecornu a présenté sa démission au président Emmanuel Macron, à peine vingt-quatre heures après l’annonce de son gouvernement.

Une démission express après une soirée de chaos politique

C’est un épisode sans précédent de la Ve République. Moins de vingt-quatre heures après avoir dévoilé la composition de son gouvernement, Sébastien Lecornu a présenté, dans la nuit de dimanche à lundi, sa démission à Emmanuel Macron. Le chef de l’État l’a acceptée « sans délai », a confirmé l’Élysée dans un bref communiqué publié peu avant minuit.

La crise a éclaté quelques heures seulement après la nomination d’une équipe censée incarner la « rupture » et le « renouveau » promis par le président. Mais la nouvelle équipe Lecornu, composée de douze anciens ministres du gouvernement Bayrou sur dix-huit portefeuilles, a immédiatement provoqué la fureur des alliés de droite, la défiance de la gauche, et une hostilité quasi unanime de l’opposition.

Le premier coup est venu de l’intérieur. À 21h22, dimanche soir, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur et président des Républicains (LR), a déclenché les hostilités. Sur le réseau social X, il a dénoncé une « composition qui ne reflète pas la rupture promise ».
Un message bref, mais lourd de conséquences : pour la première fois depuis 1958, un ministre en exercice s’attaquait publiquement au gouvernement dont il faisait partie.

En coulisses, la colère de Retailleau visait une nomination en particulier : le retour surprise de Bruno Le Maire au ministère des Armées, après sept années passées à Bercy. Pour LR, cette décision symbolisait tout ce qu’ils voulaient éviter : le recyclage des figures du macronisme et l’absence de renouvellement politique.

« C’est une provocation », s’est emporté un proche du ministre de l’Intérieur. « Nous avions demandé un changement de méthode, pas une continuité avec le monde d’avant. »

Dès l’aube, Bruno Retailleau a convoqué un comité stratégique exceptionnel au siège du parti. Plusieurs ténors de la droite, dont Xavier Bertrand, ont appelé à une rupture nette avec l’exécutif.
« Nous ne pouvons pas participer à ce gâchis », a déclaré le président des Hauts-de-France sur RTL. « Ce gouvernement n’a rien de nouveau, il prolonge les errements d’un macronisme à bout de souffle. »

Selon plusieurs sources parlementaires, la moitié des ministres LR auraient menacé de rendre leur portefeuille dans la journée de lundi, faisant planer la perspective d’une défection en chaîne.

À gauche comme à l’extrême droite, les critiques ont fusé dès les premières heures.
Sur France Inter, Olivier Faure (PS) a évoqué « une crise politique sans précédent » et « l’implosion du socle commun ». Le premier secrétaire socialiste a promis de voter la censure si aucun nouveau débat n’était ouvert sur la réforme des retraites.
« Le gouvernement est faible, illégitime, et ne peut plus gouverner », a-t-il martelé.

Au Rassemblement national, le ton n’était guère plus mesuré.
« Le retour de Bruno Le Maire est une provocation faite aux Français », a lancé Sébastien Chenu, vice-président du parti. Son collègue Jean-Philippe Tanguy a appelé à « dissoudre le plus vite possible » l’Assemblée nationale.
« Ce gouvernement n’existe pas, on fait tomber le néant », a-t-il ironisé.

Même au sein du MoDem, des voix s’élevaient pour critiquer la méthode Lecornu. Une source proche de François Bayrou confiait que « le Premier ministre n’a pas pris la mesure de l’exaspération politique ».

Selon plusieurs témoins, la soirée de dimanche s’est transformée en un véritable cauchemar pour l’entourage du président.
« On a vu la majorité imploser en temps réel », confie un conseiller. « Chaque nomination provoquait une réaction de colère, chaque tweet ajoutait une étincelle. À 23 heures, la situation était déjà intenable. »

Confronté à une double menace — une censure imminente au Parlement et une fracture ouverte au sein de la droite gouvernementale —, Sébastien Lecornu aurait jugé sa mission « impossible ». Il s’est rendu à l’Élysée vers 23 h 30, selon une source proche du dossier, et a remis sa lettre de démission peu avant minuit.

Emmanuel Macron, qui avait misé sur Lecornu pour relancer son quinquennat après la dissolution de l’Assemblée, se retrouve de nouveau face à un vide politique.
Dans un communiqué lapidaire, l’Élysée a indiqué que le chef de l’État “prenait acte de la démission du Premier ministre” et qu’une « nouvelle consultation » serait ouverte « dans les prochaines heures ».

Selon nos informations, plusieurs noms circulent déjà pour lui succéder : Aurore Bergé, actuelle porte-parole du gouvernement, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, ou encore Gérald Darmanin, ancien ministre de l’Intérieur resté influent.

Cette démission expresse, la troisième d’un Premier ministre en moins d’un an, illustre la désagrégation de la majorité présidentielle.
« Ce n’est plus une coalition, c’est un champ de ruines », juge un député centriste. « La promesse de rupture s’est transformée en effondrement. »

Sur le plan institutionnel, la situation est tout aussi périlleuse. Sans majorité stable, sans Premier ministre, et sous la menace d’une motion de censure dès cette semaine, Emmanuel Macron semble acculé à une alternative radicale : nommer un gouvernement d’union nationale ou convoquer de nouvelles élections législatives.

Une crise symptomatique d’un pouvoir à bout de souffle

En moins de vingt-quatre heures, la promesse d’un « nouveau départ » a tourné à la débâcle. Le gouvernement Lecornu restera comme le plus éphémère de la Ve République, révélant l’extrême fragilité du pouvoir exécutif.

« Cette séquence confirme une chose : le macronisme ne sait plus se réinventer », résume un politologue. « Lecornu a tenté de concilier l’inconciliable : le macronisme historique, la droite traditionnelle et le centre déçu. En une soirée, tout a explosé. »

Et maintenant ?

Le chef de l’État doit s’adresser aux Français « dans les prochains jours », selon l’entourage présidentiel.
Mais à l’Élysée comme à Matignon, un constat s’impose déjà : le gouvernement Lecornu aura tenu le temps d’une soirée, emporté par les divisions qu’il prétendait surmonter.

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