L’annonce d’une proclamation « unilatérale » de l’indépendance de la Kabylie, prévue le 14 décembre depuis la France par Ferhat Mehenni, leader du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), continue de susciter de vives réactions.
Responsables politiques, militants culturels et figures historiques de la région expriment leur inquiétude face à une démarche jugée dangereuse et lourde de conséquences.
Parmi les voix les plus marquantes, celle d’Amrane Aït Hamouda, dit Nordine, fils du colonel Amirouche. Resté longtemps silencieux, il publie une lettre ouverte d’une rare fermeté à l’adresse de celui qui fut son ami pendant quarante ans. Une lettre où se mêlent colère, déception et rappel historique.
Un passé commun lourd de sens
Dès les premières lignes, Aït Hamouda rappelle la profondeur de leur engagement commun.
Ils ont milité ensemble dans : le Mouvement culturel berbère, les actions pour les droits humains, l’Association des Enfants de Chouhada et même affronté ensemble la Cour de sûreté de l’État.
Il évoque aussi leur passage en prison à Berrouaghia, période au cours de laquelle Mehenni fut considéré comme un symbole de résistance culturelle. L’un des « maquisards de la chanson », pour reprendre l’expression de Kateb Yacine.
Un combat politique partagé, puis des chemins qui se séparent
Après leur engagement commun au RCD, où ils portaient l’idéal d’une Algérie démocratique, pluraliste et solidaire, les désaccords émergent en 1994.
Cette année-là, la « grève du cartable » paralysa les écoles de Kabylie. Le boycott scolaire, mené par le MCB et soutenu par Mehenni, visait la reconnaissance de la langue amazighe.
Aït Hamouda rappelle qu’il fut le seul à voter contre ce mouvement, au nom d’un principe simple : ne pas faire payer aux enfants le prix d’un combat politique. Il dénonce aussi une contradiction morale : certains meneurs envoyaient leurs propres enfants étudier en France, loin des conséquences du boycott.
Ce fut un premier point de rupture.
Le tournant de 2018 : l’indépendance unilatérale
Pendant des années, Aït Hamouda dit avoir continué à défendre Mehenni, malgré les désaccords.
Mais selon lui, la « ligne rouge » a été franchie lorsque Ferhat Mehenni a décidé, depuis Paris, de revendiquer l’indépendance de la Kabylie.
Cette évolution – de la revendication culturelle à l’autonomie, puis à l’autodétermination, et enfin à la sécession – constitue pour Aït Hamouda une faute historique.
Il s’interroge : Comment proclamer l’indépendance d’une région depuis la capitale d’un pays qui a colonisé l’Algérie pendant 130 ans ?
À ses yeux, une telle décision renie : les luttes de Cheikh Aheddad, les insurrections d’El Moqrani, la résistance de Lalla Fadma N’Soumer, les combats de Krim Belkacem, Abane Ramdane et Amirouche et la mémoire même du père de Mehenni.
Des alliances jugées « inacceptables »
La rupture se transforme en réquisitoire lorsque Aït Hamouda accuse Mehenni d’avoir franchi un seuil moral en affichant, lors de manifestations à Paris, des alliances controversées, notamment avec : des représentants de l’État israélien, des acteurs proches du Makhzen marocain et des groupes d’extrême droite français.
Pour Aït Hamouda, ces positions constituent une trahison totale des valeurs anticoloniales que la Kabylie a portées depuis 1830.
Une lettre d’adieu, lourde de symboles
La dernière partie de la lettre est un adieu sans concession. Aït Hamouda affirme : préférer « la prison d’El Harrach » à toute compromission avec des intérêts étrangers, rester fidèle à « l’honneur » transmis par les anciens et rompre définitivement tout lien avec Mehenni.
Il conclut avec un proverbe kabyle et une formule solennelle, invoquant la mémoire collective de la région : « Ma tagi i Taqbaylit, ruh ur timlilit » – Si tu as fait cela à la Kabylie, que ton âme ne revienne jamais.
La lettre d’Aït Hamouda n’est pas seulement une prise de position politique. C’est un rappel historique, un avertissement identitaire et un acte de rupture qui révèle la profonde fracture au sein du mouvement kabyle.
les commentaire
Hey there! Lookin’ for a new place to try your luck? I stumbled upon win5677 recently, and I gotta say, I’m digging it. Solid selection of games and things seem pretty straightforward. Worth a shot, right? Head over to win5677 and see what you think.