Derniées informations
prev next

Flottille pour Gaza : détention prolongée, jeux d’influence et zones d’ombre à Tel-Aviv

Par Salim BENLEFKI.-- 14-Juin-2025 0

Derrière l’escalade militaire, Israël maintient arbitrairement en détention deux ressortissants français de la Flottille pour Gaza. Le silence des autorités françaises interroge.

Plusieurs jours après l’interception musclée de la Flottille pour Gaza dans les eaux internationales, deux ressortissants français, Yanis Mhamdi, journaliste du média indépendant Blast, et le militant Pascal Mauriéras, restent enfermés dans les geôles israéliennes, alors que la majorité des autres passagers, dont la célèbre militante Greta Thunberg et l’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan, ont déjà été expulsés.

Une détention qui s’éternise

Pourquoi ces deux détenus restent-ils incarcérés ? Pourquoi n’ont-ils pas été libérés en même temps que les autres ? Ces questions alimentent désormais les doutes, les inquiétudes et les suspicions croissantes autour des intentions israéliennes et du silence pesant de la diplomatie française.

L’alibi iranien

Officiellement, la suspension des expulsions est justifiée par l’escalade militaire entre Israël et l’Iran. Dans la nuit du 13 juin, l’État hébreu a mené une série de frappes d’envergure contre des installations stratégiques iraniennes, provoquant des représailles de Téhéran et une fermeture partielle de l’espace aérien israélien.

Mais cet argument ne convainc pas les proches des détenus, ni les observateurs internationaux. Comme le résume un avocat de la défense : « Israël savait pertinemment qu’elle s’apprêtait à frapper l’Iran. Pourquoi alors ne pas avoir organisé l’expulsion des derniers détenus avant cette opération militaire, comme cela a été fait pour les autres membres de la flottille ? »

Le timing soulève de nombreuses questions. L’arrestation de la flottille était planifiée. L’attaque sur l’Iran était anticipée et décidée de longue date par les autorités militaires israéliennes. Pourquoi, dès lors, conserver ces deux détenus à Givon, alors que l’ensemble de leurs compagnons ont déjà été expulsés ?

Certains y voient une stratégie délibérée : profiter de la crise sécuritaire régionale pour prolonger la détention et exercer des pressions politiques indirectes.

Un deux poids, deux mesures troublant

Le cas de Yanis Mhamdi est particulièrement sensible. Son statut de journaliste, théoriquement protégé par les conventions internationales, est piétiné. Il est détenu sans téléphone, sans internet, coupé de ses proches, sans accès aux médias. Blast, son média, dénonce : « Il ne participait pas à l’action en tant que militant mais en tant que journaliste accrédité. Il aurait dû être placé sous protection consulaire dès son arrestation. »

Quant à Pascal Mauriéras, son frère Patrick exprime son désarroi depuis la France : « Nous n’avons plus aucun contact. L’absence totale d’informations accroît notre angoisse. Pourquoi cet acharnement ? »

La famille redoute désormais une instrumentalisation politique de cette détention prolongée.

Le silence assourdissant de la diplomatie française

Face à cette situation, le mutisme des autorités françaises choque et indigne les familles comme les défenseurs des droits humains.

« Où est le Quai d’Orsay ? Où est l’Élysée ? Pourquoi n’exercent-ils aucune pression pour rapatrier leurs citoyens, alors même que d’autres diplomaties, comme les Pays-Bas, s’activent pour libérer leurs ressortissants ? », s’interroge Blast.

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France Insoumise, dénonce l’inaction de l’État français : « La macronie les abandonne en prison. Aucun effort pour les évacuer via la Jordanie, l’Égypte ou un navire français. La honte. »

Ce silence diplomatique, observé aussi bien à Paris qu’à Tel-Aviv, laisse planer l’idée d’un arrangement tacite ou d’une volonté de ne pas froisser Israël en pleine crise militaire régionale.

Une manœuvre d’intimidation ciblée ?

Plusieurs analystes évoquent la possibilité qu’Israël cherche à faire des exemples, en ciblant des profils spécifiques pour envoyer un message aux futures initiatives solidaires avec Gaza.

Yanis Mhamdi représente un média indépendant français critique vis-à-vis de la politique israélienne. Pascal Mauriéras est un militant engagé dans les actions de terrain en Méditerranée. Ces deux profils dérangent davantage qu’une militante médiatique comme Greta Thunberg, protégée par sa notoriété internationale. « On ne les retient pas au hasard », souffle un diplomate européen. « Israël teste la limite de tolérance des chancelleries occidentales. Et force est de constater que Paris se montre, pour l’instant, remarquablement silencieux. »

La Flottille, toujours un symbole de défi

Depuis 2010, où l’interception sanglante du Mavi Marmara avait fait dix morts, les Flottilles pour Gaza restent un symbole puissant de défi au blocus maritime imposé par Israël.

En interceptant le Madleen à 185 km des côtes de Gaza, en eaux internationales, Israël s’expose une nouvelle fois à des critiques de violations du droit maritime. Mais dans le contexte actuel d’escalade militaire avec l’Iran et de paralysie des institutions internationales, Tel-Aviv semble bénéficier d’une impunité quasi-totale.

Le prix de la solidarité internationale

Pour les familles des deux Français encore incarcérés, le combat s’intensifie. L’absence de nouvelles, l’isolement, les conditions de détention opaques alimentent l’angoisse. « Nos proches sont devenus les otages politiques d’un affrontement régional qui les dépasse », dénoncent les familles.

« Leur engagement humanitaire et journalistique est désormais utilisé comme monnaie d’échange dans une guerre d’usure diplomatique. »

Une affaire à suivre de très près

Ce dossier met à nu une fois de plus la double impunité dont bénéficie Israël : militaire sur le terrain, diplomatique dans les chancelleries occidentales. Derrière chaque détention arbitraire, chaque expulsion différée, chaque silence diplomatique, se dessine une carte beaucoup plus large où Gaza n’est qu’un front parmi d’autres.

La question désormais est de savoir combien de temps encore Paris laissera ses ressortissants retenus et instrumentalisés, pendant que la Méditerranée continue d’être le théâtre d’une guerre de moins en moins clandestine.

les commentaire

Laisser un commentaire