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Mali : Washington et Moscou appellent leurs ressortissants à quitter Bamako — la junte malienne dos au mur

Par H. Benrabia-- 31-Oct-2025 5

Le climat se détériore dangereusement au Mali. Plus de deux ans après la prise de pouvoir par la junte, le pays semble replonger dans le chaos sécuritaire et humanitaire. Les États-Unis et la Russie ont, fait rare, simultanément exhorté leurs ressortissants à quitter Bamako, une mesure qui illustre la gravité de la crise.

Les signaux sont alarmants : la capitale malienne vit depuis plusieurs jours un quasi-blocus imposé par des groupes terroristes, qui contrôlent désormais les principaux axes routiers menant au Sénégal, à la Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Ces routes constituent les artères vitales par lesquelles transitent carburant, denrées et produits de première nécessité.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos de propagande montrent des camions-citernes incendiés, projetant d’épaisses fumées noires dans le ciel sahélien. Les convois sont régulièrement attaqués malgré l’escorte militaire, selon plusieurs sources locales et diplomatiques.

À Bamako, la situation est devenue critique. Des files interminables de véhicules s’étendent devant les rares stations-service encore approvisionnées. « Je suis ici depuis trois jours. J’ai passé deux nuits dans ma voiture », confie à l’AFP Karim Coulibaly, chauffeur de bus de 30 ans, désormais à l’arrêt faute d’essence.

En trois jours, un seul camion-citerne est arrivé dans la capitale. Sous la surveillance des forces de l’ordre, le carburant — rationné à 10 000 francs CFA (environ 13 litres) — s’est écoulé en moins d’une heure. À la pompe, le litre d’essence, fixé à 725 francs CFA (1,10 euro), est désormais revendu plus de 2 000 francs CFA (3 euros) sur le marché noir.

Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a multiplié les attaques contre les convois de carburant venant des ports sénégalais et ivoiriens.
Selon plusieurs témoignages concordants, des chauffeurs routiers et des soldats maliens ont été tués ou enlevés dans des embuscades tendues sur les routes du Sud.

Ce blocus menace désormais toute l’économie du pays, déjà asphyxiée par les sanctions régionales et le retrait des forces internationales.

La crise énergétique aggrave encore la détresse des habitants.
La compagnie nationale Énergie du Mali (EDM) a réduit la fourniture d’électricité de 19 heures à seulement 6 heures par jour.
« Je n’ai pas pu travailler depuis une semaine », raconte Mamadou Coulibaly, électricien de 23 ans, dont les téléphones et batteries sont épuisés. « Je n’ai plus de moyens de transport ni d’argent. Je survis. »

Face à cette situation, les autorités ont annoncé la suspension des cours dans les écoles et universités pour deux semaines, invoquant la crise énergétique. Dans les campagnes, les machines agricoles sont à l’arrêt, menaçant la saison des récoltes.
« Habituellement, à cette période, le prix du riz et du mil baisse. Cette année, c’est l’inverse », se désole Ousmane Dao, commerçant au Marché rose de Bamako.

La tension sécuritaire monte d’un cran.
Les enlèvements se multiplient autour de la capitale : deux commerçants égyptiens ont été enlevés à l’ouest de Bamako.
Face à la dégradation rapide de la situation, l’ambassade des États-Unis a diffusé une alerte d’urgence : « La poursuite du conflit entre le gouvernement malien et les groupes terroristes accroît l’imprévisibilité de la situation à Bamako. »

Elle appelle les ressortissants américains à quitter le pays immédiatement par vol commercial — une première depuis le début de la transition militaire en 2020.

Fait notable, la Russie, pourtant principal allié de la junte, a émis une recommandation similaire à destination de ses ressortissants, signe que la situation échappe à tout contrôle.

Au Nord, les forces maliennes continuent d’être mises en difficulté par le Mouvement de libération de l’Azawad (MLA), qui revendique sur ses canaux de communication d’importantes pertes infligées à l’armée.
Au Sud, le blocus terroriste étouffe la capitale et alimente la colère populaire.

Entre pénuries, insécurité et isolement diplomatique, le Mali semble revivre les heures sombres de 2013, lorsque les groupes djihadistes menaçaient déjà de prendre Bamako.

Alors que la junte du colonel Assimi Goïta s’accroche au pouvoir, le spectre d’un effondrement généralisé plane sur le pays.
Les chancelleries ferment leurs portes, les populations s’enfoncent dans la survie, et les partenaires internationaux — Russie comprise — prennent leurs distances.

Pour de nombreux observateurs, la situation actuelle marque le tournant le plus critique depuis la chute du régime civil.
Le Mali, épuisé par les coups d’État, la guerre et les blocus, se retrouve à nouveau au bord du gouffre.

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